UNE GRAND-MESSE SOUS LE REGARD DU PRINCE DES TENEBRES!
Il est des concerts qui prennent une dimension toute particulière avant même que la première note ne retentisse. Après le TRIANON une semaine plus tôt, l’escale strasbourgeoise de Black Label Society était de ceux-là. Quelques temps après la disparition d’Ozzy Osbourne, impossible de ne pas penser au lien indéfectible qui unit Zakk Wylde à celui qui lui a offert sa chance en 1987. Guitariste, compositeur, confident et ami pendant près de quarante ans, Wylde monte sur la scène de La Laiterie avec le poids de cet héritage sur les épaules. Et durant près de deux heures, c’est toute l’âme du Prince des Ténèbres qui semblera planer au-dessus de Strasbourg.
Avant cela, Venom Inc. a parfaitement rempli son rôle de mise à feu. Sans chercher la moindre concession, Tony « Demolition Man » Dolan et ses comparses assènent un heavy thrash aux racines profondément ancrées dans le Venom originel. Les riffs abrasifs, la basse grondante et une attitude toujours aussi belliqueuse rappellent pourquoi le groupe demeure une référence majeure pour plusieurs générations de formations extrêmes. Le public répond immédiatement présent et la température grimpe d’un cran.
Les lumières s’éteignent enfin.
Une courte introduction retentit avant que les premiers accords de « Funeral Bell » ne fassent exploser les acclamations. Fidèle à son image, Zakk Wylde apparaît sous les projecteurs avec son éternelle Gibson Les Paul Bullseye, sa longue barbe blonde, son kilt écossais et ce regard habité qui semble ne jamais avoir quitté les années Ozzy. Derrière lui, un imposant mur d’amplis Marshall rappelle que l’on est ici pour une cérémonie placée sous le signe du riff.
Le son est colossal.
Chaque coup de grosse caisse résonne jusque dans la poitrine tandis que « Name In Blood » puis « Destroy & Conquer » installent une puissance de feu impressionnante. La section rythmique est d’une précision chirurgicale et la fosse ne tarde pas à se transformer en un océan de têtes qui battent la mesure. Les premiers circle pits apparaissent, les poings se lèvent, la Black Label Family est chez elle.
BLS sait cependant alterner les climats. « Love Unreal » apporte une respiration plus mélodique sans jamais perdre cette lourdeur caractéristique qui fait la signature du groupe. Puis « Heart Of Darkness » replonge instantanément la salle dans une ambiance sombre, presque mystique. Les jeux de lumières épousent les riffs massifs et Zakk Wylde laisse déjà s’échapper quelques-uns de ces solos interminables dont il a le secret.
Puis vient l’instant que personne n’oubliera.
Les premières notes de « No More Tears » plongent immédiatement La Laiterie dans une émotion palpable. Cette fois, il ne s’agit plus seulement d’interpréter un classique du répertoire d’Ozzy Osbourne. Chaque accord résonne comme un hommage personnel. Chaque regard de Zakk Wylde semble raconter près de quarante années d’une histoire commune.
Le silence qui accompagne ensuite « In This River« , interprété au piano, est tout aussi bouleversant. Écrit à l’origine en mémoire de Dimebag Darrell, ce morceau prend ce soir une signification nouvelle. Les téléphones s’illuminent, les regards se tournent vers la scène, certains ferment les yeux. Personne n’a besoin de longs discours : toute la salle comprend que le Prince des Ténèbres est présent dans chaque pensée.
L’émotion laisse rapidement place à une nouvelle déferlante de décibels avec « Hellride« , avant que « Set You Free » et surtout « Fire It Up » ne fassent repartir la machine à pleine vitesse. Les refrains sont repris par un public totalement conquis tandis que Zakk Wylde multiplie les solos démesurés, laissant parfois une seule note résonner plusieurs secondes avant de replonger dans un torrent d’harmoniques.
Le dernier tiers du concert ne laisse aucun répit.
« Suicide Messiah » transforme La Laiterie en immense chorale métallique avant un nouvel hommage particulièrement poignant avec « Ozzy’s Song « . Sans pathos ni effets inutiles, Black Label Society laisse simplement parler la musique. Et c’est sans doute la plus belle façon de saluer celui qui a tant apporté au heavy metal.
Lorsque résonnent enfin les premières mesures de « Stillborn« , l’explosion est totale. Véritable hymne de Black Label Society, le morceau fédère une dernière fois toute la salle dans un gigantesque chant collectif. Les derniers accords s’éteignent sous une ovation interminable pendant que Zakk Wylde remercie longuement le public, visiblement ému.
À Strasbourg, Black Label Society n’a pas seulement livré un excellent concert. Ce soir-là, l’ombre d’Ozzy Osbourne ne quittait jamais vraiment la scène.
Et chacun, en quittant La Laiterie, avait le sentiment d’avoir assisté à bien plus qu’un concert : une véritable célébration de son héritage, menée avec toute la classe et la fidélité de celui qui fut l’un de ses plus proches compagnons de route.