Interview Coroner Noumatrouff le 24/09/26

Rédacteur

Thierry Forgiarini

Catégorie d'article

Temps de lecture

Date de l'interview

24/09/2026

Lieu de l'interview

Noumatrouff Mulhouse

CORONER – Toujours hors cadre

  • Dissonance Theory est sorti trente-deux ans après Grin. Avec le recul, est-ce exactement l’album que tu voulais faire ?

Tommy T. Baron : Oui, absolument. On s’est reformés en 2011, puis on a signé un contrat vers 2015, et ensuite ça a pris une éternité pour différentes raisons. Mais ça en valait la peine. C’est le seul album de Coroner dont je suis satisfait à 100 %, sur absolument tout.

  • Coroner a toujours mélangé thrash, progressif, sonorités industrielles et expérimentations sans vraiment entrer dans une catégorie. Comment définirais-tu votre musique ?

Tommy T. Baron : C’est difficile parce que, pour moi, il n’y a tout simplement pas de styles en musique. Il y a de la bonne et de la mauvaise musique. De la musique qui me touche et celle qui entre par une oreille et ressort par l’autre. Alors on peut appeler Coroner du thrash metal progressif, de l’avant-garde… peu importe finalement.

  • Ta façon d’écouter la musique a-t-elle changé avec les années ? As-tu encore envie d’explorer de nouvelles choses ?

Tommy T. Baron : J’ai toujours aimé toutes sortes de musiques. J’écoute beaucoup de jazz, de classique… vraiment de tout. J’aime simplement LA musique.

  • Mais avec Coroner, jamais l’envie de partir complètement ailleurs ?

Tommy T. Baron : Non, parce qu’on a toujours écrit cette musique pour nous-mêmes. Même à l’époque, on ne s’est jamais dit : « Faisons un riff à la Metallica, comme ça on va attirer toutes les filles ! » (rires) On joue ce qu’on aime, c’est tout. C’est peut-être justement pour ça que Coroner sonne différemment.

  • Tu as enregistré Dissonance Theory dans ton propre studio en Suisse. Avec ton expérience de producteur, comment sais-tu qu’un morceau de Coroner est réellement terminé ?

Tommy T. Baron : Je le sens. J’entends quand c’est terminé… mais la plupart du temps, j’entends surtout quand ça ne l’est pas ! (rires) On a par exemple enregistré la batterie deux fois. Ce n’était pas la faute du batteur, les morceaux n’étaient simplement pas encore prêts.
En tant que producteur, tu dois sentir quand tu as atteint le bon niveau. Si tu vas trop loin, tu peux gâcher les choses. C’est comme le vin : il arrive à son apogée puis finit par redescendre. Il faut savoir s’arrêter au sommet.

  • Diego Rapacchietti possède maintenant une longue histoire avec Coroner. Qu’a-t-il apporté à votre musique ?

Tommy T. Baron : Diego est complètement différent de Marky, notre ancien batteur. Je le connaissais bien avant qu’il rejoigne Coroner, car il avait fait beaucoup de sessions dans mon studio : thrash metal, pop, schlager, reggae… Il peut pratiquement tout jouer.
Ça m’a donné énormément de liberté pour composer. Avant, je pouvais me demander si certaines choses étaient réellement jouables. Sur cet album, je pouvais écrire ce que je voulais en sachant que Diego serait capable de le jouer.

  • Coroner reste officiellement un trio. Pourtant, lorsque nous vous avons vus à Rock The Lakes, vous étiez quatre sur scène avec votre claviériste. Pourrait-il devenir un jour membre officiel ?

Tommy T. Baron : Je ne pense pas. C’est assez particulier parce qu’il est avec nous depuis la fin des années 90. Il n’intervient pas vraiment en studio mais, sur scène, il joue les parties que nous avons enregistrées.
On n’aime pas utiliser de bandes préenregistrées en concert. Je ne dirais pas que c’est de la triche, mais ce n’est pas notre truc. On préfère quelqu’un qui joue réellement ces parties sur scène.
Pour moi, humainement, il fait partie du groupe. Mais vis-à-vis de l’extérieur, Coroner doit rester un trio.

  • Le trio reste donc ta formule idéale ?

Tommy T. Baron : Pour moi, oui. Je préfère être le seul guitariste parce que ça me donne davantage de liberté en live. Je peux modifier des choses sur le moment, improviser, un peu comme Van Halen pouvait le faire. Avec deux guitaristes, il faut forcément être plus cadré. J’aime cette liberté.

  • Vous venez de ressortir Ex Nucleo, avec des morceaux remasterisés datant de plus de trente ans. Pourquoi maintenant ? Est-ce une manière de refermer un chapitre ou de créer un pont entre le Coroner des années 90 et celui d’aujourd’hui ?

Tommy T. Baron : L’histoire de ces morceaux est assez particulière. Le groupe s’était déjà séparé et je voulais partir en tournée avec Stephan Eicher. Mais ma maison de disques m’a rappelé que je leur devais encore un album de Coroner.
Les avocats ont trouvé un compromis : une sorte de best-of avec quatre ou cinq nouveaux morceaux. C’est ce qu’on a fait. Mais ces titres ne sont ensuite jamais apparus sur Spotify ou Tidal parce que, cette compilation réunissant plusieurs périodes, les droits appartenaient à différentes maisons de disques.
On aurait préféré ressortir l’ensemble, mais finalement on s’est dit : « OK, fuck it ! » (rires) On a récupéré ces morceaux, on les a remasterisés et réédités. C’est de là que vient Ex Nucleo, « hors du noyau ».

  • La Suisse a donné naissance à des groupes aussi singuliers que Celtic Frost ou Coroner. Le fait d’être quelque peu à l’écart des grandes scènes metal a-t-il contribué à forger votre identité ?

Tommy T. Baron : Peut-être, mais je ne parlerais pas vraiment d’isolement. À l’époque, il y avait énormément de tape trading et toute la scène metal se développait grâce aux fanzines (Kerrang, Metal Hammer,…)
Peut-être qu’en Suisse, nous avions aussi une certaine sécurité, notamment financière, qui permettait davantage d’expérimenter sans devoir faire exactement la même chose que les autres. Ça pourrait être une explication.

  • Dans les années 80 et 90, la scène suisse était particulièrement riche. Aujourd’hui, on parle encore beaucoup des anciens groupes. Vois-tu une nouvelle génération capable de prendre la relève ?

Tommy T. Baron : Il y en a, oui. Mais beaucoup de jeunes préfèrent peut-être aujourd’hui avoir un bon boulot et gagner correctement leur vie. Tout le monde veut devenir une rock star, mais travailler son instrument huit heures par jour pendant dix ou vingt ans, ce n’est pas pour tout le monde !
Aujourd’hui, devenir célèbre est aussi beaucoup plus facile avec Instagram : tu fais un truc stupide et tout le monde te connaît ! (rires) Mais il y a de très bons jeunes groupes. Paleface Swiss, par exemple. Ce n’est pas ma musique, mais ils font un excellent parcours. Ils peuvent jouer devant 2 000 personnes en Australie.

  • Avec Dissonance Theory, vous devez maintenant faire cohabiter le nouvel album avec plus de quarante ans d’histoire. Comment construit-on une set-list de Coroner ?

Tommy T. Baron : Comme la tracklist d’un album. La set-list doit finalement ressembler à un seul grand morceau. Elle doit partir quelque part, évoluer, puis revenir. Un peu comme un voyage. Il faut qu’il y ait une progression.

  • Est-ce que vous vous autorisez parfois à modifier cette set-list en fonction de l’ambiance ou du public ?

Tommy T. Baron : Généralement, on s’y tient parce que les expérimentations peuvent être dangereuses ! (rires) Et pour être honnête, on n’a répété qu’une seule fois avant cette tournée !

  • Cette tournée débute donc ici à Mulhouse, puis vous serez demain à Paris…

Tommy T. Baron : Oui, et Paris est complet. Puis en Italie, et début mars 2027 vers les USA…Ça va être génial !

  • Les États-Unis restent-ils un territoire que Coroner a envie de reconquérir ?

Tommy T. Baron : On n’y va pas pour le pays, on y va pour les fans, pas pour les gens qui ont voté pour Trump.

  • Et après cette tournée américaine ? Retour en studio ?

Tommy T. Baron : Il devrait d’abord y avoir une nouvelle série de festivals, avec quelques gros festivals. Et nous allons également travailler sur un album live… Je ne sais même pas si j’ai le droit de le dire ! (rires)
Il y a aussi des projets pour un nouvel album studio. J’espère simplement qu’on arrivera à le terminer avant de mourir ! (rires)

  • Justement ! Après avoir attendu trente-deux ans pour un nouvel album de Coroner, les fans doivent-ils déjà se préparer à attendre aussi longtemps pour le prochain ?

Tommy T. Baron : Non, ce n’est plus possible ! (rires) Maintenant, les choses fonctionnent beaucoup plus naturellement et je peux consacrer davantage de temps au groupe.
Avant Dissonance Theory, on ne savait pas vraiment ce qui allait se passer. On se demandait même si les gens s’intéressaient encore à nous.
Mais si ça a pris autant de temps, c’est surtout à cause de mon métier. Je suis producteur, donc j’écoute de la musique toute la journée. Le soir, je peux même devenir dingue si quelqu’un remet encore de la musique à la maison ! (rires) Dans ces conditions, difficile de se remettre ensuite à composer.

  • Merci beaucoup, Tommy !

Tommy T. Baron : Merci à vous !

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