Interview Airbourne Eurockéennes 02/07/26

Rédacteur

Nicolas Keshvary

Catégorie d'article

Temps de lecture

Date de l'interview

02/07/2026

Lieu de l'interview

Eurockéennes de Belfort

À l’occasion de la première journée des Eurockéennes de Belfort, le 2 juillet 2026, nous avons rencontré Joel O’Keeffe, chanteur et guitariste d’Airbourne. Alors que les Australiens s’apprêtent à sortir leur nouvel album, Airbourne, le frontman revient sur les six années de travail qui ont précédé sa conception, l’influence de figures majeures du rock comme Lemmy, Bon Scott ou encore Bryan Adams, ainsi que sur la volonté du groupe de retrouver l’esprit de ses débuts.

Une rencontre passionnée avec un musicien qui continue de défendre une vision authentique et viscérale du rock’n’roll.

  • Votre précédent album, Boneshaker, est sorti en 2019.

 Ça commence à remonter, non ?  J’ai l’impression que ça date de la fin de la Seconde Guerre mondiale ! (rires)

  • Pourtant, l’an dernier, vous avez commencé à dévoiler plusieurs singles, et le quatrième est sorti hier. Pourquoi avoir attendu six ans alors que, jusque-là, Airbourne sortait un album tous les deux ou trois ans ?

Nous voulions tout simplement prendre beaucoup plus de temps. Écrire, réécrire, revenir sur les morceaux jusqu’à ce qu’ils soient exactement comme nous les imaginions. Nous avions le sentiment de pouvoir faire mieux.

Sur Boneshaker, nous avions adopté une approche différente : un son plus brut, beaucoup de compositions terminées directement en studio. Cette fois, nous voulions revenir à une production plus ambitieuse, plus ample. Et quand on choisit cette direction, il faut accepter d’y consacrer le temps nécessaire. Les chansons doivent être irréprochables avant même d’entrer en studio.

  • Ce travail supplémentaire concernait autant l’écriture que la production ?

Les deux.

Quand tu écris un morceau de rock, tu arrives au refrain et tu dois ressentir quelque chose d’énorme. Si ce refrain ne te donne pas l’impression d’avoir remporté la Coupe du monde, s’il ne te donne pas envie de sauter partout, alors il manque quelque chose. Si toi-même tu n’es pas totalement emballé, personne ne le sera.

Nous avons donc cherché à injecter un maximum d’énergie dans chaque chanson pour qu’elles soient encore plus… Airbourne. Ce sera notre septième album et nous avions envie d’y mettre davantage de nous-mêmes.

Le plus grand ennemi d’un auteur-compositeur, c’est souvent lui-même. On commence à se demander : “Qu’est-ce que les fans vont penser ?”

Il ne faut jamais réfléchir comme ça.

La seule question qui compte est : « Est-ce que c’est la meilleure chanson de rock’n’roll que nous soyons capables d’écrire ? »

Si nos roadies adorent le morceau, il y a de fortes chances que les fans l’adorent aussi. Les gens ne viennent pas nous voir parce que nous écrivons ce qu’ils attendent. Ils viennent parce que nous aimons profondément le rock’n’roll, tout comme eux. Alors il faut écrire pour le rock’n’roll. Si une chanson ne rocke pas… eh bien, elle ne rocke pas.

  • Est-ce que cela signifie qu’à un moment vous vous étiez un peu éloignés de ce qui faisait Airbourne ?

Non, je dirais surtout que nous allions trop vite.

Je vais prendre un exemple. En France, lorsque vous cuisinez un bon repas, vous prenez le temps de le préparer, puis de le savourer tranquillement avec un verre de vin. C’est presque un rituel.
En Australie, on attrape un burger, on l’avale en deux minutes, puis on passe l’après-midi à digérer ! (rires)
J’aime beaucoup cette façon française de prendre son temps, de bien faire les choses avant d’en profiter. C’est exactement ce que nous avons voulu appliquer à cet album : apprécier le processus d’écriture, apprécier les séances d’enregistrement et laisser les chansons atteindre leur plein potentiel.

Au final, lorsque quelqu’un consacre du temps à écouter notre musique, nous voulons lui offrir ce que nous avons de meilleur. Un peu comme un chef qui sert son meilleur plat.

  • D’une certaine manière, vous revenez donc aux racines du groupe.

 Oui, complètement.

  •  À retrouver ce qui vous animait lorsque vous avez commencé Airbourne ?

Exactement. C’est cet état d’esprit que nous voulions retrouver.

  •  Avec une production plus ambitieuse.

Mais je pense que c’est encore plus profond que ça.

Quand tu enregistres ton premier disque, personne n’a encore d’avis sur ton groupe. Tu n’as pas lu de critiques, tu n’as pas entendu les gens te dire que tu es génial ou que tu es mauvais. Toutes ces opinions n’existent pas encore.
Tu écris uniquement avec ton instinct.
C’est souvent pour cette raison que le premier album possède une authenticité particulière : c’est celui qui contient le plus de toi-même. C’est un peu comme un nouveau-né, avant que le monde ne commence à le transformer.

Nous avons voulu retrouver cet état d’esprit. Oublier tout ce que nous avions appris au fil des années, faire abstraction des attentes extérieures et revenir au point de départ.

  • C’est aussi pour cette raison que l’album porte tout simplement le nom Airbourne ?

Oui, exactement.

  •  C’était l’idée derrière ce choix ?

Oui. Et le premier morceau, “Gutsy”, porte d’ailleurs un mot que nous utilisons depuis que nous sommes gamins, quand nous jouions dans les bacs à sable.

  • Justement, que signifie “Gutsy” ? J’ai essayé de trouver une traduction, mais ce n’est pas évident. C’est donc un mot typiquement australien ?

Oui, complètement.

Prenons un exemple. Tu te souviens d’Indiana Jones dans Les Aventuriers de l’Arche perdue ? Il est à cheval, puis il saute sur un camion en marche, passe sous le véhicule avant de remonter dessus… Ça, c’est gutsy.

C’est plus que du courage. C’est aller au-delà de la simple bravoure.

Pour moi, la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale était gutsy. Avec seulement quelques fusils et des réseaux clandestins, ils ont tenu tête à une armée qui possédait pratiquement tout. Pourtant, ils ont refusé d’abandonner parce qu’ils avaient quelque chose que leurs adversaires n’avaient pas : le cœur.

C’est ça, l’esprit de Gutsy.

  • Sur cet album, vous avez travaillé avec Robert “Mutt” Lange, Bryan Adams, le producteur Bryan Howes, l’ingénieur du son Mike Fraser, Karl DiCioccio ainsi que Craig Harnath en Australie. Comment se sont passées ces collaborations ?

Dès que Bryan Adams et Mutt se sont impliqués dans l’écriture des morceaux, ils nous ont poussés à hausser notre niveau d’exigence. Ils nous ont vraiment mis au défi.

  • Pour Mutt Lange, cela paraît logique au vu de son immense expérience avec les groupes de hard rock des années 80. En revanche, Bryan Adams n’est pas forcément le premier nom auquel on pense lorsqu’on parle de hard rock.

C’est justement ce que beaucoup de gens pensent… mais Bryan Adams est un vrai rocker. Un vrai.

Il sait écrire des refrains incroyables, il sait construire une grande chanson et, surtout, il comprend profondément les artistes. Honnêtement, je suis même surpris qu’il n’ait pas encore produit davantage d’albums pour d’autres groupes. Peut-être que cela viendra.

C’est un maître dans son domaine. Il a signé des disques exceptionnels et, évidemment, Waking Up the Neighbours avec Mutt Lange reste une référence. C’est certainement comme ça qu’ils ont développé cette complicité.
Quand tu travailles avec des gens de ce calibre, tu n’as pas le choix : tu dois élever ton niveau de jeu.
Bryan répétait sans cesse :
“Je donne toujours le meilleur de moi-même. Mais on peut toujours faire mieux.”

La meilleure phrase doit gagner. La meilleure mélodie doit gagner. Les meilleures paroles doivent gagner.
Il ne cessait de nous pousser.
Son éthique de travail est impressionnante. Il travaille, retravaille, recommence encore et encore jusqu’à ce que tout soit parfait.
C’était extrêmement inspirant.
Tu me demandais tout à l’heure pourquoi cet album avait demandé autant de temps. Voilà la réponse.

Avec quelqu’un comme Bryan Adams qui te répète constamment de ne jamais te satisfaire de la première version, on a fini par se dire :
Tu sais quoi ? Il a raison. C’est probablement l’album le plus important de notre carrière. Alors prenons le temps de le faire correctement.”

Nous avons expliqué cela à notre maison de disques, qui nous a énormément soutenus.
Bien sûr, il y a eu des moments où ils nous demandaient gentiment quand l’album allait enfin être terminé. À l’origine, il aurait dû sortir presque trois ans plus tôt.

Mais ils nous ont laissé le temps nécessaire. Au final, cela a été un processus très long… mais incroyablement agréable.

  • L’album comptera bien douze titres ?

Oui, douze morceaux.

  • Quel est le fil conducteur de ce disque ?

Tout tourne autour d’une même idée.

Il y a notamment “Alive After Death”, que nous avons déjà dévoilé. Cette chanson est écrite du point de vue de Lemmy.

  • C’est celle qui prend la forme d’une lettre ?

Exactement. Mais elle pourrait tout aussi bien être racontée par Bon Scott ou même Ozzy Osbourne.
L’idée est que ces artistes disent à leurs fans : “Vous me gardez en vie.”

À chaque fois que quelqu’un pose une aiguille sur un vinyle, écoute un album, porte un patch sur son blouson ou raconte un concert auquel il a assisté… il fait vivre ces artistes.
Nous avons ressenti cela en jouant dans les festivals.

Parfois, nous arrivions sur un site et Motörhead ne figurait plus sur l’affiche. C’était forcément un peu triste.
Mais quelques minutes plus tard, leur musique résonnait dans les enceintes. Nous voyions des centaines de personnes porter des t-shirts Motörhead.
Et puis il y a des moments comme au Hellfest, avec cette immense statue de Lemmy.

À cet instant, tu comprends qu’il est toujours là. Il est toujours vivant à travers les fans. Et nous aussi, nous sommes avant tout des fans de rock’n’roll.

Nous jouons devant des passionnés qui aiment cette musique autant que nous. Nous faisons tous partie de la même famille. Cette chanson est donc autant pour eux que pour nous. Et, au fond, c’est tout le sens de cet album.

Le dernier morceau, “Send Me to Rock and Roll Heaven”, pousse encore plus loin cette idée.
Si nous allions faire un disque aussi personnel, alors il fallait qu’un type comme Lemmy puisse, quelque part, être fier de ce que nous avions accompli.
Il fallait aussi que nos roadies soient fiers de ces chansons.
Nous avons essayé d’aller aussi loin que possible, non pas seulement en tant que musiciens, mais avant tout comme amoureux du rock’n’roll.
Parce que si tous ces artistes n’avaient pas existé avant nous… Airbourne n’existerait tout simplement pas.

Cet album est donc un immense merci adressé à tous ceux qui nous ont précédés.

  • On peut parler d’un véritable hommage.

Oui, tout a fait.

  • Vous n’êtes venu qu’une seule fois aux Eurockéennes, en 2010. Je me souviens notamment que vous aviez grimpé tout en haut de la structure de scène.

Lors de notre précédente interview, tu m’avais confié que les assurances n’étaient plus vraiment d’accord avec ce genre d’acrobaties… Est-ce que tu vas quand même tenter quelque chose ?

(rires) Je touche du bois ! Ça fait longtemps que je ne l’ai plus fait !

Les scènes modernes sont très différentes. Aujourd’hui, elles sont montées avec de grandes structures métalliques qui se déploient rapidement. À l’époque, il y avait de véritables échelles intégrées dans les charpentes, ce qui rendait l’ascension possible. Maintenant, il n’y a plus que des poteaux.

Cela dit, dans certains pays, notamment en Pologne ou parfois en Espagne, on retrouve encore les anciennes structures…

Alors, quand on tombe sur ce genre de scène, on y pense forcément ! (rires).

  • Cet été, votre tournée européenne est essentiellement composée de festivals. Avez-vous prévu de revenir défendre le nouvel album dans le cadre d’une véritable tournée ?

Oui, absolument. En réalité, le calendrier s’est un peu inversé.

La tournée actuelle aurait dû accompagner la sortie de l’album, mais comme celui-ci a demandé beaucoup plus de temps que prévu, nous avons dû adapter nos plans. Toutes ces dates étaient déjà réservées depuis longtemps. Nous avons donc choisi de sortir quelques singles au fur et à mesure et de les jouer sur scène.

Ce n’est pas la manière habituelle de faire… mais chez Airbourne, rien ne se passe vraiment de manière habituelle ! (rires) En revanche, nous reviendrons bien.

Une grande tournée est actuellement en préparation pour 2027. Je ne suis pas certain d’avoir déjà le droit d’en parler, mais ce sera quelque chose d’important, avec des salles plus grandes.

Ce sera la véritable tournée de cet album. Il faudra encore patienter un peu avant l’annonce officielle, mais tout est en train de se mettre en place.

En attendant, nous avons également plusieurs concerts prévus avec Judas Priest.

  • Merci, Joel, pour  cette interview, et rendez-vous tout a l’heure sur scène.

Avec plaisir merci à toi.

 

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