Interview Sarah Brown 14/07/26

Rédacteur

Nicolas Keshvary

Catégorie d'article

Temps de lecture

Date de l'interview

14/07/26

Lieu de l'interview

Festival Guitare en Scène Saint Julien en Genevois

Présente sur la scène de Guitare en Scène à Saint-Julien-en-Genevois le 14 juillet 2026, Sarah Brown nous a accordé un entretien à l’image de sa personnalité : sincère, chaleureuse et profondément humaine. Forte de près de vingt ans passés aux côtés de Simple Minds, mais également de collaborations avec Pink Floyd ou encore Duran Duran, la chanteuse britannique revient sur son parcours, son envie tardive de se lancer en solo et son immense admiration pour les pionnières du gospel, du blues et du rock’n’roll. Elle évoque également la trilogie d’albums qu’elle est en train de construire, sa vision de la création artistique et le pouvoir presque thérapeutique de la musique, qu’elle considère avant tout comme un moyen de créer un lien authentique avec le public.

  • Vous êtes en tournée  depuis de nombreuses années avec de grands artistes comme Pink Floyd ou Simple Minds.

Cela fait même dix-neuf ans avec Simple Minds. Pendant longtemps, je n’ai jamais vraiment osé me lancer dans une carrière solo. Je pense que tout le monde n’est pas fait pour être chanteur principal. C’est un travail immense qui demande une excellente équipe, mais surtout de grandes chansons. En travaillant avec des artistes comme Simple Minds ou Pink Floyd, j’ai compris qu’ils avaient une vision, un véritable rêve, et que les chansons leur venaient presque comme des cadeaux. Ils possèdent ce talent particulier pour l’écriture. Moi, je me considère avant tout comme une interprète. Je suis là pour transmettre une émotion à travers le chant, mais je ne me vois pas comme une grande compositrice.

  • On peut être une grande chanteuse sans être une grande auteure-compositrice.

Exactement. J’aimerais qu’un jour des auteurs talentueux me proposent des chansons ou que je puisse écrire avec eux. Pour moi, écrire une grande chanson est un véritable don. Tout le monde n’en est pas capable. Si j’ai attendu si longtemps, c’est à la fois par crainte, mais aussi par réalisme. J’espère simplement rencontrer les bonnes personnes pour créer avec elles.

  • Aucun des artistes avec lesquels vous avez travaillé ne vous a proposé d’écrire spécialement pour vous ?

Non. En revanche, Quincy Jones m’avait dit un jour : « Sarah, tu dois faire ton propre album. Peu importe qu’il soit composé de reprises ou de chansons originales, mais tu dois enregistrer ton propre disque. » C’est ce que j’ai finalement fait avec Sarah Sings Mahalia Jackson.

Aujourd’hui, je prépare déjà le deuxième volet. Il sera consacré aux origines du rock’n’roll et du blues. Je m’intéresse notamment à Sister Rosetta Tharpe, Big Mama Thornton ou encore Bessie Smith. Ce sont principalement des femmes, même si ce n’était pas une décision préméditée. Tout est parti de Mahalia Jackson, qui était une chanteuse de spirituals profondément marquée par le blues et qui a influencé Elvis Presley. Je ne veux pas que les jeunes générations oublient toutes ces artistes qui ont façonné la musique que nous connaissons aujourd’hui.

  • C’est donc une forme d’hommage ?

Oui, tout à fait. Et le troisième album, lui, sera enfin composé de mes propres chansons.

  • Vous les écrirez vous-même ?

Avec d’autres auteurs, je l’espère. C’est ce que je souhaite vraiment.

  • À quand la sortie du deuxième album ?

 J’ai déjà enregistré deux morceaux et je suis vraiment ravie du résultat. J’espère terminer le projet d’ici début janvier. Aujourd’hui, les albums ne se consomment plus comme avant, alors je sortirai peut-être seulement quatre titres dans un premier temps pour voir la réaction du public. Je suis persuadée que les gens vont les apprécier. C’est un projet très amusant à réaliser.

  •  Vous savez déjà quelles chansons figureront sur l’album ?

J’en ai déjà une bonne idée. Le premier album revisitait les spirituals de Mahalia Jackson dans une couleur plus blues et jazz. Le second sera beaucoup plus rock’n’roll. J’ai vraiment hâte de le partager.

  • Votre voix s’adaptera facilement à cet univers ?

Je le pense. Cette fois, je travaille avec un guitariste, ce qui change complètement l’approche par rapport au piano ou à l’orgue.

  • C’est un nouveau défi vocal ?

Oui, il faut aller chercher quelque chose de plus profond. Mais j’ai grandi en écoutant ces immenses voix du blues. Je sais ce que signifie chanter avec ses tripes, avec son cœur et avec son âme. Je ne cherche pas à imiter Mahalia Jackson. Mon objectif est simplement d’être sincère et de transmettre ce que je ressens.

  • Je suis photographe et je dis souvent que la photographie est une forme de thérapie. Vous semblez dire la même chose de la musique?

Absolument. Pendant la pandémie de Covid, je disais à ma sœur que si je ne pouvais plus chanter, j’avais l’impression que j’allais perdre la raison. J’ai besoin de chanter. Et j’ai aussi besoin de chanter pour les autres, même s’il n’y a qu’une seule personne en face de moi.

  • Je comprends parfaitement. La musique m’a aussi sauvé à sa manière. Moi, je ne joue d’aucun instrument, alors ma façon de rendre hommage aux artistes, c’est de les photographier.

C’est magnifique. Vous capturez leur esprit, tout comme moi j’essaie de transmettre le mien lorsque je chante. J’ai vraiment le sentiment que nos âmes se rejoignent. Je crois que je peux apporter quelque chose aux gens, mais je pense aussi que lorsqu’ils écoutent la musique, ils perçoivent quelque chose de plus grand. Je dis souvent que lorsqu’un artiste chante, c’est son âme qui s’exprime.

  • La réaction du public est finalement la plus belle des réponses.

Oui, même si parfois le public ne vous apprécie pas. Et il faut accepter cela. C’est l’art. Certains aimeront ce que vous faites, d’autres non. Comme pour vos photographies. L’essentiel est de continuer malgré tout.

  • Un artiste m’avait dit un jour : « S’il n’y a qu’une seule personne touchée, c’est déjà suffisant. »

C’est une grande vérité. Même si une seule personne ressort transformée du concert de ce soir, j’aurai accompli ma mission.

  • Que peut-on attendre du concert de ce soir ? Allez-vous uniquement jouer les morceaux du premier album ou entendra-t-on déjà un titre du prochain ?

J’aurais adoré présenter l’un des nouveaux morceaux, mais mon pianiste habituel et le guitariste avec lesquels je les ai enregistrés ne sont pas présents ce soir. Ce ne serait pas leur rendre justice.

En revanche, le concert aura une ambiance très blues. Luke Smith sera au piano avec une approche plus R&B, Alden apportera toute la couleur blues à l’orgue Hammond, Troy Miller, qui a notamment travaillé avec Gregory Porter et Jamie Cullum, donnera cette touche jazz à la batterie, tandis que Loz à la contrebasse apportera un mélange de blues, de jazz et d’influences plus classiques. Je pense que ce sera un très beau concert. J’espère vous voir ce soir !

  • À minuit, ça commence à faire tard…

(rires) Moi aussi, je vais avoir besoin d’une petite sieste !

  • Merci beaucoup pour votre disponibilité.

Merci à vous, et à ce soir !

 

 

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