À l’occasion du festival Guitare en Scène, nous avons rencontré Florian Desbaillet, guitariste suisse dont l’univers navigue entre rock, métal, musique celtique, flamenco et guitare acoustique. Passionné de fingerstyle, une technique qui permet à un seul musicien de faire vivre plusieurs instruments à la fois, il revient sur son parcours, ses influences, sa découverte de cette discipline exigeante et ses projets à venir.
Guitariste depuis plus de trente ans, Florian Desbaillet retrace son parcours, de ses débuts marqués par David Gilmour et Jimi Hendrix jusqu’à son évolution vers le fingerstyle. Après avoir multiplié les expériences dans des groupes de hard rock et de métal, notamment avec Helmut, finaliste du Wacken Open Air 2012, il a trouvé dans cette discipline une liberté artistique totale. Enseignant la guitare et professeur de musique, il prépare actuellement de nouvelles compositions qui seront diffusées progressivement en vidéo avant d’être réunies sur un futur album.
Tu joues de la guitare depuis une trentaine d’années et tu as participé à de nombreux projets. Peux-tu revenir sur ton parcours ?
J’ai commencé la guitare après avoir vu David Gilmour en concert en 1989. À cette époque, j’étais passionné par Pink Floyd et Jimi Hendrix. J’ai longtemps joué de la guitare électrique avant d’intégrer de nombreux groupes, principalement orientés hard rock et métal. J’ai toujours cherché à multiplier les expériences, au point de participer parfois à quatre ou cinq projets en parallèle. Mon dernier groupe s’appelait Helm, un mélange de métal et de blues. Nous avons sorti trois albums, joué jusqu’au Népal et remporté le concours permettant de participer au Wacken Open Air en 2012. L’aventure a duré une dizaine d’années.
Qu’est-ce qui t’a amené vers le fingerstyle ? La fin des groupes ou l’envie de découvrir cette technique ?
Les deux. Mon groupe arrivait en fin de cycle, chacun avait sa vie, son travail, sa famille, et il devenait compliqué de maintenir le rythme. En parallèle, je découvrais le fingerstyle et je me suis rendu compte qu’il me permettait de réunir toutes mes influences dans un seul projet. Aujourd’hui, je peux passer d’un morceau aux accents reggae à quelque chose de plus métallique sans avoir à convaincre d’autres musiciens. Cette liberté est incroyable.
Justement, comment définirais-tu le fingerstyle ?
Ce n’est pas un style musical mais une manière de jouer. On mélange énormément de techniques : guitare classique, flamenco, tapping, percussions sur la caisse, accordages alternatifs… L’idée est d’utiliser tous les moyens possibles pour retranscrire ce que l’on entend musicalement. On peut pratiquement tout interpréter avec cette approche.
Comment as-tu découvert cet univers ?
Grâce à un de mes élèves qui m’a demandé de lui apprendre un morceau d’Andy McKee. J’ai dû l’apprendre avant de pouvoir lui enseigner. Quelques années plus tard, je suis tombé sur une vidéo de Jon Gomm. Je l’ai regardée plusieurs fois d’affilée. Ça a été une véritable révélation. Je me suis dit : « C’est exactement ce que j’ai envie de faire. » Depuis, j’ai suivi plusieurs stages avec des spécialistes du fingerstyle.
Cette manière de jouer demande une approche différente de la guitare ?
Oui, complètement. Il faut penser comme un groupe entier. Tu dois imaginer la batterie, la basse, la guitare rythmique, la mélodie du chant et réussir à faire vivre tout cela sur un seul instrument. C’est une façon de penser la musique dans sa globalité.
En 2020, tu as sorti un EP enregistré avec un ingénieur du son qui a travaillé avec Gojira (Laurentx Etxemendi). Comment cette collaboration est-elle née ?
Il avait produit le deuxième album de mon groupe. Nous nous étions très bien entendus, notamment lors de l’enregistrement des parties acoustiques. Il m’avait proposé de retravailler ensemble si je lançais un projet personnel. Quelques années plus tard, il est venu chez moi pendant une semaine et nous avons enregistré l’EP dans mon salon avant qu’il réalise le mixage.
Prépares-tu une suite ?
Oui. J’ai été ralenti par mon activité professionnelle et quelques soucis de santé, mais je suis en train de composer de nouveaux morceaux. Une nouvelle vidéo est déjà sortie et plusieurs autres titres sont en préparation.
Tu comptes les publier progressivement ?
Oui. Le fingerstyle est très visuel. La gestuelle fait partie intégrante de la musique, donc la vidéo est un support idéal. Je préfère sortir les morceaux un par un avant, peut-être, de les réenregistrer plus tard pour un album complet.
Justement, le geste influence-t-il la musique ou l’inverse ?
En général, c’est la musique qui dicte les mouvements. J’essaie d’abord de retranscrire ce que j’entends, puis je cherche la meilleure manière de le jouer. La gestuelle découle naturellement de cette recherche.
Tu vis entièrement de la musique ?
Pas uniquement. Comme beaucoup de musiciens, il faut bien payer les factures. Je donne des cours de guitare à des élèves particuliers et je suis également professeur de musique dans l’école publique. J’aimerais pouvoir vivre uniquement de mes projets artistiques, mais aujourd’hui cet équilibre me permet de continuer à créer sereinement.
Merci beaucoup pour cet échange et bravo pour ton concert.
Merci à toi.









