Depuis sa formation en 2023, le quatuor alsacien What’s Up Doc trace progressivement sa route dans le paysage rock régional avec une identité de plus en plus affirmée. Après un premier disque encore marqué par des influences blues et seventies, le groupe semble avoir trouvé sa véritable direction avec Métamorphosis, un EP plus dense, plus moderne et plus incisif. Entre composition collective, réflexion autour de la place des textes, collaboration marquante avec Rémi Gettliffe le « 5 éme membre » de Last Train et envie assumée de professionnaliser le projet, Maxime et Anaëlle reviennent longuement sur l’évolution du groupe et les ambitions qui commencent à prendre forme.
Pouvez-vous présenter le groupe ?
Maxime :
Je suis Maxime, guitariste du groupe. À la base, on s’est rencontrés avec Romain et Christophe via un site d’annonces pour musiciens. C’était vraiment une démarche volontaire : on ne cherchait pas à monter un groupe de reprises juste pour jouer entre copains le week-end. L’idée était dès le départ de composer nos propres morceaux et de construire quelque chose de sérieux. Pendant plusieurs mois, on a travaillé uniquement à trois, à tester des idées, des riffs, des structures, jusqu’à trouver une direction cohérente. Annaëlle nous a rejoints ensuite et ça a complètement changé la dimension du projet.
Anaëlle :
Je suis Anaëlle, chanteuse du groupe. Avant What’s Up Doc, j’avais surtout des expériences très amateurs. J’avais notamment un petit projet électropop avec un ancien prof d’arts plastiques où on composait sur GarageBand, juste pour le plaisir. J’ai aussi fait pas mal de jams et de petits projets rock, mais rien d’aussi structuré. Quand j’ai découvert les premières maquettes du groupe, il y avait déjà une vraie atmosphère qui m’a parlé immédiatement. J’ai senti qu’il y avait quelque chose à construire humainement et musicalement.
Comment est né What’s Up Doc ?
Maxime :
Le projet est né assez naturellement après la fin de mon ancien groupe, qui s’était arrêté pendant la période Covid. J’avais beaucoup de compositions que je ne voulais pas abandonner. Certains morceaux existaient déjà sous une autre forme, mais ils ont complètement évolué avec l’arrivée de Romain, Christophe puis Anaëlle. Chacun a apporté sa personnalité musicale. Très vite, les morceaux ont cessé d’être “mes” compositions pour devenir celles du groupe.
Anaëlle :
Quand je suis arrivée, ils avaient déjà une vraie base musicale, mais il manquait encore une identité vocale et émotionnelle. On a rapidement trouvé un équilibre. Ce qui était intéressant, c’est qu’on venait tous d’univers différents mais avec un socle commun autour du blues et du rock.
D’où viennent vos influences musicales ?
Anaëlle :
Même si j’ai fait un peu d’électropop, ce n’est pas vraiment ce que j’écoute au quotidien. Je viens beaucoup plus du blues, du jazz et du rock des années 60-70. J’aime énormément les univers un peu organiques, les voix marquées, les morceaux qui racontent quelque chose. C’est aussi ce qui m’inspire dans ma manière d’écrire.
Maxime :
Moi, j’ai grandi avec Genesis, Yes ou encore Pink Floyd parce que mon père écoutait ça en permanence à la maison. Ensuite, je suis tombé dans AC/DC, Jimi Hendrix ou Eric Clapton. Au fond, je me considère surtout comme un guitariste de blues qui joue un blues plus agressif, plus énergique. Christophe vient davantage du jazz et Romain d’un univers plus funk. Finalement, c’est ce mélange qui crée le son What’s Up Doc aujourd’hui.
Pourquoi ce nom : What’s Up Doc ?
Anaëlle :
Au départ, c’était presque une blague pendant une pause répétition. On s’est regardés et on s’est dit que ce serait finalement un super nom de groupe parce qu’il est très facile à retenir et assez universel. Il y avait aussi cette envie de départ d’avoir un univers un peu inspiré des vieux cartoons des années 50.
Maxime :
Et avec le temps, le nom a pris un autre sens. Les chansons d’Anaëlle sont souvent très introspectives, presque comme des confidences. Le “Doc” est devenu une sorte de figure imaginaire à qui on raconte des choses très personnelles. C’est intéressant parce que le nom garde un côté léger et accrocheur tout en prenant un sens plus profond avec les morceaux.
Entre Angels et Métamorphosis, votre musique semble avoir beaucoup évolué…
Maxime :
Oui, complètement. Angels représentait vraiment notre phase d’apprentissage. On découvrait encore comment fonctionner ensemble, comment sonner ensemble aussi. Avec Métamorphosis, on a trouvé quelque chose de beaucoup plus cohérent et affirmé. On sait désormais quelle énergie on veut transmettre et quel type de rock on veut défendre. Il y aura toujours des influences blues, évidemment, mais aujourd’hui on assume totalement une orientation plus rock, plus moderne et plus puissante.
Justement, que raconte Métamorphosis ?
Anaëlle :
Les cinq morceaux parlent de cinq femmes différentes. Chaque chanson explore une personnalité ou une figure féminine particulière à travers des univers parfois fantastiques ou symboliques. Il y a une sirène, une fée, des personnages imaginaires… mais derrière tout ça, il y a toujours une émotion ou une réflexion humaine bien réelle.
Ce qui est intéressant, c’est que beaucoup de personnes ont interprété l’EP comme l’histoire d’une seule femme qui évoluerait morceau après morceau. Ce n’était pas forcément l’idée de départ, mais j’aime beaucoup cette liberté d’interprétation. Ça montre que l’ensemble possède une vraie cohérence narrative.
Le thème de la femme était-il lié à l’actualité ?
Anaëlle :
Pas consciemment. Je n’ai jamais commencé l’écriture en me disant : “Je vais faire un EP militant ou engagé sur cette thématique.” Mais en prenant du recul, je me suis rendu compte que plusieurs morceaux tournaient déjà autour de figures féminines. On a alors décidé de pousser cette idée jusqu’au bout pour donner une vraie unité artistique au projet.
Comment composez-vous les morceaux ?
Maxime :
La plupart du temps, j’arrive avec une base instrumentale assez développée : des riffs, une structure, parfois même une maquette complète. Ensuite, tout le monde retravaille la matière ensemble. Romain et Christophe apportent énormément dans les arrangements et dans l’énergie générale des morceaux. On déconstruit parfois totalement les idées de départ pour reconstruire quelque chose de plus fort.
Anaëlle :
Moi, je travaille beaucoup à l’instinct. J’ai besoin de ressentir l’atmosphère du morceau avant d’écrire. Je vais chercher des images, des personnages, des émotions. Ensuite, les paroles arrivent assez naturellement. Sur Métamorphosis, j’ai vraiment voulu pousser davantage l’écriture et travailler des textes plus fins et plus imagés.
Pourquoi avoir choisi de chanter principalement en anglais ?
Maxime :
On a énormément discuté de cette question. Pour moi, le rock en français demande une plume très particulière. Il faut une manière d’écrire et de poser les mots qui fonctionne naturellement dans cette langue. Anaëlle possède une vraie musicalité en anglais, autant dans l’écriture que dans l’interprétation.
Anaëlle :
J’adore chanter en anglais, donc ce n’est pas du tout une frustration. Mais j’aime aussi le français et je trouvais intéressant d’en intégrer un peu sur certains morceaux d’Angels. Après, je comprends totalement ce que dit Maxime : on ne chante pas du tout de la même façon en français et en anglais. Les sonorités, les placements, l’énergie… tout change. Aujourd’hui, l’anglais correspond davantage à l’identité du groupe.
Comment est née votre collaboration avec Rémi Gettliffe ?
Maxime :
Je connaissais Rémi depuis longtemps puisqu’il avait été mon maître de stage quand j’étais adolescent. Mais la vraie connexion s’est faite via Victor de Dirty Deep, qui lui a parlé de nous. Quand Rémi a accepté de travailler avec nous, on savait qu’on voulait quelqu’un qui ne fasse pas simplement du son, mais un vrai travail de réalisation artistique.
Qu’a-t-il apporté au groupe ?
Maxime :
Franchement, énormément. Il a complètement remis en question notre manière d’aborder les morceaux, les structures, les arrangements et même nos réglages de son. Il nous a poussés à sortir de notre zone de confort. C’était exactement ce qu’on recherchait : quelqu’un capable de nous faire évoluer.
Anaëlle :
Il nous a surtout aidés à comprendre qui nous étions musicalement. Pendant la première session studio, on a vraiment senti qu’on touchait enfin quelque chose de fort avec certains morceaux. Quand on est revenus enregistrer la deuxième partie de l’EP, tout était beaucoup plus clair dans nos têtes.
Vous envisagez une professionnalisation complète du groupe ?
Anaëlle :
Oui, clairement. Si l’occasion se présente, on est prêts à aller beaucoup plus loin dans cette aventure.
Maxime :
On reste lucides sur la réalité du métier parce qu’on n’a plus vingt ans et qu’on connaît un minimum le fonctionnement du milieu. Mais justement, cette maturité nous permet peut-être d’aborder le projet plus intelligemment. Aujourd’hui, on réfléchit déjà à des solutions pour pouvoir tourner davantage, notamment avec une organisation plus flexible autour du groupe. L’objectif est de pouvoir développer le projet sérieusement sans perdre l’équilibre personnel.
Quels sont les projets à venir ?
Maxime :
Pour le moment, on veut surtout faire vivre Métamorphosis et sortir un peu du circuit alsacien. On commence à préparer des choses pour 2027, mais on préfère avancer étape par étape. L’idée, c’est de consolider les bases avant d’accélérer.
Anaëlle :
On continue évidemment à composer en parallèle, parce qu’on ne peut pas s’en empêcher, mais ce n’est pas encore la priorité. Aujourd’hui, on veut vraiment défendre cet EP sur scène.
Un dernier mot pour conclure ?
Anaëlle :
On vient aussi de sortir le clip de “Coma Blondie”, réalisé par Luc Léria, qui nous accompagne énormément sur toute la partie visuelle et communication. Le clip possède un univers très sombre, presque onirique, qui correspond parfaitement à l’ambiance du morceau.
Maxime :
Et surtout, on espère que cette aventure durera le plus longtemps possible.
Anaëlle :
Avec toujours autant d’intensité, de plaisir… et de passion.
Crédit Photo : Philippe Deleage








