De leurs débuts en Suède, alors qu’ils n’étaient encore que des adolescents rêvant de jouer comme leurs héros, jusqu’aux grandes scènes internationales qu’ils occupent aujourd’hui, Imminence n’a cessé d’évoluer. Avec le violon d’Eddie devenu l’une des signatures du groupe, des changements de line-up et surtout un public qui ne cesse de grandir, le groupe suédois semble avoir franchi un nouveau cap ces dernières années. Alors qu’ils s’apprêtent à dévoiler Axis Mundi, un album qu’ils décrivent comme un véritable nouveau chapitre, nous avons rencontré Harald, guitariste, et Eddie, chanteur et violoniste, au Rock The Lake Festival.
L’occasion de revenir sur leurs débuts, leur évolution artistique, leur rapport au violon, mais aussi sur cette volonté permanente de ne jamais se répéter.
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- Lorsque vous avez commencé en Suède, votre musique était beaucoup plus ancrée dans le metalcore et le melodic death metal, avec notamment l’influence de la scène de Göteborg. Est-ce que vous vous reconnaissez dans cette description ?
Harald : Oui, absolument. Lorsque nous avons commencé, nous étions très influencés par In Flames et par toute cette scène. Notre musique était donc beaucoup plus proche du melodic death metal. Mais il faut aussi remettre les choses dans leur contexte : nous étions vraiment très jeunes. Nous étions des gamins qui essayaient simplement de jouer comme leurs héros.
Nous ne savions pas vraiment ce que nous faisions et nous n’avions évidemment pas les compétences pour écrire immédiatement de la musique au niveau de nos influences. Au début, il s’agissait surtout d’apprendre à jouer de nos instruments, de trouver des gens qui voulaient jouer avec nous, un endroit où répéter… Puis il a fallu arrêter progressivement de jouer uniquement des reprises et commencer à composer nos propres morceaux.
C’est un processus. Petit à petit, en essayant, en jouant ensemble et en échangeant, on finit par trouver son propre chemin.
Eddie : Je suis totalement d’accord. Notre musique continue d’évoluer et je pense qu’elle continuera toujours à changer. Lorsque nous avons commencé à écrire nos premières chansons, c’était déjà un énorme défi parce que nous n’avions jamais écrit de musique auparavant. Nous étions encore en train d’apprendre à jouer de nos instruments.
On découvre tout au fur et à mesure. On fait de son mieux et, avec le temps, on trouve sa voie.
- Parlons justement du violon. Il est aujourd’hui devenu l’un des éléments les plus immédiatement identifiables du son d’Imminence. Est-ce que vous vous demandez parfois si une chanson a réellement besoin de violon ?
Eddie : Non, c’est quelque chose de très naturel pour nous. Nous ne cherchons jamais à forcer le violon dans une chanson simplement parce que c’est devenu notre signature. S’il n’a pas sa place dans un morceau, nous ne l’utilisons pas. C’est vraiment une question de ressenti.
Harald : C’est intéressant parce que certains auditeurs remarquent parfois qu’il y a moins de violon sur un morceau ou que son utilisation est différente de celle de l’album précédent. Mais pourquoi faudrait-il absolument reproduire la même formule ?
Nous sortons une chanson parce que nous la trouvons bonne et parce qu’elle nous parle. Le simple fait qu’Eddie joue du violon dessus ne signifie pas automatiquement que la chanson sera meilleure. Le violon doit servir le morceau, et non l’inverse.
- Eddie, tu joues du violon depuis l’enfance. Comment vous est venue l’idée de l’intégrer de cette manière dans du metalcore ?
Eddie : Le violon était là bien avant le groupe. J’ai commencé à en jouer à l’âge de cinq ans, donc il a toujours fait partie de ma vie. Sur notre premier album, nous l’utilisions déjà beaucoup, mais plutôt comme un élément d’arrangement.
C’est véritablement lors de l’écriture de notre troisième album que quelque chose s’est débloqué. Nous travaillions sur « Infectious » et, à un moment, nous nous sommes dit : « Et si cette partie devenait un véritable lead de violon ? »
C’était presque comme si nous avions trouvé la solution à une énigme. Tout à coup, nous avons compris comment utiliser cet instrument d’une manière qui pouvait réellement fonctionner dans notre musique.
Harald : Nous avons effectivement mis du temps à comprendre que cela pouvait devenir quelque chose de vraiment intéressant. Le violon était déjà présent sur notre premier album, qui était autoproduit, et même avant cela, durant nos premières années, nous avions déjà un morceau avec du violon que nous jouions sur scène.
Mais à l’époque, on regarde énormément ce que font les autres. Or, aucune autre formation de metalcore n’utilisait vraiment le violon de cette manière. On pouvait donc presque se dire que ce n’était pas la bonne direction.
Il nous a fallu du temps pour trouver la bonne façon de l’intégrer. Le moment où tu le places véritablement au premier plan et que tu réalises que, oui, ça fonctionne, est assez particulier.
- Vous évoquiez vos débuts et les difficultés pour trouver des musiciens ou simplement un endroit où répéter. La scène metal suédoise est aujourd’hui beaucoup plus développée. Est-ce que vous pensez que les groupes qui vous ont précédés ont facilité la tâche aux nouvelles générations ?
Harald : Quand nous avons grandi, des groupes comme In Flames étaient énormes. Toute la scène de Göteborg avait une influence considérable et le heavy metal était très présent. À cette époque, j’avais l’impression que tout le monde avait un groupe ! Les jeunes qui aimaient le rock ou le metal jouaient d’un instrument.
Cela a clairement ouvert la voie pour nous. Musicalement, In Flames reste d’ailleurs notre plus grande influence, sans aucun doute.
Aujourd’hui, il y a toujours de très bons groupes suédois qui se développent, mais je ne sais pas exactement comment cela fonctionne pour les nouvelles générations. J’ai parfois l’impression que les jeunes ne répètent plus ou n’apprennent plus à jouer de leur instrument de la même manière que nous devions le faire.
Eddie : Je pense surtout que les conditions ont changé. Beaucoup des lieux où nous répétions à l’époque n’existent plus. Les maisons de jeunes proposent moins de locaux de répétition et les petites salles disparaissent également.
Pour quelqu’un qui veut simplement commencer à jouer de la musique, la barrière est donc peut-être devenue plus importante. Mais la musique trouve toujours son chemin. Les jeunes trouveront probablement d’autres moyens de faire de la musique s’ils en ont vraiment envie.
Harald : Le rock’n’roll ne meurt jamais !
- Imminence a également connu plusieurs changements de line-up au fil des années. Est-ce que ces changements ont modifié votre manière de travailler aujourd’hui ?
Harald : Honnêtement, les changements récents n’ont pas énormément modifié notre façon de travailler. Évidemment, sur le plan humain et au niveau de la dynamique du groupe, perdre quelqu’un comme Peter, qui était notre batteur original, représente quelque chose d’important.
Mais au fil des années, Imminence a grandi et le projet demande de plus en plus d’investissement. Chacun doit décider du degré d’implication qu’il souhaite avoir.
Eddie et moi écrivons la musique et nous sommes parmi ceux qui ont choisi de porter le projet toujours plus loin. Certains membres ont progressivement commencé à avoir d’autres priorités dans leur vie et ont finalement réalisé que ce n’était peut-être plus le futur qu’ils souhaitaient.
Et c’est parfaitement compréhensible. Nous avons partagé une grande partie de notre vie avec certaines de ces personnes. Mais cela ne nous empêche pas de continuer à avancer.
Sur le plan humain, évidemment, les changements ont un impact. Mais dans notre manière de travailler et notre volonté de faire progresser Imminence, nous continuons à avancer.
- Il y a deux ans, nous vous avions vus au Greenfield Festival sur la petite scène Eiger Stage. Aujourd’hui, vous êtes sur une scène beaucoup plus importante. Comment vivez-vous cette évolution ?
Eddie : C’est avant tout une immense source de gratitude. C’est incroyable de voir de plus en plus de personnes venir assister à nos concerts.
Harald : Bien sûr que c’est incroyable. Quand on regarde ce qui s’est passé ces deux dernières années, énormément de choses ont changé. Nous avons sorti un album qui nous a permis de franchir un cap à l’international. Nous avons joué partout dans le monde, fait des concerts complets et progressivement accédé à des scènes et des festivals de plus en plus importants.
Mais lorsque tu es à l’intérieur du processus, tu ne le réalises pas forcément de la même manière. De l’extérieur, quelqu’un qui nous a vus il y a deux ans et qui nous voit aujourd’hui peut avoir l’impression d’assister à une énorme progression.
Pour nous, c’est différent. Nous avons vécu chaque concert, chaque étape. Tu gardes la tête baissée et tu avances : un jour, un concert ; le lendemain, une autre scène ; puis un autre festival.
C’est difficile de s’arrêter pour prendre conscience du chemin parcouru et de l’apprécier réellement. Personnellement, j’ai parfois du mal avec ça.
- Je me souviens justement de votre concert au Greenfield. La scène semblait presque trop petite pour vous ! J’ai hâte de voir comment vous allez occuper cet espace beaucoup plus important ce soir.
Harald : Nous allons évidemment proposer une production plus importante. Nous avons énormément grandi en très peu de temps et tout ce que nous voulons présenter au public a grandi avec nous.
Nous voulons offrir aux gens une expérience plus importante, plus immersive. C’est une évolution naturelle du groupe et de nos concerts.
- Vous arrivez à la fin de votre tournée estivale. Que pouvez-vous nous dire sur la suite ?
Eddie : C’est effectivement notre dernier concert de l’été. Ensuite, notre nouvel album, Axis Mundi, sortira le 2 octobre.
Nous allons ensuite partir sur deux grosses tournées pour défendre l’album, avec des dates en Amérique du Nord et en Europe.
- Justement, Axis Mundi semble ouvrir un nouveau chapitre. Est-ce que vous le considérez comme la continuité de votre parcours artistique ou plutôt comme une évolution ?
Harald : Pour moi, c’est clairement une évolution. Ce n’est absolument pas une continuation de l’album précédent. Axis Mundi est un nouveau chapitre.
Nous sommes évidemment toujours le même groupe et notre ADN est toujours présent, mais toute l’histoire et l’expression de l’album, aussi bien musicalement que visuellement, sont nouvelles.
- Le problème, lorsqu’un groupe évolue, c’est souvent son public. Certains fans peuvent ne pas suivre. Est-ce que cette possibilité vous inquiète ?
Eddie : Non, parce que la seule manière de rester fidèles à nous-mêmes est d’écrire la musique que nous avons réellement envie d’écrire.
Notre musique est très personnelle et émotionnelle. Il n’y a pas d’autre manière de la faire que d’être sincères avec nous-mêmes.
Harald : De toute façon, on ne peut jamais vraiment gagner. Si tu sors quelque chose de nouveau, les gens vont immédiatement remarquer que c’est différent. Si tu reproduis ce que tu faisais sur l’album précédent, ils vont dire que ça ressemble trop à ce qu’on faisait avant et que ce n’est plus aussi bon.
Alors autant suivre son chemin créatif là où il nous emmène.
Si nous voulons que notre musique reste sincère et authentique, nous devons simplement écrire ce que nous avons envie d’écrire. C’est finalement la seule chose qui compte.
- Parmi toute votre discographie, quelle est votre chanson préférée ?
Eddie : Est-ce que je peux choisir un morceau du nouvel album ? Il n’est pas encore sorti. « If Not Now, When? » !
Harald : C’est une question extrêmement difficile… Si je dois choisir parmi les morceaux déjà sortis, je dirais probablement « Infectious ».
- Pourquoi celui-ci ?
Harald : Parce que rien ne lui ressemble vraiment. C’est probablement la première fois où nous avons eu le sentiment d’avoir écrit quelque chose qui était presque sans genre.
Bien sûr, c’est de la musique lourde, mais je ne ressens pas le besoin de la définir comme du metalcore ou de lui donner une autre étiquette.
C’est aussi la première fois que j’ai vraiment ressenti que nous avions créé quelque chose qui ne ressemblait à aucun autre artiste. C’est lourd, ça me parle, ça exprime exactement ce que nous voulons exprimer.
Pour moi, c’est vraiment Imminence.
- C’est peut-être là que se trouve votre véritable signature ?
Harald : Oui, je pense qu’il y a clairement les éléments de ce qui est devenu notre signature.
- Merci beaucoup à tous les deux pour votre temps.
Harald & Eddie : Merci à vous !









