Après des années passées au service des autres en tant que trompettiste, arrangeur et musicien de scène, Jean-Baptiste, alias Sonneur, franchit aujourd’hui une nouvelle étape en portant son propre projet. Entre chanson française, pop élégante et textes profondément personnels, il s’apprête à dévoiler Influenceurs en carton, un premier EP attendu en septembre. Rencontre avec un artiste autodidacte dans l’âme, nourri par les rencontres, les tournées et l’envie de raconter des histoires sincères.
Peux-tu te présenter et revenir sur ton parcours musical ?
Je m’appelle Jean-Baptiste et la musique est devenue mon métier dès l’âge de 18 ans. J’ai commencé avec un groupe de chanson française qui s’appelait Courir les Rues. Pendant onze ans, nous avons sillonné les routes avec près de 950 concerts au compteur, cinq albums et même un DVD. Nous sommes passés des petites salles aux festivals, avec un public fidèle qui nous a permis de vivre une belle aventure humaine et artistique.
Parallèlement à cela, j’ai toujours travaillé comme arrangeur. J’ai écrit pour le cinéma, la publicité, ainsi que pour différents artistes de la scène française, notamment dans la chanson. L’écriture d’arrangements pour les cordes, les cuivres ou les orchestrations a longtemps été mon activité principale.
Après l’arrêt du groupe, j’ai continué à explorer différents univers. J’ai tourné avec plusieurs artistes, participé à des spectacles jeune public, à des comédies musicales à Paris et travaillé avec la chanteuse turque Karsu, très populaire aux Pays-Bas et en Turquie. Au fond, j’ai toujours suivi les opportunités que la musique me proposait.
Toujours à la trompette ?
Principalement à la trompette, oui. Mais mon premier instrument reste le piano, que je pratique depuis l’enfance. Je joue également du trombone. Selon les projets, je peux passer d’un instrument à l’autre, même si la trompette reste mon principal compagnon de route.
Dans tous ces projets, tu étais uniquement musicien ou également impliqué dans la création ?
Au départ, j’étais surtout arrangeur. Je travaillais sur l’habillage musical des chansons sans forcément intervenir dans leur écriture. Composer des chansons n’était pas quelque chose qui me venait naturellement à l’époque.
Puis, progressivement, quelque chose a changé. Je me suis mis à écrire tous les jours. Je m’asseyais au piano et les chansons arrivaient. Une, puis deux, puis dix. J’ai senti qu’il fallait suivre ce fil et voir où il me menait. Aujourd’hui, j’ai écrit une quarantaine de titres, même si évidemment tout n’est pas conservé.
Pour ce premier projet, j’ai sélectionné une vingtaine de morceaux avant d’en retenir cinq pour l’EP.
Te considères-tu davantage comme musicien de studio ou musicien de scène ?
Même si les deux vont souvent ensemble, je pense être avant tout un musicien de scène. Ce que j’aime, c’est la vie de groupe, les rencontres, les trajets, les repas partagés, les discussions après les concerts. Il y a quelque chose de profondément humain dans tout cela.
J’aime écrire et travailler seul, mais au bout d’un moment, j’ai besoin du contact avec les autres. La musique, pour moi, existe avant tout lorsqu’elle est partagée.
Comment arrives-tu à gérer tous ces projets simultanément ?
Avec beaucoup d’organisation… ou peut-être pas tant que ça, il faudrait demander à mon entourage ! (rires)
Plus sérieusement, j’ai toujours eu une règle simple : le premier qui réserve une date a la priorité. Si on commence à revenir sur sa parole parce qu’une proposition paraît plus intéressante ou mieux rémunérée, cela devient vite ingérable. J’essaie donc de respecter mes engagements. C’est important pour moi comme pour les personnes avec qui je travaille.
Comment est né ce projet personnel ?
Petit à petit, l’écriture est devenue une nécessité. J’avais besoin de raconter mes propres histoires et non plus seulement de mettre en valeur celles des autres.
Je me suis retrouvé avec un grand nombre de chansons et l’envie de les défendre moi-même. À partir de là, tout s’est mis en place naturellement : l’enregistrement, la réflexion artistique et la construction du projet.
Musicalement, comment définirais-tu l’univers de Sonneur ?
J’écoute énormément de choses. J’ai une formation jazz, mais j’écoute aussi beaucoup de chanson française et de pop. Des artistes comme Stromae, Ben Mazué, Voyou ou encore Pierre Lapointe font partie des artistes que j’admire beaucoup.
Quand je compose, je ne me fixe aucune limite. Je m’installe au piano, je joue, j’expérimente et je laisse venir les idées. Certaines chansons prennent une couleur pop, d’autres vont vers des influences plus latines ou plus intimistes. Je ne cherche pas à entrer dans une case particulière.
Si je devais définir ce projet, je dirais simplement : de la pop française portée par un auteur-compositeur qui raconte des histoires.
Justement, de quoi parlent tes textes ?
Pour ce premier EP, tout est très personnel.
Par exemple, une chanson évoque mon père, aujourd’hui très malade. Elle parle du lien familial, du temps qui passe et du regard que l’on porte sur sa propre enfance lorsqu’on devient soi-même parent.
Influenceurs en carton, qui donne son titre à l’EP, est également autobiographique. Elle parle de notre rapport aux réseaux sociaux. Aujourd’hui, on a besoin des médias et des plateformes numériques pour exister artistiquement, mais on ne maîtrise pas forcément tous leurs codes. Le titre est une façon d’assumer cela avec humour et autodérision.
Une autre chanson évoque ma région natale et ces territoires ruraux que beaucoup de gens ne situent même pas sur une carte, mais qui restent magnifiques à nos yeux parce qu’ils sont remplis de souvenirs.
Pourquoi avoir choisi le titre Influenceurs en carton ?
Parce qu’il résume assez bien l’état d’esprit du projet. Je me moque un peu de moi-même et de notre époque. Nous sommes tous amenés à devenir, d’une certaine manière, des communicants permanents.
Je ne suis pas forcément très doué pour ça, mais j’essaie malgré tout de proposer des choses sincères, de belles images, de beaux clips et de défendre mon travail avec les moyens dont je dispose.
L’EP est autoproduit ?
Oui, totalement.
Je porte ce projet à travers l’association issue de Courir les Rues. Nous faisons tout nous-mêmes : la production, la communication, les clips, les dossiers de présentation, les photos… C’est beaucoup de travail, mais cela garantit aussi une totale liberté artistique.
Évidemment, si des partenaires souhaitent nous accompagner demain, nous les accueillerons avec plaisir. Mais il est important que cette aide arrive suffisamment tôt dans le développement d’un artiste. Souvent, les structures arrivent quand tout est déjà en place et que le plus difficile a été accompli.
Pourquoi avoir choisi le nom Sonneur ?
Le mot rassemble plusieurs choses qui me correspondent.
D’abord, il y a l’univers des sonneurs de trompe que je connaissais à travers mes racines familiales en Sologne. Ensuite, il y a évidemment les cuivres, qui occupent une place importante dans ma vie de musicien.
Et puis il y a aussi cette idée du sonneur qui annonce quelque chose, qui vient raconter des histoires sur la place du village. Je trouvais que ce mot résumait parfaitement mon univers.
As-tu travaillé seul sur l’EP ?
J’ai composé les textes et les musiques, mais je me suis entouré d’Adrien Touraine, un ami de longue date avec qui j’ai déjà collaboré sur plusieurs projets.
Je lui envoyais mes premières maquettes très rapidement, parfois juste après avoir écrit une chanson. Il me faisait des retours, apportait ses idées, puis nous construisions ensemble les arrangements définitifs. C’est également lui qui a réalisé le mixage final.
L’EP sera évidemment défendu sur scène ?
Bien sûr.
Je suis actuellement en résidence au Forum de Vauréal, qui accompagne le projet. Nous préparons un spectacle où je serai seul sur scène avec mes instruments, des boucles créées en direct, mes cuivres, mon piano et différents éléments percussifs.
Tout sera construit en temps réel devant le public. Rien ne sera préenregistré.
Je travaille également à la mise en place d’une tournée pour l’automne et l’hiver prochains.
Avec seulement cinq titres sur l’EP, comment construis-tu un concert complet ?
Parce que les chansons existent déjà ! J’ai écrit bien plus que les cinq morceaux présents sur l’EP. Aujourd’hui, j’ai déjà entre dix-sept et dix-huit titres prêts pour la scène.
J’ai largement de quoi défendre un véritable spectacle et même envisager la suite.
Justement, un deuxième EP est-il déjà envisagé ?
Oui. L’idée est de sortir un second EP au printemps prochain afin de réunir suffisamment de morceaux pour constituer un album complet.
Ensuite, l’objectif principal sera de jouer le plus possible.
Si ce projet fonctionne, envisages-tu d’abandonner les autres activités ?
Ce qui est certain, c’est que j’aimerais consacrer davantage de temps à mes propres chansons. C’est ce qui m’anime aujourd’hui.
Je continuerai probablement à écrire des arrangements pour d’autres artistes, parce que j’aime profondément cela. Mais si j’ai la chance de pouvoir défendre mes chansons au quotidien, ce sera évidemment ma priorité.
Quelle est ton actualité immédiate ?
En parallèle du projet Sonneur, je participe actuellement au spectacle Together à Disneyland Paris. C’est une grande production qui attire plusieurs milliers de spectateurs chaque jour autour de l’univers Pixar.
Nous sommes plusieurs musiciens à nous relayer selon un planning très précis. Cela me permet de poursuivre mes autres activités tout en gardant du temps pour ma famille et pour le développement de mon projet personnel.
Un dernier mot pour conclure ?
Oui. Le clip d’ « Influenceurs en carton » est déjà disponible sur YouTube. Nous avons consacré beaucoup de temps à sa réalisation avec une équipe formidable, des danseurs et un véritable travail de mise en scène.
J’en suis particulièrement fier et j’espère que les gens prendront autant de plaisir à le regarder que nous en avons eu à le créer.
EP « Influenceurs en carton » disponible le 11 septembre. Une sortie qui marquera le véritable lancement de l’aventure Sonneur, entre chanson française moderne, arrangements soignés et regard sincère sur le monde qui l’entoure.
Crédit photo : Jeff Ludovicus









