Chocolatier indépendant depuis près de vingt ans, Michaël Randin a su marier deux passions que tout semblait opposer : le chocolat artisanal bio et la musique metal. Fondateur de MR Chocolat et créateur du concept Swiss Metal Chocolate, il réalise des tablettes personnalisées aux couleurs de groupes suisses et internationaux, diffusées dans son réseau de revendeurs. Rencontre au Greenfield Festival avec un artisan passionné qui privilégie l’authenticité, la créativité et l’indépendance.
Peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?
Je m’appelle Michaël Randin. Je suis chocolatier indépendant spécialisé dans le bio. J’ai été le premier artisan chocolatier à obtenir le label Bio Suisse, il y a maintenant dix ans. Mon entreprise, MR Chocolat, approche quant à elle des vingt ans d’existence.
Mon activité se répartit entre la fabrication artisanale, les marchés bio ou du terroir auxquels je participe chaque année, et les cadeaux d’entreprise, qui représentent une part importante du travail en fin d’année.
Tu as toujours travaillé dans ce domaine ?
Oui. J’ai commencé un apprentissage de pâtissier-confiseur à l’âge de seize ans. Après ma formation, j’ai travaillé plusieurs années dans une entreprise où j’ai progressivement évolué vers des responsabilités de gestion.
C’est justement ce qui m’a poussé à me lancer. En devenant responsable d’équipe, je passais davantage de temps à gérer des plannings, des conflits et des questions administratives qu’à exercer mon métier. Je me suis rendu compte que ce n’était pas ce qui me passionnait.
Depuis toujours, je voulais travailler le chocolat. Comme je n’avais jamais réellement eu l’occasion de le faire chez mes employeurs, j’ai commencé à expérimenter chez moi avec les recettes apprises durant mon apprentissage. Petit à petit, l’idée de l’indépendance s’est imposée naturellement.
Tu travailles seul aujourd’hui ?
Oui. Pour l’instant, toute l’entreprise repose sur moi. Je gère la fabrication, les livraisons, la comptabilité, la communication… absolument tout.
Peut-être qu’un jour, si mes enfants souhaitent rejoindre l’aventure, il faudra réfléchir à une autre organisation. Mais aujourd’hui, ce fonctionnement me convient parfaitement.
Tu arrives à vivre de cette activité ?
Oui, complètement. J’ai lancé la chocolaterie en 2009 tout en conservant un emploi à côté, puis je suis devenu entièrement indépendant en 2011.
Je n’ai pas de boutique traditionnelle avec du personnel. Je travaille principalement avec des revendeurs que je livre chaque mois. Cela me permet de rester flexible tout en gardant une structure légère.
Parlons maintenant de Swiss Metal Chocolate. Comment est née cette idée ?
En 2020, j’ai déposé la marque Swiss Metal Chocolate en Suisse.
Le concept est simple : créer des tablettes de chocolat pour des groupes de metal, avec leur logo sur l’emballage et un QR code au dos qui renvoie vers une vidéo, un clip ou tout autre contenu choisi par le groupe.
Les tablettes sont ensuite diffusées dans mon réseau de revendeurs. Les magasins commandent simplement mon chocolat noir bio 54 %, et je répartis les différents groupes dans les commandes. Cela permet à des groupes metal de se retrouver exposés dans des épiceries du terroir ou des commerces spécialisés, là où on ne les attend pas forcément.
Ce sont les groupes qui te contactent ou l’inverse ?
Au départ, c’était uniquement une démarche personnelle, motivée par la passion.
Le premier groupe avec lequel j’ai travaillé est Dreamshade, que j’ai rencontré ici même au Greenfield Festival. Ce sont eux qui ont véritablement inspiré le projet.
Par la suite, tout s’est fait naturellement grâce aux rencontres et aux contacts. Chaosium est arrivé par l’intermédiaire d’une connaissance commune, puis d’autres collaborations ont suivi.
Combien de groupes possèdent aujourd’hui leur tablette ?
J’ai actuellement neuf tablettes différentes.
La plupart concernent des groupes suisses, même si j’ai également une collaboration avec un groupe finlandais. J’ai aussi travaillé avec un média musical connu en Romandie à travers un partenariat qui existe encore aujourd’hui.
As-tu déjà tenté de collaborer avec des festivals ?
Oui, notamment avec le Greenfield pendant la période du Covid. J’avais envoyé quelques tablettes à la direction dans l’idée d’imaginer quelque chose autour des billets ou du merchandising, mais cela n’a pas débouché sur un partenariat.
Quelques années plus tard, le festival a travaillé avec un autre chocolatier pour une opération similaire. Sur le moment, je me suis dit que j’aurais peut-être dû pousser davantage l’idée. Mais finalement, si cela a pu inspirer d’autres projets, c’est déjà positif.
Le problème, c’est que les gros partenariats demandent souvent des volumes très importants. Quand on travaille seul, il est difficile de produire des centaines de milliers de tablettes pour une opération promotionnelle.
Swiss Metal Chocolate est donc une activité distincte de MR Chocolat ?
Oui, complètement. J’ai même séparé les réseaux sociaux.
Tout le monde n’a pas forcément envie de voir des logos de groupes metal ou des visuels très sombres lorsqu’il cherche simplement du chocolat bio. Les deux univers cohabitent parfaitement, mais ils s’adressent parfois à des publics différents.
Côté musique, le metal est ton univers de prédilection ?
Oui, clairement. J’écoute principalement du metal et du metalcore.
J’aime beaucoup Dreamshade, Chaosium ou encore Korn, qui fait partie de mes groupes favoris depuis longtemps. Ces dernières années, j’ai aussi découvert de nouveaux groupes grâce au Greenfield, comme The Butcher Sisters.
Tu écoutes cette musique depuis longtemps ?
Depuis une vingtaine d’années.
Mes parents écoutaient déjà beaucoup de rock et de hard rock dans la voiture : Scorpions, Genesis et bien d’autres classiques. J’ai grandi dans cet environnement et j’ai naturellement poursuivi dans cette direction.
Quels sont tes projets pour l’avenir ?
Concernant Swiss Metal Chocolate, toutes les bases sont désormais en place. J’aime continuer à participer à des festivals comme le Greenfield, rencontrer des passionnés et découvrir de nouvelles opportunités.
L’année dernière, j’ai notamment réalisé trois cents tablettes pour les vingt ans des Docks. Elles étaient offertes au personnel et aux artistes durant les célébrations. Ce genre de projets montre qu’il existe encore énormément de possibilités.
Du côté du chocolat, mon objectif principal est de poursuivre le travail autour du bio et de la réduction du sucre.
Le cacao devient de plus en plus compliqué à obtenir et les consommateurs sont très habitués aux produits fortement sucrés. J’aimerais les amener progressivement vers des recettes plus équilibrées.
Ces dernières années, j’ai déjà développé toute une gamme de colorants naturels à base de légumes, d’épices ou de fruits, puisque les colorants classiques sont interdits par le cahier des charges Bio Suisse. Aujourd’hui, mon défi consiste à proposer des chocolats toujours plus naturels, avec moins de sucre mais autant de plaisir.
L’explosion du prix du cacao a-t-elle compliqué les choses ?
Forcément, mais le fait d’être seul apporte aussi une certaine souplesse.
Quand l’activité ralentit, je réduis simplement la voilure. Quand elle repart, je peux réinvestir. J’ai également développé mon réseau de revendeurs au fil des années, ce qui permet de répartir les ventes et de conserver une certaine stabilité.
Mon objectif n’a jamais été de bâtir une grande entreprise. Je souhaite rester artisan, continuer à travailler à taille humaine et préserver cette liberté.
On sent que tu tiens à conserver cette indépendance.
Absolument.
Je préfère être artisan que devenir gestionnaire ou directeur logistique. J’aime fabriquer, livrer, créer et être en contact direct avec mes clients.
C’est cette proximité avec le produit qui me motive encore aujourd’hui.
Tu refuses aussi les effets de mode ?
Complètement.
Par exemple, je n’ai jamais eu envie de suivre la tendance du fameux chocolat de Dubaï ou d’autres phénomènes similaires. J’ai presque une allergie aux modes.
Si mon objectif avait été uniquement commercial, j’aurais probablement choisi des artistes beaucoup plus populaires auprès du grand public. Mais je préfère travailler avec des groupes comme Chaosium, Dreamshade ou Almost Human, parce que cela correspond à mes goûts et à mes valeurs.
Si tu pouvais choisir un groupe pour une future tablette, lequel serait-il ?
Sans hésiter : Korn.
Ce serait l’aboutissement du projet.
Mais dès qu’on touche à des groupes internationaux de cette taille, les décisions ne passent plus directement par les musiciens. Tout est géré par des structures beaucoup plus importantes, ce qui rend les choses plus complexes.
Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Oui. Je reste toujours ouvert aux collaborations, aux échanges d’idées et aux nouvelles rencontres.
Swiss Metal Chocolate est né de la passion et il continue d’avancer grâce à elle. J’aime découvrir de nouveaux groupes, les mettre en lumière et créer des passerelles entre deux univers qui, au premier abord, semblent très éloignés.
C’est finalement ce qui rend cette aventure aussi enrichissante.
https://biobourgeon.mrchocolat.swiss
Interview d’Antoine de Caunes pour Canal Plus









