Lean Wolf : quand le blues fait parler le cœur

Rédacteur

Nicolas Keshvary

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Date de l'interview

21/10/2026

Lieu de l'interview

Par Teams

De la guitare découverte presque par hasard à un blues rock nourri de feeling et de liberté, Quentin trace sa route avec passion et détermination. À 33 ans, le Montpelliérain développe son projet Lean Wolf, entouré de musiciens avec lesquels il partage bien plus que la scène. Entre influences vintage, sonorités modernes et improvisations habitées, il défend une musique sincère, loin des recettes toutes faites. Rencontre avec un artiste indépendant qui avance à son rythme, avec de belles ambitions et des perspectives prometteuses pour 2027.

De la punition aux premières notes de guitare

  • Salut Quentin ! Pour commencer, merci de nous accorder cette interview. Nous nous étions rapidement rencontrés et tu m’avais présenté ton projet. Je sais que tu es guitariste et chanteur, que tu évolues sous le nom de Lean Wolf et que tu viens de Montpellier. Mais j’aimerais que tu nous en dises un peu plus. Quel âge as-tu, depuis combien de temps joues-tu de la guitare et comment tout a commencé ?

 Salut ! Moi, c’est Quentin, j’ai 33 ans et je suis né à Montpellier. J’ai découvert la guitare un peu par hasard. Ma mère en avait une à la maison et cet instrument m’a toujours intrigué. J’avais envie d’apprendre à en jouer depuis longtemps, mais le déclic est arrivé un jour où j’ai été privé de jeux vidéo !

Je m’ennuyais, alors je me suis dit que j’allais essayer la guitare. J’ai commencé à apprendre mes premiers morceaux, puis j’ai demandé à mes parents si je pouvais prendre des cours. Depuis, je n’ai jamais arrêté de jouer.

À la base, je suis donc guitariste. Je suis devenu chanteur un peu sur le tard et aujourd’hui, on me connaît surtout sous le nom de Lean Wolf.

  • Tu as donc pris quelques cours avant de poursuivre ton apprentissage en autodidacte ?

Oui, j’ai pris des cours pendant quelques années. Ensuite, on commence à apprendre par soi-même, notamment en essayant de repiquer les morceaux et les solos des guitaristes qu’on aime.

  • Tu as découvert la guitare à travers le rock ? C’était déjà une musique qui te parlait avant même de jouer ?

Oui, complètement ! J’ai découvert le rock avec les Red Hot Chili Peppers, AC/DC, mais aussi des groupes de ma génération comme Linkin Park ou System of a Down. J’avais 11 ou 12 ans et je ne jouais pas encore de guitare. J’ai commencé vers 13 ans et demi, donc ces groupes m’ont certainement donné envie de me lancer.

À vrai dire, au départ, je voulais plutôt faire de la batterie ! Mais c’est compliqué d’en avoir une à la maison et de pouvoir s’entraîner sans déranger tout le monde. La guitare était quand même plus pratique !

Lean Wolf, une histoire de loup et de blues

  • Tu évoquais ton nom de scène, Lean Wolf. Est-ce un groupe à proprement parler ou plutôt un projet personnel accompagné par d’autres musiciens ?

Lean Wolf, c’est mon nom de scène. Je suis accompagné d’Émilien Gendra à la batterie et de Samuel Maréchal à la basse. Il m’arrive aussi de jouer avec d’autres musiciens lorsque les habituels ne sont pas disponibles, car nous avons tous plusieurs projets.

À l’origine, l’histoire a commencé avec un groupe que j’ai créé vers 2016, Yankee Station. Nous jouions des reprises blues et rock. J’étais à la guitare et nous avions un chanteur. Lorsqu’il est parti, nous avons cherché quelqu’un pour le remplacer, mais nous ne trouvions personne. C’est finalement à ce moment-là que je me suis mis au chant, en autodidacte.

J’ai ensuite reformé un groupe avec d’autres musiciens, avec davantage de compositions en plus des reprises. Il s’appelait Bobby Blues Band.

Vers 2019-2020, avec l’arrivée du Covid, j’ai commencé à réfléchir à un projet qui m’appartiendrait vraiment. C’était moi qui apportais les compositions, qui cherchais les dates de concerts et qui m’occupais de beaucoup de choses. Je me suis dit que c’était le moment de trouver un nom de scène et de lancer mon propre projet.

  • Mais pourquoi Lean Wolf ? Le loup maigre, ça cache une histoire ?

Oui, et elle est assez particulière ! Il y a longtemps, par curiosité, j’avais participé à une séance de chamanisme avec des amis. On avait fait tout un rituel avec des tambours et de l’encens. À un moment, la personne qui animait la séance nous a invités à nous allonger, à fermer les yeux et à partir à la rencontre de notre animal totem.

Pendant cette sorte de voyage intérieur, j’ai vu un loup. Cette image m’a marqué, même si je n’y ai pas repensé tout de suite.

Bien plus tard, au moment de choisir mon nom de scène, je me suis souvenu de cette expérience. J’ai toujours eu quelque chose avec cet animal. Il est aussi très présent dans l’imaginaire des bluesmen, donc je trouvais que cela collait bien à mon univers.

Et puis, il y a le côté Lean, qui signifie maigre. À l’époque, j’étais très mince ! Mais j’aime aussi l’idée du loup affamé, qui a faim de musique et qui veut aller loin.

  • Une double signification plutôt bien trouvée ! Lean Wolf voit donc officiellement le jour en 2020 ?

Oui, c’est ça. À l’époque, j’avais déjà des musiciens autour de moi et nous étions même en quartet, avec un organiste en plus.

  • Tu parles de compositions avec de l’orgue. Tu en joues également ?

Non, pas du tout ! (Rires.) Quand je compose, je fais tout moi-même sur un logiciel. Je programme la batterie en MIDI et j’enregistre la guitare, la basse et le chant. Je construis ainsi de petites maquettes qui donnent une idée assez précise de ce que sera le morceau.

Ensuite, nous retravaillons les arrangements ensemble. Je ne suis ni batteur professionnel ni bassiste, donc je tiens à laisser une vraie place à la créativité des musiciens. L’essence du morceau est généralement déjà dans ma tête, mais ils peuvent apporter des idées auxquelles je n’aurais pas pensé, simplement parce que je n’ai pas leur connaissance de l’instrument.

  • Vous êtes passés du quartet au trio. Quelle formation te convient le mieux ? Le trio apporte quelque chose de plus brut, mais un clavier ou une seconde guitare pourraient aussi enrichir le son.

Je n’ai pas vraiment de formation préférée, car chacune apporte quelque chose de différent. Pour les morceaux rock, j’aime bien le trio, justement parce que c’est plus brut.

En revanche, j’ai aussi pas mal de compositions qui sont des ballades. Dans ces morceaux-là, l’orgue peut me manquer. Il apporte une sorte de tapis sonore sur lequel je peux m’appuyer, qui embellit les solos et la voix. C’est vraiment un plus.

Une deuxième guitare pourrait aussi être intéressante. J’y pense pour l’avenir, même si je ne sais pas encore quand cela pourrait se concrétiser.

Et puis, j’ai un rêve : monter un véritable big band, avec une section de cuivres, des choristes et tout ce qui va avec !

  • Là, il va falloir trouver le budget !

Ah oui, c’est sûr ! (Rires.) Mais j’aimerais beaucoup arriver un jour à quelque chose dans l’esprit du Marcus King Band ou du Tedeschi Trucks Band. Ce sont deux groupes qui m’ont beaucoup inspiré, notamment par cette formule musicale.

Du rock au blues : une histoire de feeling

  • Tu as grandi avec le rock et le métal. Comment s’est faite la transition vers le blues, même si l’on sait que le rock lui doit beaucoup ? Pourquoi cette préférence pour le blues ?

Quand j’ai commencé les cours de guitare, vers 14 ans, j’avais un professeur qui s’appelait Stéphane Combodon. C’est lui qui m’a transmis cette passion pour l’instrument et pour le rock en général.

Il me faisait écouter beaucoup de choses et me demandait de relever des solos. C’est en travaillant ces morceaux que je me suis rendu compte que je prenais énormément de plaisir à jouer du blues.

Il m’a notamment fait découvrir Gary Moore, Stevie Ray Vaughan et B.B. King. J’ai toujours adoré la liberté que l’on trouve dans cette musique. Le but n’est pas simplement d’apprendre un solo par cœur et de le réciter. Il s’agit d’improviser, de jouer ce que l’on ressent et de laisser sortir ce que l’on a au fond de soi.

Dans d’autres styles, on suit généralement une structure plus définie, avec moins de place pour l’improvisation. Dans le blues, cette liberté est vraiment essentielle.

  • Je suis assez d’accord avec toi. Dans le rock, il y a souvent un cadre très précis, alors que le blues permet de laisser parler son cœur et de jouer avec le feeling.

Exactement ! Il m’arrive de ressentir des choses très fortes en jouant. La musique peut me libérer de certaines émotions et m’emmener dans des directions auxquelles je ne m’attendais pas.

C’est ce que je trouve magique : me laisser surprendre. Quand je commence un solo, je ne sais pas forcément où je vais aller. Parfois, je ne suis pas très content de ce que j’ai joué et j’ai l’impression d’être passé à côté. Et d’autres fois, je termine complètement lessivé, en me demandant ce qui vient de se passer !

Il peut se produire quelque chose de particulier entre les musiciens, une sorte de magie qui apparaît spontanément. C’est cette petite étincelle que je recherche et que j’arrive à trouver dans le blues.

  • Pour parvenir à cette liberté, il faut tout de même une sacrée complicité entre les musiciens. Est-ce facile de retrouver cette connexion lorsque tu joues avec des personnes différentes selon les disponibilités de chacun ?

Avec mes musiciens habituels, nous nous connaissons depuis longtemps. Ce sont aussi des amis, ou des personnes qui le sont devenues au fil du temps. Nous partageons des moments en dehors de la musique, nous organisons des soirées ensemble… Ce ne sont pas simplement des musiciens qui m’accompagnent : il y a aussi une véritable connexion humaine.

Je suis très bien entouré et j’ai beaucoup de chance. Grâce à cette relation, nous arrivons assez facilement à nous connecter musicalement.

Bien sûr, il y a une base solide dans les morceaux, avec des passages qui ne changent pas. Mais pendant les solos, nous pouvons nous laisser porter, nous faire confiance et voir où la musique nous emmène. Chacun sait ce qu’il a à faire et maîtrise son instrument, ce qui permet de prendre des risques et de tenter des choses.

  • Revenons aux guitaristes qui t’ont marqué. Quelles sont tes grandes références dans le blues et le blues rock ?

Il y en a tellement ! Je citerais Jeff Beck, Stevie Ray Vaughan et Jimi Hendrix. J’ai aussi envie de mentionner David Gilmour, qui a énormément compté dans mon univers musical.

Parmi les artistes plus récents, Marcus King est une énorme source d’inspiration, aussi bien pour son jeu de guitare que pour sa voix et ses compositions. Je trouve qu’il a vraiment tout pour lui !

Je pourrais également citer Derek Trucks et Eric Gales, qui sortent du lot à mes yeux.

Finalement, je puise beaucoup dans des artistes dont la musique remonte aux années 1960 et 1970. Je ne suis pas particulièrement tourné vers le blues des années 1950 ou les périodes antérieures.

  • C’est justement ce qui ressort de tes deux EP. On retrouve cette couleur blues rock des années 1960-1970, avec un côté très vintage. Tu le vois également comme ça ?

Oui, tout à fait. Ce que j’essaie de faire, c’est de mélanger le vintage et le moderne. J’aimerais rendre ces musiques et ces influences plus anciennes accessibles au public d’aujourd’hui.

Je ne prétends pas avoir trouvé la recette, mais j’aimerais parvenir à toucher les jeunes générations pour que cette musique continue de vivre. Les Black Keys le font très bien, par exemple.

L’idée est d’établir une passerelle entre les deux époques : apporter quelque chose de moderne à des influences anciennes, mais aussi donner une touche vintage à des sonorités plus actuelles.

EP, singles et réalité de l’artiste indépendant

  • Tu as sorti deux EP. Pourquoi avoir choisi ce format plutôt qu’un album ? Est-ce une question de budget ou simplement de quantité de compositions disponibles ?

C’est un peu les deux. Je ne suis pas quelqu’un qui compose énormément, et surtout, je n’aime pas composer simplement pour remplir un disque.

Quand j’écris un morceau, c’est généralement parce que je l’ai en tête depuis un certain temps et que je ressens le besoin de le faire sortir. À ce moment-là, je sais que j’ai quelque chose qui mérite d’être joué. C’est assez instinctif : le morceau s’impose à moi et je me dis qu’il faut y aller.

Le budget joue aussi un rôle important. Beaucoup de groupes privilégient aujourd’hui les EP, car ils coûtent moins cher à produire qu’un album. Cela permet également d’étaler les sorties et de maintenir une actualité plus longtemps.

Au lieu de sortir un album et de communiquer dessus pendant un an et demi, on peut publier deux EP et faire vivre le projet sur une période plus longue.

  • Certains artistes vont même jusqu’à sortir un single tous les mois ou tous les deux mois.

C’est vrai, et c’est aussi pour cela que j’ai sorti deux singles récemment. Pour l’instant, je m’oriente de plus en plus vers ce format, tant que je n’ai pas le budget nécessaire.

Évidemment, j’adorerais sortir un album complet un jour, comme beaucoup de musiciens. Mais je suis indépendant et je dois gérer énormément de choses moi-même. Je fais avec les moyens du bord.

J’ai pourtant plusieurs morceaux en préparation et de nouvelles compositions qui attendent. Le problème, c’est que je ne peux pas tout enregistrer pour le moment.

  • Quand tu dis que tu fais tout toi-même, tu parles aussi bien de la composition que de l’enregistrement, du mixage et de la production ?

Pas exactement. Je parle surtout de toute la partie organisation : trouver les dates, chercher des financements, composer, organiser les répétitions, gérer la communication sur les réseaux sociaux, créer du contenu et essayer de développer ma communauté.

En revanche, pour les enregistrements, je fais évidemment appel à un ingénieur du son et nous travaillons en studio. C’est là que les frais deviennent importants.

  • Tu dois donc porter plusieurs casquettes. N’as-tu jamais envisagé de travailler avec un label, un manager ou une structure qui pourrait te décharger de toute cette partie administrative et promotionnelle, afin que tu puisses te consacrer davantage à la musique ?

Bien sûr que ce serait super ! Mais il faut toujours se poser la même question : serais-je capable de payer cette personne ? Ce n’est pas certain.

Après, si elle m’apportait suffisamment de choses pour développer le projet, peut-être que cela deviendrait possible.

  • Il existe aussi des structures de booking qui accompagnent les artistes émergents.

Oui, et certains groupes arrivent à en trouver. Ce n’est pas faute d’essayer de démarcher, mais pour l’instant, je n’ai pas réussi à intéresser ces structures.

Alors, je continue mon chemin. Je me dis que les choses arriveront lorsqu’elles devront arriver, au bon moment. Je crois en cette idée.

2027 : de nouvelles compositions et des horizons internationaux

  • Après ces deux EP et les singles sortis récemment, as-tu d’autres projets en préparation ? Un troisième EP, peut-être ?

Non, pas d’EP ni d’album prévu pour le moment. En revanche, nous travaillons sur de nouveaux morceaux avec les musiciens.

En 2027, nous allons retravailler le set et y intégrer de nouveaux titres. Nous envisageons également d’enregistrer deux ou trois morceaux, même si rien n’est encore officiel.

Ce qui est certain, c’est que je compte sortir quelque chose en 2027. Cela commence à faire un moment que je n’ai rien publié. J’ai sorti des titres en mars et en décembre, mais janvier marquera déjà presque un an depuis ma dernière sortie.

  • Et du côté des concerts, quelles sont les prochaines échéances ? Est-ce que les dates se construisent au fur et à mesure ou as-tu déjà de belles perspectives ?

Il y a un peu des deux. Plusieurs choses sont en préparation.

Nous allons notamment jouer au Haber Blues Festival, à Brélès, en Bretagne, le 6 novembre. Nous avons ensuite deux dates en Espagne, les 13 et 14 novembre, dont un festival.

En janvier, une tournée européenne est prévue, avec des dates en France, en Allemagne et en République tchèque. Nous devrions avoir une dizaine de concerts.

J’ai aussi commencé à travailler avec deux tourneurs étrangers : l’un en Espagne et l’autre en République tchèque. C’est notamment grâce à eux que ces tournées prennent forme.

En avril 2027, une autre tournée en Espagne est prévue, avec davantage de dates. Elle sera suivie de l’European Blues Challenge au Portugal, où j’aurai l’honneur de représenter la France.

Où retrouver Lean Wolf ?

  • Pour suivre ton actualité, retrouver tes prochains concerts et écouter tes morceaux, où faut-il se rendre ?

Je suis présent sur Facebook et Instagram, où je publie les annonces de concerts et les informations concernant le projet. J’utilise de plus en plus Instagram, car j’ai davantage de résultats sur cette plateforme. Facebook m’aide beaucoup moins, notamment à cause de son algorithme, mais je reste actif sur les deux réseaux.

Pour la musique, mes titres sont disponibles sur les plateformes de streaming, ainsi que sur YouTube ou il y a plusieurs vidéos et des sessions live sur YouTube.

Le mot de la fin

  • Avant de se quitter, y a-t-il quelque chose que tu aimerais ajouter ?

Je crois qu’on a fait le tour ! Je te remercie en tout cas pour cette interview. On se recroisera sûrement dans le Grand Est !

  • Alors, bonne continuation à toi, et au plaisir de se retrouver prochainement dans le Grand Est !

Merci ! À bientôt !

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