Sous une température écrasante et au cœur d’une production démesurée, METALLICA aurait facilement pu tomber dans le simple spectacle grandiloquent. Pourtant, à Zurich, les Californiens ont une nouvelle fois prouvé qu’après plus de quatre décennies de carrière, ils demeurent LA référence incontournable lorsqu’il s’agit de performances live metal. Retour et ressentis depuis le Snake Pit.
En ouverture de Metallica au Letzigrund de Zurich, après le quintette américain hardcore punk Knocked Loose, les Français de GOJIRA ont livré une prestation aussi massive qu’étouffante sous une chaleur presque écrasante. Mais loin de subir les éléments, le quatuor landais a transformé cette fournaise en véritable démonstration de puissance, porté par un public suisse rapidement conquis et particulièrement démonstratif. Avec un set taillé pour les stades, alternant les frappes implacables de “Born For One Thing” et “Silvera” ( Fortitude & Magma ), les classiques “Backbone” ou les inévitables « L’Enfant Sauvage » et “Flying Whales”, Gojira a imposé sa maîtrise avec une aisance impressionnante. Mention spéciale également à “Mea culpa (Ah! Ça ira!)”, reprise déjà remarquée lors des J.O. de Paris, qui a déclenché une réaction immédiate des gradins suisses. Un groupe à revoir à NANCY au Heavy-Weekend, seule date en France pour 2026…
Lorsque les premières notes d’introduction (AC/DC & Ennio Morricone) ont résonné dans le stade encore écrasé par près de 30 degrés, l’entrée de METALLICA au milieu du public a immédiatement donné le ton. Sur cette impressionnante scène circulaire à 360 degrés, le M72 World Tour dépasse largement le simple concert pour devenir une expérience immersive où l’héritage du groupe rencontre une mise en scène moderne et spectaculaire, pensée pour repousser encore les standards des shows en stade.
Metallica aurait pu se contenter d’un déluge de décibels et d’effets dans l’écrin monumental du Letzigrund de Zurich. Pourtant, malgré cette chaleur et plus de 50.000 spectateurs réunis, le groupe américain a surtout démontré pourquoi il demeure une institution incontournable du metal live. Au cœur d’un stade bouillant, l’ambiance helvétique habituellement paisible a laissé place à une véritable déferlante sonore portée par les légendes de la Bay Area.
Avec cette tournée accompagnant l’album 72 Seasons, Metallica continue de prouver qu’il refuse toute routine nostalgique. Entre classiques intemporels et puissance scénique parfaitement maîtrisée, le groupe raconte quarante années d’histoire sans jamais perdre son intensité. Plus qu’une démonstration technique, cette version 2026 de Metallica apparaît comme une machine vivante, capable de conserver intacte cette énergie brute qui continue de fasciner plusieurs générations de fans.
Dès les premières minutes, James Hetfield apparaît impérial. Charismatique, massif, habité, le frontman impose une présence scénique impressionnante, épaulé par un Kirk Hammett toujours aussi fluide, un Lars Ulrich survolté et un Robert Trujillo infatigable. Le quatuor joue avec l’assurance des géants, mais surtout avec le plaisir évident d’un groupe qui refuse de devenir une simple attraction nostalgique.
La setlist frappe fort et juste. Pas moins de 16 titres et que du bon. “Seek & Destroy”, “Creeping Death”, “For Whom The Bell Tolls” ou encore l’inusable “One” rappellent avec violence pourquoi Metallica reste une référence absolue du thrash metal en stade. Chaque riff claque dans l’air brûlant de Zurich avec une puissance presque physique. Même les morceaux issus du pourtant controversé Death Magnetic retrouvent une seconde jeunesse : “Cyanide” et “The Day That Never Comes” gagnent en noirceur et en impact, révélant enfin sur scène toute leur profondeur.
Au milieu de cette avalanche sonore, “Nothing Else Matters” offre l’unique véritable respiration de la soirée avant que Kirk Hammett et Robert Trujillo ne détendent l’atmosphère avec leur désormais traditionnel “Doodle”, reprenant cette fois le classique suisse “Alperose”. Un moment simple, spontané et sincère, presque improbable au cœur d’une production gigantesque pensée pour plus de 50.000 personnes.
C’est précisément là que Metallica continue d’impressionner : réussir à conserver une âme brute malgré un show colossal.
Le groupe maîtrise parfaitement l’équilibre entre gigantisme mainstream et énergie underground. Rien ne paraît forcé. Rien ne sonne mécanique. Bien au contraire, cette tournée M72 donne l’impression de voir un groupe revenir à l’essence même de ce qui l’a rendu incontournable :
la rage, la tension et cette sensation permanente que tout peut exploser à chaque morceau.
Certes, les concerts marathon de trois heures appartiennent probablement au passé. Mais ce format plus ramassé, dépassant à peine les deux heures, rend aujourd’hui Metallica plus dense, plus direct et finalement plus efficace que jamais. A Zurich, il n’était pas question de célébrer un monument poussiéreux du rock, mais bien d’assister à la démonstration d’un groupe de plus de 60 ans qui joue encore avec la faim et la férocité de ses débuts.
Metallica n’est pas devenu une vieille machine à tubes. Metallica a simplement appris à vieillir sans perdre son feu.
Crédit Photos : Thierry FORGIARINI