ARCH ENEMY : « Nous voulions un nouveau départ »
Trente ans après les débuts d’Arch Enemy, Michael Amott n’a rien perdu de son envie de faire avancer la machine. À Rock The Lakes, le guitariste revient sur la longévité inattendue du groupe, le départ d’Alissa, l’arrivée de Lauren Hart et ce nouveau chapitre qui s’ouvre devant eux. Pour la chanteuse, rejoindre Arch Enemy possède une résonance toute particulière : Wages of Sin est précisément l’album qui lui avait donné envie de se lancer dans le scream. Entre héritage, nouveau single, tournée et perspectives de studio, le tandem affiche une complicité déjà évidente.
- Michael, si tu regardes tout ce qui s’est passé depuis les débuts d’Arch Enemy en 1995, qu’est-ce qui te surprend le plus dans ce que le groupe est devenu ? Et qu’est-ce qui, au contraire, n’a jamais changé ?
Michael AMOTT : La plus grande surprise, c’est que nous soyons toujours là ! Quand tu montes un groupe dans la vingtaine, tu imagines peut-être faire un, deux ou trois albums. Mes groupes avant Arch Enemy n’ont jamais duré plus de quelques années. Celui-ci, d’une manière ou d’une autre, est devenu quelque chose qui continue encore et encore.
- Pourquoi Arch Enemy a-t-il réussi à durer plus de trente ans alors que les groupes précédents n’ont pas tenu ?
Michael AMOTT : Je ne sais vraiment pas. Nous avons réussi à nous constituer un public. Le premier album n’intéressait pas énormément de monde, mais nous avons très tôt trouvé un public au Japon. Nous y sommes allés dès ce premier disque et nous avons été le premier groupe de death metal mélodique à jouer là-bas au milieu des années 90. Cela nous a donné l’inspiration pour faire un deuxième album. Ensuite, les choses se sont développées lentement, étape par étape. Nous n’avions aucun grand plan pour devenir un groupe important.
- Le départ d’Alissa a surpris beaucoup de fans. As-tu immédiatement vu ce changement comme l’occasion d’ouvrir un nouveau chapitre ?
Michael AMOTT : Oui. Je l’ai vu comme une occasion de façonner un nouvel avenir, davantage en accord avec ce que nous voulons au sein du groupe. Faire quelque chose de frais, tout en restant profondément Arch Enemy et, je pense, plus fidèle à la vision originelle du groupe.
- Lorsque vous avez commencé à chercher une nouvelle chanteuse, qu’est-ce qui t’a convaincu que Lauren était la bonne personne : la voix, la personnalité, son expérience avec ‘Once Human’, sa présence scénique ?
Michael AMOTT : C’est une combinaison de tout cela. Évidemment, la voix devait être incroyable, et c’était le cas. Nous lui avons demandé d’enregistrer quelques morceaux d’Arch Enemy. Tout est allé très vite, nous n’avions même pas le temps de nous rencontrer en personne. Nous avons eu quelques appels Zoom, j’ai aimé son attitude et je connaissais déjà ce qu’elle avait fait auparavant
- Il n’y a donc pas eu une longue série d’auditions ?
Michael AMOTT : Non, pas vraiment. Angela, qui nous manage et qui a chanté dans le groupe autrefois, était déjà en contact avec Lauren et nous l’a recommandée. Je connaissais Once Human et j’avais remarqué son style dès leur premier album. Après la période Covid, Lauren était ouverte à de nouvelles opportunités. C’était parfait, parce que nous ne voulions pas aller voler la chanteuse d’un autre groupe et commencer cette histoire avec tout un tas de problèmes. Là, c’était un nouveau départ pour nous deux.
- Lauren, qu’as-tu ressenti lorsqu’on t’a annoncé que tu rejoignais Arch Enemy ?
Lauren HART : C’était un rêve devenu réalité. Arch Enemy est le groupe qui m’a donné envie de commencer à chanter en scream. Wages of Sin est la raison pour laquelle j’ai essayé. À sa sortie, j’ai compris que les femmes pouvaient elles aussi le faire, parce qu’à l’époque il n’y en avait vraiment pas beaucoup. Angela a été une référence essentielle. Cet album m’a amenée jusqu’ici et, à bien des égards, j’ai l’impression de rentrer à la maison.
- Le titre ‘To the Last Breath’ marque ce nouveau départ. Michael, tu voulais que le morceau fasse le lien avec l’identité originelle du groupe ?
Michael AMOTT : Oui. Écrire la chanson qui doit donner le ton de la prochaine ère du groupe est un énorme défi. Elle doit presque résumer toute ta carrière en un morceau. Comme nous n’écrivons pas des titres de douze minutes, il faut tout dire en quatre ou cinq minutes ! J’ai regardé dans le rétroviseur vers notre tout premier album, tout en intégrant des éléments plus modernes d’Arch Enemy. Je voulais montrer l’ensemble de ce que nous faisons. Mais ce que j’aime surtout dans cette chanson, c’est son énergie et son feu. Quand Lauren a enregistré les voix, c’était exactement ce qu’il fallait.
- Lauren, tu interprètes pour l’instant des chansons enregistrées par les précédents chanteurs. As-tu hâte d’avoir des morceaux écrits pour ta propre voix ?
Lauren HART : Bien sûr, mais je m’amuse énormément avec l’ancien répertoire. Ce sont aussi ces chansons qui m’ont amenée jusqu’ici. J’aime y apporter ma propre touche, y compris sur les morceaux de l’époque Johan. Je peux utiliser différentes sonorités et changer de style selon les titres. Je ne cherche pas à copier qui que ce soit : je les interprète à ma manière. Je ne suis pas pressée, mais ce sera évidemment formidable lorsque de nouvelles chansons sortiront.
- Et justement, Michael, comment imagines-tu cette évolution avec Lauren ?
Michael AMOTT : Je suis vraiment enthousiaste à l’idée de travailler avec elle sur les nouvelles chansons. Elle possède une voix incroyable. Sur scène, elle interprète aujourd’hui beaucoup de morceaux enregistrés par d’autres chanteurs et elle est un peu comme un couteau suisse : elle sait tout faire. Mais elle apporte aussi quelque chose qui lui appartient. J’ai envie de faire ressortir davantage cette identité. Cela prendra du temps, ce sera un processus naturel.
- Comment abordez-vous ce concert à Rock The Lakes ?
Michael AMOTT : Nous sommes très enthousiastes. Nous n’avons pas joué énormément de festivals en Suisse. Greenfield est un très bel endroit, mais celui-ci est peut-être encore plus beau, avec le lac juste à côté ! Nous arrivons aussi au terme d’une tournée d’été incroyable, très importante pour présenter Lauren et ce nouveau chapitre d’Arch Enemy en Europe. Nous avons joué des festivals comme de petites salles et l’accueil a été très positif. Après cela, nous partirons pour une longue tournée nord-américaine.
- A ce propos, les tournées et dates, comment se passe la vie du groupe sur la route?
Michael AMOTT : Nous vivons tous ensemble dans le bus. C’est un peu comme être dans un sous-marin. Tous les membres sont dans le même bus. Nous n’en avons pas encore un chacun et tous ensemble, nous passons vraiment de très bons moments. C’est une merveilleuse expérience collective, je trouve.
- Et après l’Amérique du Nord ? En Studio, un nouvel album, une tournée 2027 ?
Michael AMOTT : J’espère que nous pourrons entrer en studio et avancer sur plusieurs choses, puis souffler un peu pendant Noël et le Nouvel An. Nous avons aussi des projets très excitants en préparation pour le début de l’année prochaine. Depuis l’arrivée de Lauren et la sortie du nouveau morceau, nous recevons énormément de propositions. Nous avons commencé par sept concerts en Chine, puis le Japon et le Brésil.
Cette première série de dates a déclenché quelque chose chez les promoteurs. On sent que les gens ont envie de nous voir, et nous avons envie d’aller jouer pour les fans. C’est une période vraiment excitante.
Restait à transformer les paroles en actes. Quelques heures plus tard, face au public de Rock The Lakes, Arch Enemy allait démontrer que cette nouvelle ère n’est pas une simple transition : Lauren Hart a trouvé sa place, la machine est relancée et, trente ans après ses débuts, le groupe semble avoir encore beaucoup de feu à déverser.









