« ON A UNE IDENTITE QUI NOUS APPARTIENT »
Vingt ans après ses débuts en Tunisie, Myrath continue de tracer une route singulière entre metal, mélodies orientales et ambitions internationales. Avec Wilderness of Mirrors, le groupe poursuit son évolution sans renier cette identité qui l’a rendu immédiatement reconnaissable. À l’occasion de sa tournée européenne, Glob’All Musics a rencontré son chanteur Zaher Zorgati. L’occasion de parler de ces vingt années d’aventure, de l’évolution musicale de Myrath, de sa collaboration avec Elize Ryd d’Amaranthe, de la situation du metal en Tunisie, mais aussi de ses rêves pour l’avenir. Et Zaher en a encore quelques-uns…
- Myrath existe depuis maintenant vingt ans. Quand tu regardes le chemin parcouru depuis vos débuts en Tunisie jusqu’aux grandes scènes internationales, avez-vous dépassé ce que vous imaginiez possible au départ ?
Zaher Zorgati : Oui, clairement. Au début, on se disait : « On est un groupe tunisien, personne ne nous connaît… » Puis on a commencé à jouer à l’étranger et à réaliser certains de nos rêves. Aujourd’hui, il y a évidemment beaucoup de satisfaction parce qu’après vingt ans, Myrath existe toujours.
Il y a aussi une petite frustration. Sans le Covid, je pense qu’on aurait pu aller encore plus loin et être mieux placés dans l’industrie musicale. Mais c’est la vie ! Et surtout, ce n’est pas fini ! Inch’Allah ! (rires) On continue de travailler, de tourner et on a déjà pas mal d’idées pour le prochain album. On reste optimistes.
- On a souvent défini votre musique comme du « Blazing Desert Metal ». Aujourd’hui, qu’est-ce qui constitue réellement l’ADN de Myrath ?
Zaher : Pour être franc, « Blazing Desert Metal », c’était surtout une appellation choisie à l’époque par notre label. Nous, on se considère plutôt comme des gamins dans un laboratoire ! On essaye des choses, de nouvelles formules, de nouvelles sonorités, tout en gardant l’identité de Myrath.
Sur Wilderness of Mirrors, par exemple, tu peux avoir un morceau comme « The Clown », qui est très heavy metal, puis retrouver un passage arabisant où je chante un mawwâl en arabe littéraire. Peu importe l’univers que l’on explore, il faut que l’empreinte de Myrath reste présente.
Je ne dirais donc pas qu’on possède un style extrêmement précis. On a surtout une identité, une empreinte qui nous appartient. Et après, ça reste du metal !
- Des groupes comme The Hu ou Bloodywood ont contribué à ouvrir le public metal à des sonorités venues d’autres cultures. Cette évolution peut-elle aussi profiter à Myrath ?
Zaher : Oui, certainement. Ce mélange reste une niche, et Myrath s’est longtemps adressé à un public très averti. Le problème, c’est qu’un groupe ne peut pas vivre durablement de sa musique s’il demeure enfermé dans un cercle trop restreint. Nous avons donc ouvert notre vision vers une musique plus universelle, sans abandonner nos touches orientales. Cela nous a permis de jouer au Hellfest et dans de grands festivals, et de toucher des gens qui n’écoutent pas forcément du metal oriental. Le bon équilibre consiste à rester original sans en faire trop.
- Votre collaboration avec Elize Ryd d’Amaranthe participe-t-elle à cette volonté de toucher un public plus large ?
Zaher : Bien sûr. Elize possède une voix magnifique et c’est aussi une amie très proche, qui apprécie Myrath depuis longtemps. Nous souhaitions travailler avec elle depuis plusieurs années et, lorsqu’elle a enfin pu nous rejoindre, tout s’est fait très naturellement. Sa voix apporte énormément à notre univers. J’adore également celles de Floor Jansen et de Sharon den Adel ; pourquoi ne pas imaginer d’autres collaborations un jour ? Les groupes capables de proposer une musique directe, mélodique et accessible parlent à un public très large. De notre côté, nous cherchons à préserver la richesse de Myrath tout en allant davantage à l’essentiel.
- L’histoire de Myrath reste intimement liée à la Tunisie. Tales of the Sands est notamment arrivé dans le contexte de la révolution tunisienne. Quelle influence votre pays exerce-t-il encore sur votre musique et votre manière d’écrire ?
Zaher : Aujourd’hui, Malek et moi vivons toujours en Tunisie, tandis qu’Anis réside en France. La situation du pays a beaucoup changé. Après la révolution, nous espérions davantage d’ouverture, de démocratie et de liberté d’expression. Personnellement, je trouve la situation actuelle très difficile, notamment concernant la liberté d’expression.
Nous n’avons cependant pas abordé directement cette situation politique sur le nouvel album. Il y avait d’autres sujets que nous voulions traiter. Mais forcément, quand tu vis dans un pays, ce qui s’y passe fait partie de ton environnement et finit toujours, d’une manière ou d’une autre, par t’influencer.
- Comment se porte aujourd’hui la scène rock et metal tunisienne ?
Zaher : Avant la révolution, il existait une trentaine de groupes, ce qui était considérable pour la Tunisie. Il y avait régulièrement des concerts, des festivals et des promoteurs actifs. Aujourd’hui, la scène s’est énormément réduite et les infrastructures manquent. Quelques initiatives régionales continuent heureusement d’exister, avec des groupes tunisiens, algériens, marocains ou venus d’autres pays du Moyen-Orient. J’espère qu’une nouvelle génération pourra relancer cette dynamique et retrouver une véritable diversité culturelle.
- Vous êtes actuellement en tournée européenne avant de partir en Amérique latine. Myrath a toujours accordé beaucoup d’importance au spectacle. Jusqu’où aimeriez-vous pousser l’expérience scénique ?
Zaher : Sur cette tournée, nous avons volontairement réduit les coûts : il y a surtout le groupe et sa musique. Mais nous aimerions retrouver à l’avenir une dimension plus spectaculaire, avec de la magie, plusieurs danseuses et un véritable univers féerique. Les idées ne manquent pas, pour la scène comme pour les clips ; ce sont les moyens qui nous limitent. Nous préférons désormais imaginer quelque chose de plus simple, mais réel et fort, plutôt que dépenser beaucoup d’argent dans des effets sans âme. Les tournées et les festivals doivent nous permettre de financer progressivement ces ambitions.
- Après vingt ans d’existence et six albums, qu’est-ce qu’il reste sur la « bucket list » de Myrath ? Une scène, un pays, une collaboration ou un projet complètement fou ?
Zaher : Énormément de choses ! J’aimerais pouvoir jouer un jour en Ukraine et en Russie lorsque la guerre sera terminée. J’aimerais aussi jouer à Jérusalem et imaginer un concert pour la paix réunissant tout le monde, quelles que soient les croyances.
Et puis il reste énormément de territoires à découvrir : l’Australie, la Chine, l’Indonésie, retourner en Inde… Il y a aussi les États-Unis et le Canada. Les États-Unis représentent vraiment un objectif important pour nous.
Et personnellement, j’ai encore un rêve artistique : partager la scène avec Dream Theater. J’aimerais vraiment pouvoir faire une tournée avec eux un jour. Ce serait magnifique.
- Alors on va le laisser écrit ici. Peut-être qu’ils l’entendront !
Zaher : J’espère ! (rires) Rien n’est impossible dans la vie. Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas !








