À seulement 17 ans, l’Australien Taj Farrant impressionne déjà par une maturité musicale hors norme. Révélé très jeune grâce à son incroyable virtuosité à la guitare, le jeune prodige s’est rapidement imposé comme l’un des espoirs les plus prometteurs du blues-rock actuel. De passage au festival Guitare en Scène, le 14 juillet 2026, il revient sur ses influences, de Robert Johnson à Gary Moore, évoque son travail d’écriture avec son père et dévoile quelques détails sur ses deux prochains albums, attendus avant la fin de l’année.
Sur ton premier album Chapter One, il y a un morceau intitulé Crossroads. J’imagine qu’il est dédié à Robert Johnson ?
Oui, exactement.
Tu n’as pourtant que 17 ans et tu joues déjà de la guitare comme un fou. Alors je me demandais… Es-tu allé, toi aussi, au fameux carrefour pour vendre ton âme au diable ?
(Rires.) Beaucoup de gens me posent cette question ! Non, évidemment. J’ai toujours adoré cette histoire autour de Robert Johnson. Pour moi, il est celui qui a lancé tout ça. C’est un peu le grand-père du blues moderne. J’avais donc envie de lui rendre hommage.
C’est vrai que cette légende est fascinante.
Oui, j’ai toujours adoré cette histoire, tout comme la chanson originale Cross Road Blues.
Ton niveau est-il avant tout le fruit d’un énorme travail ou penses-tu avoir eu un talent naturel dès le départ ?
J’ai énormément travaillé. Je pense aussi que j’ai appris plus rapidement que beaucoup d’autres personnes, mais rien ne remplace le travail. Pendant quatre ans, je jouais environ sept heures par jour, tous les jours. À un moment, j’ai même dû ralentir parce que je jouais tellement que j’avais besoin de souffler. Aujourd’hui, avec les tournées, mon rythme est différent.
Tout a commencé après un concert d’AC/DC, si je ne me trompe pas. Pourtant, tu t’es ensuite dirigé vers le blues. Comment s’est fait ce virage ?
Oui, quand j’étais petit, après avoir vu AC/DC, je ne voulais jouer que leurs morceaux. Puis mon père m’a fait découvrir Gary Moore. C’est vraiment ce moment qui a tout changé. Ensuite sont arrivés Stevie Ray Vaughan, Buddy Guy et beaucoup d’autres. C’est grâce à mon père que je suis véritablement tombé amoureux du blues.
Pour quelqu’un de ton âge, c’est assez surprenant d’aller chercher ses influences chez ces grands noms plutôt que chez les artistes plus récents.
Je trouvais que c’était le blues le plus authentique. Cela dit, il existe aujourd’hui d’excellents musiciens qui perpétuent cet héritage avec beaucoup de talent. Et j’écoute vraiment de tout : de l’EDM, du dubstep… Je pioche des idées dans tous les styles, mais le blues reste de très loin ma plus grande influence.
As-tu écrit seul Chapter One, aussi bien la musique que les paroles ?
Pour la musique, oui… en grande partie. Mon producteur m’a aidé sur quelques morceaux. En revanche, les paroles sont écrites par mon père. Il a toujours eu un vrai talent pour écrire des poèmes et raconter des histoires. Il commence par rédiger un long texte, puis nous le retravaillons ensemble pour qu’il s’adapte à la chanson.
Pour les deux prochains albums, toute la partie musicale est composée par moi, avec mon meilleur ami qui joue de la batterie, puisque je ne suis pas batteur. Les textes, eux, viennent toujours de mon père.
Travailler avec son père n’est pas toujours évident. Comment fonctionne votre collaboration ?
C’est très naturel. J’écris énormément de morceaux instrumentaux sans aucune ligne de chant. Ensuite, mon père regarde si certaines de ses idées de textes peuvent s’adapter à ces compositions. Puis nous construisons ensemble les mélodies vocales. Aujourd’hui, tout est devenu très fluide entre nous.
Au final, qui a le dernier mot ?
Moi, mais mon père n’a jamais d’ego là-dessus. Si je n’aime pas un couplet, il me répond simplement : « Pas de problème, on recommence. » Il écrit sans arrêt. Je me souviens lui avoir dit un jour que je n’aimais pas un texte. Le lendemain, il était revenu avec une toute nouvelle version. Puis finalement, je lui ai demandé de remettre un passage de la première ! C’est un vrai dialogue permanent. À force de travailler ensemble, nous savons exactement ce qui plaît à l’autre.
T’arrive-t-il de lui proposer directement un thème de chanson ?
Oui, c’est arrivé avec Mama Raised a Man. Nous cherchions un sujet et je lui ai proposé d’écrire une chanson sur ma mère. Finalement, c’est devenu le plus gros succès de l’album.
Tu évoquais Gary Moore. Ton interprétation de Parisienne Walkways est incroyable. Y a-t-il d’autres guitaristes avec lesquels tu rêverais de partager la scène ?
Il y en a énormément. J’adore Eric Steckel, par exemple. Mais j’ai déjà eu la chance de jouer avec plusieurs de mes idoles, comme Buddy Guy ou Eric Johnson. C’est difficile de choisir un seul nom, mais il y en a encore beaucoup avec qui j’aimerais collaborer.
Ces rencontres t’ont-elles fait progresser ?
Oui, énormément. Quand je regarde quelqu’un jouer, je ne m’intéresse pas seulement aux plans de guitare. J’observe surtout son attitude, sa façon de s’exprimer, son phrasé… C’est ce genre de détails qui m’inspire le plus.
Chapter One est déjà disponible et tu nous parlais de deux nouveaux albums. Où en sont-ils ?
Le premier sera Chapter Two. Le second sera un album entièrement instrumental, qui n’a pas encore de titre. J’avais énormément de compositions qui ne convenaient pas forcément à des chansons avec du chant. Je ne voulais pas les laisser de côté, alors j’en ai fait un projet instrumental sur lequel je peux vraiment laisser parler la guitare.
Ils sortiront quand ?
Tous les deux cette année. Et ils sortiront le même jour.
Deux albums le même jour ?
Oui ! Je pense que ce sera vraiment sympa.
Merci Taj et bon concert ce soir.
Merci à toi.









