À l’occasion de leur passage au Noumatrouff le 27 mars 2026, Cachemire confirme sa montée en puissance sur la scène rock hexagonale. Juste avant de monter sur scène, Fred revient sur le succès de « Suffit juste d’une seconde », l’arrivée d’Alice, l’évolution artistique du groupe et une vision du rock où l’humain reste au cœur de tout… avec, en bonus, une bonne dose d’autodérision.
Votre dernier album « Suffit juste d’une seconde » a connu un très bon démarrage. Peut-on parler d’un album de consécration ?
On peut dire ça, oui… mais ce serait un peu facile. En réalité, c’est surtout le résultat de plus de dix ans à empiler les briques : des concerts, des galères, des petites victoires. Faker est sans doute notre disque le plus accessible, plus chanson-rock, moins punk ou métal. Forcément, ça élargit le public. Mais on garde les pieds sur terre : si celui-là est la consécration, le prochain devra être la “reconsécration”… sinon on change de métier (rires).
L’arrivée d’Alice marque un tournant. A-t-elle participé à l’album ?
Pas du tout. Elle est arrivée une fois que tout était terminé : compos, enregistrement, mix… Elle a découvert les morceaux comme tout le monde. Mais finalement, ça a rendu la transition plus simple. Et puis, soyons honnêtes, ça nous a aussi évité de tout recommencer (rires).
Justement, qu’apporte Alice au groupe ?
Déjà… une meilleure odeur dans le camion (rires). Après neuf mecs enfermés pendant des heures de route, ça compte ! Plus sérieusement, elle apporte une vraie finesse. On était très frontal, très rock à la The Hives ou Ramones. Elle amène une autre sensibilité, plus nuancée. Et surtout, c’est une évidence artistique : pas de casting, juste une intuition… et beaucoup de discussions autour d’un café à Bruxelles.
Cette nouvelle direction influencera-t-elle vos prochaines compositions ?
Pas forcément. Là, je suis plutôt dans une période “grosse prod américaine”, un peu à la Foo Fighters. Dave Grohl, c’est mon père spirituel… même si mon vrai père le vit très bien (rires). Plus sérieusement, on suit nos envies du moment. On ne calcule pas trop.
Vous êtes actuellement en tournée. Comment ressentez-vous cette nouvelle dynamique avec le public ?
Il se passe un truc qu’on ne maîtrise pas trop… et c’est ça qui est excitant. Au Hellfest, on s’est retrouvés devant 25 000 personnes à 11 h du matin. Là, tu te dis : “OK, on passe le bac.” Et une fois sur scène, en robe blanche, tu te demandes surtout : “Mais qu’est-ce qu’on fait là ?” (rires). Et finalement, ça a pris. Aujourd’hui, les gens chantent les morceaux, certains pleurent… C’est nouveau pour nous, et franchement, ça fait quelque chose.
Votre esthétique scénique, notamment les robes blanches, a marqué les esprits. Pourquoi ce choix ?
On a toujours accordé de l’importance à l’image, comme des groupes qu’on adore type Royal Republic. Là, il y avait aussi une réflexion sur les codes de genre, notamment avec le morceau « Adam« . Et puis, on s’est dit : pourquoi les robes seraient réservées aux femmes ? Au début, on se regardait dans le miroir en se disant “Bbon… on y va vraiment, là ?”. Et puis le public nous a rassurés. Même si ma mère, elle, était un peu plus mitigée sur le concept (rires).
Vos textes abordent des sujets sociétaux forts. Est-ce une volonté affirmée ?
Oui, mais sans faire la morale. On préfère raconter des histoires, se mettre dans la peau de personnages. L’idée, c’est que les gens ressentent les choses plutôt que de leur dire quoi penser. Et puis, si on peut éviter de passer pour des donneurs de leçons, c’est encore mieux.
Votre vision du futur semble à la fois inquiète et optimiste…
Oui, parce que même si le monde peut faire flipper, j’ai confiance dans les jeunes générations. Je le vois avec mes enfants : ils ont déjà une réflexion que je n’avais pas du tout à leur âge. Bon, parfois ils me donnent des leçons, et ça pique un peu (rires), mais au fond, c’est rassurant.
Vous écrivez exclusivement en français. Est-ce un choix définitif ?
Oui. Le français permet une précision et une émotion que je ne retrouverais pas ailleurs. J’ai grandi avec Serge Gainsbourg et Jacques Brel, et ça laisse des traces. Peut-être que ça nous ferme des portes à l’international, mais on préfère ça à faire semblant.
Vous aimez revisiter des classiques, de Lio à Stromae. Pourquoi ce choix ?
Parce qu’on aime surprendre. Une bonne chanson reste une bonne chanson, peu importe le style. Et puis, on aime bien aller là où on ne nous attend pas. Quitte à se mettre un peu en danger… sinon autant faire des reprises faciles et s’ennuyer (rires).
Vous vous engagez également dans des projets solidaires. Est-ce important pour vous ?
Oui, mais il faut que ça ait du sens. On ne veut pas juste faire un chèque pour se donner bonne conscience. L’idée, c’est de partager vraiment, pas juste de cocher une case.
Finalement, que représente la musique pour vous aujourd’hui ?
Si c’est juste pour faire des cachets, autant devenir cadre sup (rires). Pour nous, la musique, c’est avant tout du partage, de l’émotion, du lien. C’est ça qui nous fait continuer après toutes ces années.





