Les Eurockéennes de Belfort – Jour 3

Rédacteur

Benoit Gilbert

Photographe

Nicolas Keshvary

Catégorie d'article

Date(s)

02 au 05 juillet 2026

Lieu

Les Eurockéennes de Belfort

On se retrouve pour le troisième jour de cette édition des Eurockéennes de Belfort et on vous raconte tout !

Installé confortablement avec son large orchestre, Bertrand Belin ouvre la journée du samedi aux Eurocks côté Plage. En pleine tournée des festivals, car désormais INCONTOURNABLE dans le paysage musical français, caché derrière ses lunettes de soleil et paré de son costume violet, le dandy s’élance avec Pluie de data et Sur mon 31, des extraits de son dernier effort baptisé Watt (2025). Avec sa voix si caractéristique, le nouveau Bashung enchante la foule déjà considérable en ce début de « journée », foule qui reprend aisément ses paroles, notamment lorsque viennent les titres Tambour et Oiseau. Bertrand Belin captive de par son charisme mais aussi par sa bonhomie, l’homme se fendant entre autre d’une anecdote concernant le festival: « la dernière fois que je suis venu ici c’était il y a 33 ans pour voir Faith No More, … Bref, ça rajeunit tout ça!

Ensuite, direction la Greenroom… Programmer un groupe de metal au cœur d’une journée largement dominée par des artistes grand public peut surprendre. Pourtant, President balaie rapidement les doutes. Toujours dissimulés derrière leurs masques et sans échanger un mot avec le public, les musiciens entrent directement dans le vif du sujet. Leur univers, mêlant passages en chant clair et scream, séduit bien au-delà des seuls amateurs de métal. La curiosité laisse rapidement place à l’enthousiasme, tandis que les premiers rangs se laissent emporter par l’intensité du set. Les fans du genre, eux, répondent présents et concluent le concert comme il se doit en ouvrant un wall of death sur le dernier morceau à l’appel du chanteur.

Sensation à voir impérativement ce jour, The Sophs. Evoluant sur le même créneau horaire que President et tenant tête à un soleil déclinant mais résolument brûlant, ce sont ces Américains qui flamboient. L’armada de L.A. est une énième pousse du rock américain, dont on sent tout le potentiel et qui, scéniquement, semble en avoir encore sous le pied. Il y a du Jim Morrison dans la gestuelle d’Ethan Ramon, le chanteur à fleur de peau. Pas loin de choir à maintes reprises, c’est dans un rapide sursaut que cette gueule d’ange se ressaisit à chaque fois. Plus hargneux que le premier Strokes, plus épique – des élans hispaniques traverse la musique de cette bande jeunes musiciens (Goldstar), l’énergie déployée durant ce set est bonne à prendre et c’est volontiers que l’on se laisse à profiter du show jusqu’à la dernière note.

Place à un changement d’ambiance… Sur la Greenroom, Alonzo fait partie des artistes les plus attendus de la soirée. Entouré de ses danseurs, le rappeur marseillais prend rapidement possession de la scène et enchaîne les morceaux qui ont marqué sa carrière. Face à lui, le public répond présent : les paroles sont reprises à l’unisson, les festivaliers dansent et l’ambiance ne cesse de monter en intensité. Visiblement touché par un tel accueil, Alonzo savoure chaque instant. Au cœur de la fosse, l’euphorie est telle que plusieurs pogos se forment, preuve que, même loin des scènes metal, l’énergie des Eurockéennes reste intacte. À l’issue du concert, la ferveur ne retombe pas : de nombreux festivaliers restent rassemblés pour suivre la diffusion du match de l’équipe de France, prolongeant cette soirée placée sous le signe de la convivialité.

Si vous avez aimé The Sophs, Gans passe la seconde! Foutraque, urgent, jouissif,… en un mot : DIY! Le trio explosif retourne littéralement la scène de la Loggia. A titre d’exemple, le saxophoniste, également flutiste, bondit dans tous les sens – rares pour ce genre de musicien – à tel point que le flight case dressé à ses côtés sur un praticable menace à face instant de tomber. Un roadie tente avec l’énergie du désespoir de le caler, une fois, deux fois, puis avec du gaffer… Du grand art! La prestation est alerte et plaisante pour le public réuni aux abords de l’entrée du site.

 A 23h, Pulp est entré en scène et c’est Jarvis Cocker himself qui a posé le cadre dans la langue de Molière s’il vous plait: la dernière fois que le groupe s’est produit ici, il y avait à ses côtés en 1998 (!) Prodigy, Underworld et consorts (pour les plus curieux et nostalgiques, voici la prog’ complète de cette belle édition:  https://memories.eurockeennes.fr/edition/1998/ ).

Alors comment résumer cette prestation version 2026 ? Tout d’abord, voir Pulp sur scène aujourd’hui c’est faire face à un grand orchestre, avec pas moins de 9 larrons sur scène. Des membres originels comme des musiciens plus récents et additionnels afin de faire sonner au mieux les classiques de la formation de Sheffield. Ensuite, que ce fut beau! Musicalement parlant mais aussi sur le plan visuel : les tableaux se sont succédés avec les images d’antan (un Jarvis, jeune, efflanqué et un brin hautain tutoie son homologue avec trois décennies d’écart, des rayonnages de magasin arborant une multitude de produits de consommation estampillés Pulp sur Common people, des effeuilleuses de cabaret sur l’intro de la sublissime This is hardcore, … bref, c’était parfait. Enfin, le groupe referme son tour de chant avec un titre en formation resserrée et quasi acoustique pour A sunset. La classe à l’anglaise!

Le chaos et l’euphorie, tel fut le concert d’Enhancer. Après avoir visionné le match compliqué mais victorieux de l’équipe de France sous le Chapiteau, les festivaliers ont enchainé tout de go avec la formation nu metal. De retour sur le devant de la scène depuis plusieurs semaines (dont un passage très remarqué au récent Hellfest en compagnie notamment de Pleymo et de Joey Starr), les membres de la Team Nowhere démarrent pied au plancher en formation resserrée sur des praticables attenants à la batterie avant d’envahir le reste de la scène. Pendant environ une heure (les gars vont faire durer le plaisir pour les plus déterminés) le metal flirtant avec le rap gronde sous l’immense tente. La présence à plusieurs reprises de Joey Starr ajoutera de l’huile sur le feu. C’est avec récurrence que David Gitlis vient se frotter au public, le rejoindre en son centre, voire même bondir dedans depuis la scène à la manière d’un Eddie Vedder. L’ambiance est survoltée sur les planches, elle n’en est pas moindre côté public. Les slams sont légions, les montées sur scène pléthoriques. C’est une grande fête qui se donne à voir et à vivre ce samedi soir.

Setlist
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