À l’occasion du Rock The Lakes, en Suisse, Glob’all Musics a eu le privilège de rencontrer Max Cavalera pour une INTERVIEW EXCLUSIVE.
Quelques semaines seulement après l’avoir retrouvé sur scène avec Cavalera Chaos AD, le voilà de retour avec Soulfly. Une capacité à passer d’un univers à l’autre qui résume finalement assez bien le parcours de cet infatigable passionné de metal.
Avec Chama, sorti en octobre 2025, Soulfly poursuit son chemin tout en renouant avec certains éléments qui ont marqué ses débuts : grooves lourds, approche tribale et énergie brute. Mais derrière les années, les albums et les projets, Max Cavalera conserve intacte cette flamme qui l’anime depuis son adolescence. À 57 ans, il revendique toujours « le cœur d’un gamin de 15 ans ». Rencontre avec une figure incontournable du metal.
- Il y a environ deux mois, nous t’avons vu avec Cavalera Chaos AD à Nancy. Et ce soir, tu es ici avec Soulfly. Comment vis-tu le fait de passer d’un projet à l’autre ?
Pour moi, c’est justement ce qui rend les choses amusantes. C’est très différent. Chaque groupe possède son propre son et son propre univers.
La préparation n’est donc pas la même. Cavalera Chaos AD est quelque chose d’unique, tandis que Soulfly possède sa propre identité, beaucoup plus tribale. Les intros, les visuels, les instruments et même les riffs sont différents. Pour moi, c’est un vrai défi, et j’aime ça.
C’est peut-être aussi l’une des choses qui m’ont permis de rester pertinent dans le metal pendant toutes ces années : je peux faire toutes ces choses différentes et continuer à évoluer.
- Et la prochaine fois, ce sera peut-être avec l’album de Nailbomb ?
Oui. L’album reçoit actuellement énormément de réactions positives. Nous avons fait revivre ce disque après toutes ces années et les gens l’ont vraiment apprécié. Moi aussi, parce que j’adore cet album. Point Blank est un grand disque.
Et là encore, c’est très différent de Chaos A.D., tout comme c’est différent de Soulfly. C’est justement ce qui rend les choses intéressantes.
- Ton dernier album de Soulfly, Chama, est sorti en octobre 2025. « Chama » signifie « flamme » en portugais. Que représente cette flamme pour toi aujourd’hui, personnellement et musicalement ?
Pour moi, c’est la flamme originelle. Une flamme imaginaire que tu portes en toi. Je pense vraiment que Soulfly est né de cette flamme, de cette idée.
Sur le premier album de Soulfly, nous avions même une chanson qui s’appelait Fire, que nous allons jouer ce soir. Je trouve ça assez incroyable de ressentir encore cette chose après autant d’années.
Beaucoup de musiciens finissent parfois par ne plus ressentir la même passion. Ça devient uniquement une question d’argent. Pour moi, ce n’est pas ça. J’aime vraiment ce que je fais. J’attends toujours ça avec impatience.
Je suis encore nerveux avant les concerts, ce qui est assez stupide après toutes ces années !
- Même aujourd’hui ?
Oui, toujours ! C’est un mélange d’anxiété, de nervosité et d’excitation. J’aimerais que les autres puissent ressentir ce que je ressens. C’est une sensation étrange. Mais dès que tu montes sur scène, tout disparaît. Il ne reste plus que l’énergie.
Et c’est justement quelque chose que j’aime énormément avec Soulfly. Le groupe fonctionne beaucoup sur l’énergie. Je ne cherche pas à tout contrôler ni à rendre les choses parfaites. Je ne veux pas que ce soit parfait.
Je préfère que ce soit brut, énergique, tribal, plutôt que de chercher la perfection technique. Il faut simplement monter sur scène et tout donner. Donner tout ce que tu as.
- Donc, sur scène, tout peut arriver ?
Oui, absolument. Et c’est génial.
Sur cette tournée, je vois beaucoup de jeunes qui découvrent Soulfly. Vraiment très jeunes. Ils viennent faire le drum jam avec moi et viennent chanter Eye for an Eye à la fin du set.
C’est vraiment formidable de voir une nouvelle génération s’intéresser à Soulfly. Bien sûr, Soulfly est maintenant un groupe assez ancien, avec treize albums derrière lui, mais j’aime toujours autant ce que je fais et j’ai toujours cette passion.
Nous travaillons aussi beaucoup en famille, ce qui est différent de ce qui se passe dans beaucoup d’autres groupes. Mais c’est quelque chose de fantastique.
Quelle que soit la taille du concert, grand festival ou petite salle, l’énergie est toujours là
- Et c’est aussi comme ça que tu entretiens cette flamme et que tu la transmets à la nouvelle génération ?
Exactement. C’est comme ça qu’on fait.
Ce qui m’intéresse dans la musique, c’est qu’elle ressemble davantage à de l’alchimie, à de la magie. Je ne veux pas forcément comprendre pourquoi. Je sais simplement que ça me procure cette sensation incroyable.
Je ressens la même chose avec d’autres groupes : Van Halen, Black Sabbath, mais aussi avec des groupes plus jeunes. Peu importe qui ils sont. Quand il y a cette magie, elle rend la vie meilleure.
- Est-ce que cette transmission est justement la recette de la longévité du metal ? Quand on regarde d’autres styles musicaux, certains groupes ne traversent pas les générations comme peuvent le faire les groupes de metal. Des jeunes connaissent encore des groupes qui ont commencé à l’époque où tu as débuté.
Je pense que le metal est assez unique. C’est presque comme la mafia : une fois que tu es dedans, tu ne peux plus vraiment en sortir ! (rires) C’est une blague, mais il y a une part de vérité.
Je suis entré dans le metal très jeune et je n’en suis jamais sorti. Je l’aime toujours avec la même énergie.
Parce que je suis d’abord un fan, et ensuite seulement un musicien.
- Tu restes donc avant tout un fan ?
Oui. J’aime vivre la musique comme un fan. Bien sûr, lorsque je crée ma propre musique, c’est différent de ce que je ressens lorsque j’écoute celle des autres.
Mais il est parfois difficile de conserver cet état d’esprit, parce qu’il y a énormément de choses négatives, particulièrement aujourd’hui avec les réseaux sociaux, les critiques et les gens qui disent du mal de tout.
Il faut bloquer tout ça et rester pur dans son cœur. Jusqu’à présent, j’ai réussi à le faire, et j’en suis heureux.
J’ai 57 ans, mais j’ai encore le cœur d’un gamin de 15 ans !
- Tu parles justement de cette position de fan. Est-ce qu’il y a toujours de nouveaux groupes intéressants qui émergent au Brésil ? À ton époque, il y avait Ratos de Porão, Angra et beaucoup d’autres…
Il y a toujours de nouvelles choses qui arrivent, partout dans le monde, d’ailleurs. La musique est aujourd’hui plus répandue que jamais.
J’aime beaucoup découvrir de nouveaux groupes underground. J’essaie constamment d’en trouver de nouveaux.
Mais j’aime toujours autant les classiques, évidemment. Pour moi, c’est un esprit qui ne mourra jamais.
Nous avons encore la chance de pouvoir voir Iron Maiden ou Judas Priest. En revanche, nous ne pouvons plus voir Van Halen ou Black Sabbath.
Je pense aussi qu’une nouvelle génération de groupes est en train de préparer le terrain pour demain. C’est génial d’être encore capable de s’enthousiasmer pour de nouveaux groupes.
Mais parfois, je deviens très nostalgique et je retourne écouter les classiques, les vieux trucs old school. C’est vraiment génial.
L’autre jour, je regardais Ozzy à Rock in Rio.
- Le premier Rock in Rio ?
Oui ! Je n’avais jamais pu le regarder quand j’étais gamin. Mon oncle ne voulait pas que je le voie à la télévision parce qu’il disait qu’Ozzy était satanique.
Moi, je me disais : « Mais je veux regarder Ozzy ! »
Alors j’ai finalement regardé ce concert hier soir sur YouTube.
- Tu as donc rattrapé le retard !
Exactement ! J’ai attendu quarante ans pour le faire ! (rires)
- Revenons à Soulfly. Ton dernier album est sorti en 2025. Est-ce que tu travailles déjà sur la suite ?
Petit à petit.
Pour moi, Chama représente la première étape d’une nouvelle direction pour Soulfly. Et je trouve cette direction particulièrement excitante et inspirante en ce moment.
Je pense que Chama a touché quelque chose au cœur de Soulfly. Il y a ces grooves très simples et très lourds, cette dimension tribale qui rappelle le Soulfly des débuts, mais avec de nouveaux éléments.
Cette combinaison était vraiment intéressante. Je pense donc que Chama est la première étape. Le prochain album ira encore plus loin dans cette direction.
- Et concernant tes autres projets ?
Pour Nailbomb, malheureusement, il n’y aura pas de nouvelle musique. C’est terminé. Mais nous continuerons à jouer sur scène ce que nous avons déjà enregistré.
Et puis il y a Go Ahead And Die, le groupe que je fais avec mon fils Igor. Nous pourrions peut-être faire un nouveau disque très grindcore, avec des morceaux courts, juste pour le plaisir. Quelque chose de très brut, très crust.
Et bien sûr, je vais continuer à travailler sur Soulfly.
Mais je ne planifie pas tellement à long terme. Gloria s’occupe davantage de la partie professionnelle, de l’organisation des tournées et de tout ça.
Moi, je suis plutôt du genre à me demander : « Où est-ce que je suis demain ? »
Je ne sais même pas où je serai après-demain ! Et ça ne me dérange pas. Je me réveille, je regarde autour de moi et je me dis : « Ah, OK, on est en Italie aujourd’hui. Allons-y ! » (rires)
- La famille a toujours joué un rôle important dans ton parcours musical. Zion est maintenant le batteur de Soulfly depuis plusieurs années. Comment fonctionne cette relation père-fils lorsque vous écrivez, enregistrez ou passez plusieurs mois ensemble en tournée ?
C’est vraiment génial.
J’aime beaucoup l’histoire de Zion avec moi, parce qu’elle commence en réalité avec Chaos A.D. Son battement de cœur est présent sur le disque. C’était presque comme si c’était destiné à arriver.
À l’époque, je me disais : « Faisons enregistrer ses battements de cœur. Peut-être qu’un jour nous jouerons ensemble. »
Des années plus tard, c’est finalement arrivé, mais d’une manière différente de celle que j’avais imaginée.
Bien sûr, tout n’est pas toujours simple. Il y a aussi des difficultés. Sur cette tournée, par exemple, il est tombé malade à Berlin. Il a été victime d’un coup de chaleur et n’a pas pu jouer le concert. Nous avons dû faire appel à un autre batteur pour ce show.
Mais j’adore ce que Zion apporte à Soulfly. Il apporte une énergie nouvelle, une énergie plus jeune. C’est un peu ce que j’avais moi-même lorsque j’étais gamin.
Et c’est important. C’est important pour la motivation.
Avant les concerts, il me donne parfois une tape sur la poitrine. J’ai besoin de ça !
- Alors, sur scène, vous êtes plutôt des partenaires de groupe ou un père et son fils ?
Plutôt des partenaires de groupe.
Quand il s’agit de ça, je suis vraiment son partenaire. Gloria est davantage la personne qui fait respecter la discipline. Moi, je suis horrible pour ça ! Je suis nul pour discipliner les gens.
Mais lorsqu’il s’agit de musique, là, je deviens beaucoup plus exigeant.
Il faut faire des choses qui comptent. Il ne faut pas faire les choses à moitié. C’est tout ou rien.
- Et ça te convient comme fonctionnement ?
Oui, complètement. C’est parfait pour moi.
- En tout cas, merci Max pour cette exclusivité, et on se retrouve tout à l’heure pour ton passage !
Merci à vous et à tout à l’heure…








