Entre rock, soul et une bonne dose d’énergie, Little Odetta poursuit son chemin avec une philosophie qui lui ressemble : rester libre, prendre du plaisir et surtout ne pas laisser les impératifs du marché dicter sa musique. Après deux albums construits autour de thématiques différentes, le groupe prépare aujourd’hui un troisième opus qui devrait ouvrir une nouvelle page, avec davantage de légèreté, de groove et de plaisir collectif.
Rencontrés au fil de différentes aventures musicales, Lucas, Audrey, Aurèle et Fabien ont progressivement construit bien plus qu’un groupe : une véritable famille. Une complicité qui se ressent dans leur manière de composer et, surtout, sur scène. Dans cette interview, joyeusement parasitée par des punks accompagnés de leurs trois chiens, de la musique à fond et le passage incessant des voitures, ils nous parlent de leurs parcours, de leur évolution, de ce futur album encore en construction, de leur volonté de conserver une authenticité live et de cette envie permanente de repousser leurs propres limites sans jamais perdre leur identité.
- Comment s’est faite votre rencontre et qu’est-ce que vous faisiez chacun auparavant ?
Lucas – guitare : Avec Audrey, la chanteuse, on se connaît depuis très longtemps, dix-sept ou dix-huit ans, je dirais. On a eu pas mal d’expériences musicales en commun, notamment dans des groupes de reprises dans le sud de la France.
On avait cette envie commune de créer un groupe plutôt rock. Il ne faut pas se le cacher, moi, je viens clairement de là, alors qu’Audrey vient davantage de la soul et des grandes chanteuses des années 60-70. On trouvait intéressant de mélanger ces deux univers.
On a donc commencé à composer des morceaux guitare-voix, mais on s’est rapidement retrouvés un peu limités à deux. Audrey jouait parallèlement avec d’autres groupes et c’est comme ça qu’elle a rencontré Aurèle, notre bassiste. Elle me l’a présenté et, de mon côté, je jouais également avec Fabien dans un autre groupe. Finalement, on s’est tous rencontrés par l’intermédiaire de différentes formations.
- Audrey, avant de rencontrer Lucas, quel a été ton parcours ?
Audrey – chant : J’ai fait de longues études avant de me lancer professionnellement dans la musique. J’ai notamment obtenu un master en anglais-chinois, en communication internationale des entreprises et en administration. Rien à voir avec la musique !
J’ai même fait deux semaines à La Défense et je me suis dit : « Non, ça ne va pas le faire ! » (rires) Je me suis alors reconvertie dans la musique.
La musique avait toujours été là. Je jouais dans des groupes en parallèle de mes études, mais je pense que je n’avais pas encore l’aplomb et la confiance nécessaires pour me dire que j’allais vraiment en faire mon métier et, surtout, passer sur le devant de la scène.
Il y a un vrai pas entre chanter et décider de devenir chanteuse professionnelle. Il y a aussi toute une construction intellectuelle, un positionnement, une assurance qui me manquaient à l’époque. J’ai ensuite rencontré pas mal de musiciens parisiens qui m’ont permis de mettre le pied à l’étrier, notamment Aurèle et Beufa, avec qui je jouais dans Grézou. Très vite, nous avons eu envie de jouer et de faire de la musique ensemble.
- Et donc Aurèle, bassiste de Little Odetta…
Aurèle – basse : Oui, bassiste. Je suis un faux guitariste, mais avec de grosses cordes ! (rires)
Tout le monde se fout absolument du bassiste ! C’est assez pratique pour moi parce que je peux me planquer derrière ma basse. (rires)
Plus sérieusement, l’aventure Little Odetta, c’est avant tout un gros kiff humain. Bien sûr, il y a notre passion pour la musique et nos goûts en commun, mais ce sont surtout nos personnalités qui nous lient.
On apprend à se connaître de plus en plus et on a l’impression de jouer bien plus que de la musique sur scène. On joue aussi ce qui se passe entre nous. C’est une traduction de notre relation.
On a donc intérêt à être bien en phase dans la vie pour que les gens puissent le ressentir pendant les concerts.
Audrey : On est une famille.
Aurèle : Oui, exactement. On est une famille. Et plus on se connaît, mieux c’est. C’est aussi ce qui solidifie un groupe.
- Fabien, à ton tour. Qu’est-ce que tu faisais avant Little Odetta ?
Fabien « Beufa » – batterie : Moi, c’est très simple. J’étais également animateur en centre de loisirs, en parallèle de la musique. Je le suis moins maintenant…
Audrey : Mais tu animes beaucoup dans le camion, quand même !
Fabien : Animateur de camion, oui ! (rires) On peut garder ça. Je suis donc batteur, testeur nocturne de MAO et animateur de camion !
Je voulais vraiment faire de la musique et devenir intermittent. Ça fait maintenant quelque temps que je le suis professionnellement, et c’est notamment grâce à Musivox, Little Odetta, Audrey et Lucas.
Je les ai rencontrés par l’intermédiaire de Grézou, un artiste reggae. Depuis, on est sur les routes, on fait de plus en plus de concerts et de festivals. Et c’est vraiment super cool.
- Votre premier album parlait d’amour et le deuxième davantage de l’état du monde. Deux ans après la sortie de ce deuxième album, quel regard portez-vous sur le monde actuel et de quoi parlera le prochain ?
Audrey : Je n’ai pas l’impression que ça aille beaucoup mieux… Tous les jours, c’est même parfois pire. Je ne sais pas vraiment quoi répondre.
Mais je pense qu’il y aura toujours une part d’optimisme. L’amour est ce qui nous fait tous avancer. Donc oui, il y aura toujours de l’amour et toujours des chansons positives.
- Votre deuxième album jouait justement beaucoup sur cette dualité entre l’obscurité et la lumière. Vous avez plutôt envie d’aller vers les ténèbres ou de revenir vers la lumière ?
Aurèle : Je pense qu’il y a peut-être un besoin de retour à une certaine légèreté. Pas forcément quelque chose de superficiel, mais davantage l’envie de se libérer et d’être plus dans le fun sur le prochain album.
On a envie de prendre un peu de recul par rapport au deuxième album. Ce sont des thématiques que nous avions besoin d’aborder à ce moment-là, mais aujourd’hui, on a peut-être envie de quelque chose de plus festif, de plus enjoué.
Audrey : On se laisse aussi beaucoup aller sans forcément trop réfléchir à l’humeur. On est davantage dans l’atmosphère de la chanson. On peut se dire : « Ah ouais, on kiffe cette vibe ! », qu’elle soit dark ou plutôt joyeuse.
Quand on est dedans à fond, on ne réfléchit pas forcément. On est dans le kiff.
Lucas : Le mot « humain » que tu as employé est important. Je pense que c’est vraiment ce qui nous caractérise. On est très potes au-delà de la musique, on se marre beaucoup et cette complicité fait partie de notre identité.
On n’a pas encore vraiment réfléchi à la couleur générale de l’album, notamment au niveau des textes. En répétition, c’est très instinctif. Quelqu’un arrive avec un riff, les autres rebondissent dessus, donnent des idées et ça part parfois dans tous les sens.
Pour l’instant, je ne pense donc pas qu’il y ait une thématique générale définie. L’album sera probablement assez ouvert.
- Vous avez donc déjà commencé à travailler sur ce troisième album ?
Lucas : Ah oui, déjà ! On a pas mal avancé.
Audrey a également commencé à écrire. On a quelques textes et quelques morceaux terminés.
- Vous travaillez toujours à deux, Audrey et toi ?
Lucas : Non, justement. Sur cet album, comme sur le précédent, le travail est beaucoup plus collectif.
C’était surtout au tout début, lorsque nous avons créé le groupe avec Audrey, que nous avions beaucoup travaillé à deux. Depuis le deuxième album, Little Odetta, c’est beaucoup plus collégial.
On se retrouve en répétition sans forcément savoir où on va. Quelqu’un apporte un riff, on part dessus, on improvise. Ça peut durer très longtemps ou, au contraire, fonctionner immédiatement. C’est vraiment une construction collective.
Fabien : Et entre ce qu’on travaille actuellement en studio et les nouvelles compositions, je rejoins Aurèle sur le côté très festif. Je pense qu’on a vraiment envie de se faire plaisir et de faire plaisir aux gens en les emmenant avec nous.
On cherche encore davantage le contact et l’interaction avec le public.
Après, les paroles resteront importantes et justes. Ce n’est pas : « Peu importe les paroles, pourvu que ce soit dancefloor. » Ce n’est pas du tout ça.
On a aussi envie de repousser nos propres limites. On a notre griffe, notre petit joker : ça chante soul, ça chante rock, ça joue du rock 70, mais est-ce qu’on peut aller ailleurs ? Peut-être vers l’électro, peut-être vers quelque chose de plus lourd, voire complètement dancefloor.
Faire des choses qu’on n’a jamais faites tout en essayant de conserver la signature Little Odetta.
- Seriez-vous prêts à vendre votre âme au diable pour passer à la radio ?
Audrey : Si quelque chose ne nous plaît pas, on ne le fera pas.
Fabien : Personnellement, je n’irai pas donner mon âme au diable. Je ne vois pas à quoi ça servirait !
Lucas : Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire des choses plus accessibles. Je suis persuadé qu’on pourrait le faire tout en restant nous-mêmes.
Sur le premier album, « Rhythm » est, par exemple, un morceau plutôt folk. Sur le deuxième, « Take You Away » est plus acoustique et comporte davantage de changements.
Donc oui, on peut faire des choses accessibles sans forcément renier notre identité.
Je ne serais pas prêt à avoir quelqu’un qui me dise ce que je dois faire. Je pense qu’on peut très bien s’éclater sans avoir un label qui nous impose une direction.
Je peux éventuellement faire des compromis, mais si ce n’est pas en accord avec moi, c’est mort. Il faut que ce soit en accord avec ce que nous sommes.
Fabien : Notre ingé son Vincent vient quand même de préciser qu’on ne vendrait pas notre âme au diable pour moins de 100 000 euros ! (rires)
- Vos deux albums ont été enregistrés live, un peu à l’ancienne. Est-ce pour conserver cette authenticité des années 70 ? Et retrouvez-vous sur scène l’énergie que l’on entend sur les albums ?
Lucas : Pour le deuxième album, je trouve qu’on est vraiment beaucoup plus proche du son live.
On part toujours d’une prise live. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas ensuite quelques arrangements : des guitares supplémentaires, du clavier, des chœurs, des percussions… Mais la base reste live, comme pour le premier album.
Le premier était peut-être un peu plus produit et sonnait donc légèrement moins live que ce que nous faisons aujourd’hui.
- Il y a quelque temps, vous évoquiez également un projet acoustique. Où en êtes-vous ?
Lucas : On aimerait toujours le faire, mais on ne l’a jamais vraiment concrétisé.
Audrey : C’est clairement une question de temps.
Lucas : Ou alors transformer certaines versions très électriques et très rock en quelque chose de plus folk. Ça me plairait toujours parce que j’adore jouer de la guitare acoustique.
Audrey : Et puis ce serait une autre couleur, quelque chose de différent.
Aurèle : Je pense qu’il faut aussi accumuler suffisamment de matière pour pouvoir le faire. C’est une question de temps, mais aussi de développement artistique. Plus on avance, plus on accumule de matière et plus on a de possibilités dans l’interprétation.
- Quelles sont les prochaines échéances pour Little Odetta ? Vous avez beaucoup joué cet été, notamment dans les festivals.
Audrey : Effectivement, on a beaucoup tourné cet été et on a eu de très belles dates.
D’autres arrivent, notamment au New Morning à Paris, le 24 novembre, avec Zach Schultz. Ce sera une très belle date, une belle fête, à mon avis.
Il y a évidemment beaucoup d’autres concerts en préparation, mais surtout le nouvel album.
Il va aussi falloir que nous prenions du temps pour nous poser. Un peu comme des rats de laboratoire ! (rires) Parce que, mine de rien, ça fait parfois du bien de s’arrêter pour revenir avec des idées fraîches.
Aurèle : On pourra peut-être aussi tester quelques titres du nouvel album le 24 novembre.
- Beaucoup de groupes sortent aujourd’hui un single tous les mois ou tous les deux mois avant de publier un album dont on connaît finalement déjà une grande partie. Vous, êtes-vous dans cette logique ou restez-vous sur le modèle plus traditionnel de l’album ?
Lucas : Ce que tu viens de dire rejoint directement le mode de consommation actuel de la musique.
Dans le rap et les musiques urbaines, notamment, cette stratégie du single fonctionne énormément. Dans le métal aussi, ça se développe de plus en plus.
Tout va tellement vite sur Internet que, si tu ne sors pas régulièrement quelque chose, tu as l’impression de ne plus alimenter la machine.
Personnellement, je ressens parfois cette pression. Je me dis : « Putain, on ne travaille pas assez vite, on n’est pas assez productifs… »
Mais, à un moment donné, on ne peut pas suivre cette machine.
Nous avons choisi dès le départ de faire des albums, comme cela se faisait avant. Dans les années 70, bien sûr, mais aussi dans les années 90 ou 2000. Et dans le rock, l’album reste quand même quelque chose d’important.
Après, je ne suis pas fermé aux singles. Je pense, par exemple, à Grézou, avec qui nous tournions. Pendant un an, il sortait une chanson par mois accompagnée d’un clip. C’est un fonctionnement intéressant, mais ça demande énormément de travail.
Pourquoi pas ? Pour l’instant, je pense qu’on est repartis sur un album. On verra ensuite si nous décidons de sortir ponctuellement quelques singles.
- Et 2027 pour ce nouvel album ?
Audrey : Je ne sais pas… Je ne veux rien dire pour l’instant ! (rires)
On n’a pas envie de se mettre la pression. On veut surtout que ce soit qualitatif. On sortira quelque chose quand nous penserons que c’est le bon moment, pas simplement parce qu’il faut sortir quelque chose.
- Dernière question, Audrey, et c’est une private joke. J’ai vu que notre ami Jean-Pierre apparaissait dans la vidéo de « Struck ». Pourquoi ne l’as-tu pas matché ?
Audrey : C’est vrai que je ne l’ai pas matché, mais c’était à deux doigts ! (rires)
Fabien : C’est une légende, Jean-Pierre. La mascotte !
Audrey : En même temps, il est déjà avec Marité, il est déjà pris !
Lucas : C’est surtout que Jean-Pierre, même quand il n’est pas là, j’ai l’impression qu’il est là.
La dernière fois, j’étais en concert quelque part dans l’Est. Il n’était pas là, mais il y avait un gars dans la lumière et j’ai vraiment cru que c’était lui. Je m’attendais presque à le retrouver au merch à la fin du concert, alors qu’il n’était absolument pas là.
Jean-Pierre, c’est vraiment le mec qui est là même quand il n’est pas là. Il est là !
Audrey : Voilà, Jean-Pierre n’est pas là, mais il est là !
Lucas : Et il passe quand même le bonjour !
Audrey : Voilà. C’était la petite anecdote !









