Entre nostalgie rock et rave party Metalcore
Pour cette troisième et dernière journée du Heavy Weekend, le thermomètre s’est affolé sous un soleil de plomb. Côté programmation, l’organisation avait misé sur une affiche un peu plus « calme » et variée que les jours précédents, mais non moins attendue. Retour sur un final contrasté, entre petite déception, nostalgie et explosions de confettis.
SHAÂRGHOT : Une entrée en matière mitigée
SHAÂRGHOT ouvre cette troisième journée du Heavy Weekend en plongeant le Zénith dans son univers cyberpunk post-apocalyptique. Entre fumée verte, costumes dystopiques et maquillages inquiétants, l’immersion visuelle est immédiate.
Portés par des titres comme « Kill Your God », « Life And Choices », « Traders Must Die », « Great Eye », « Break Your Body » ou encore « Let Me Out », les Français livrent un show particulièrement travaillé sur le plan scénique. Le chanteur The Shaârghot et ses musiciens multiplient les interactions avec le public, tandis que Brun’O Klose se distingue avec un spectaculaire effet pyrotechnique jaillissant de sa guitare.
Dans la fosse, pogos, slams et circle pits témoignent de l’adhésion d’une bonne partie des festivaliers. Pourtant, malgré une esthétique forte et une énergie indéniable, l’ensemble peine parfois à dépasser l’effet visuel pour marquer durablement sur le plan musical. Quelques passages rappellent l’univers de Nine Inch Nails ou de Rammstein, notamment sur « Great Eye », mais les compositions ne laissent pas toutes la même empreinte. Une prestation solide et spectaculaire, sans être pour autant le moment le plus mémorable de la journée.
Ice Nine Kills : L’horreur sur grand écran
Les choses sérieuses commencent avec ICE NINE KILLS. Derrière un Metalcore plutôt classique mais diablement efficace, les Américains déploient un concept entièrement basé sur les films d’horreur. Ice Nine Kills débarquent donc à Nancy armés de leur concept désormais bien rôdé, mêlant metalcore et références permanentes au cinéma d’épouvante.
L’entrée en scène d’Hannibal Lecter annonce immédiatement la couleur. Tout au long du concert, des personnages emblématiques tels qu’Art le Clown ou Ghostface viennent enrichir une mise en scène particulièrement soignée, pensée comme une succession de séquences inspirées des plus grands classiques du genre.
Musicalement, le groupe déroule avec précision un répertoire taillé pour le live. « Meat & Greet » lance les hostilités avant que « Ex-Mørtis », « The Great Unknown », « Funeral Derangements » ou encore « The Shower Scene » ne maintiennent une intensité constante. Derrière le micro, Spencer Charnas impressionne par sa polyvalence vocale, alternant chant clair, screams et growls avec une facilité déconcertante.
Les écrans géants, les effets pyrotechniques et les nombreux changements de personnages participent à l’expérience immersive. Une reprise inattendue de « Linoleum » de NOFX apporte même une respiration bienvenue au milieu de ce déluge visuel.
Plus tard, « Welcome To Horrorwood », « Hip To Be Scared » et surtout « The American Nightmare » déclenchent les réactions les plus marquées dans la fosse.
L’un des moments forts reste toutefois l’apparition d’Alissa White-Gluz ( déjà aperçus sur scène aux cotés de I.N.K au Rock am Ring il y a qq jours …) pour interpréter « Twisting The Knife » puis « A Work of Art », offrant un supplément d’intensité à une prestation déjà généreuse.
Malgré tout, le spectacle donne parfois l’impression de suivre un scénario parfaitement calibré où peu de place est laissée à la spontanéité. Certaines transitions, appuyées par de fausses réclames humoristiques diffusées sur les écrans, cassent légèrement le rythme.
Si l’ensemble s’avère redoutablement efficace et visuellement impressionnant, l’émotion peine parfois à égaler la perfection de l’exécution. Cela n’empêche pas ICE NINE KILLS de signer une prestation solide, largement applaudie par un public que Spencer Charnas n’a pas manqué de féliciter en fin de concert.
Three Days Grace : La cure de jouvence
C’était l’un des événements de la journée. Malgré une très longue carrière, ce n’était que la troisième date en France pour THREE DAYS GRACE. Le groupe canadien connaît un véritable retour… en grâce (jeu de mots obligatoire) porté par leur dernier album. Pour l’occasion, le combo a déroulé un set en forme de Best-of.
Le retour d’Adam Gontier aux côtés de Matt Walst constituait l’un des événements attendus de cette édition 2026, et les deux chanteurs démontrent rapidement toute la complémentarité de leurs voix.
L’entame avec « Dominate » met immédiatement le public dans l’ambiance avant qu’« Animal I Have Become » ne déclenche l’une des premières grandes vagues de chants de la soirée. Très vite, le Zénith se transforme en immense karaoké où chaque refrain est repris avec ferveur. Porté par un son puissant et parfaitement maîtrisé, le groupe enchaîne les incontournables avec une aisance déconcertante. « Break », « I Am Machine », « Pain », « The Mountain » et « The Good Life » rappellent la richesse d’un répertoire qui a accompagné toute une génération de fans de rock et de metal alternatif.
L’un des moments les plus marquants survient lorsque Adam Gontier s’adresse au public pour évoquer son retour au sein du groupe. Avec humilité, il remercie ses compagnons d’avoir poursuivi l’aventure en son absence, permettant à THREE DAYS GRACE de traverser les années sans perdre son identité. Une prise de parole simple mais sincère, saluée par une foule visiblement attachée à cette formation devenue incontournable.
L’émotion gagne encore en intensité sur « World So Cold » puis « Never Too Late », dont les paroles résonnent dans tout le Zénith, reprises presque intégralement par les festivaliers. Cette communion permanente entre le groupe et son public constitue sans doute l’une des grandes forces du concert.
Sans recourir à une scénographie démesurée ou à des artifices superflus, les Canadiens misent avant tout sur l’efficacité de leurs compositions et la qualité irréprochable de leur interprétation. « I Hate Everything About You », « Just Like You » et « Painkiller » provoquent à leur tour une véritable explosion de nostalgie, tout en démontrant que ces morceaux ont conservé intacte leur puissance fédératrice.
Lorsque résonnent les premières notes de « Riot », la fosse s’anime une dernière fois dans un déferlement de slams et de mouvements de foule. Au terme d’un concert aussi simple qu’efficace, THREE DAYS GRACE confirme non seulement son statut de valeur sûre du rock moderne, mais également le lien particulier qui semble l’unir au public français, venu en nombre célébrer un catalogue qui n’a rien perdu de son impact au fil des années.
Electric Callboy : La discothèque-karaoké géante en clôture
Pour clôturer ce festival, place à ELECTRIC CALLBOY, LE groupe à la mode en ce moment, qui enchaîne les succès et les collaborations prestigieuses (la dernière en date avec The Offspring).
Emblème absolu de cette génération de « groupes YouTube » ayant bâti leur réputation sur des clips déjantés, des costumes rétro et des chorégraphies millimétrées, les Allemands ont attiré un public visiblement plus jeune et très coloré, le jogging fluo années 80 faisant un retour remarqué dans une ambiance plutôt au noir.
Bonne surprise dès « Tanzneid », l’un des nouveaux morceaux, le groupe a clairement pris de l’ampleur en tournée. Le son est énorme, beaucoup plus lourd et massif que sur leurs précédents passages.
Puis la reprise de « Still Waiting » de SUM 41, interprétée avec Frank Zummo, la foule explose littéralement. Entre metal moderne, techno et second degré assumé, le groupe déroule une recette unique qui fédère bien au-delà du public metal traditionnel.
« Tekkno Train », « Hypa Hypa », « Pump It », « Hurrikan » ou encore « Mindreader » déclenchent une succession ininterrompue de circle pits, de danses et de refrains repris à l’unisson. Kevin Ratajczak et Nico Sallach brillent autant par leur présence scénique que par leur complémentarité vocale, alternant chant clair et passages plus agressifs avec une facilité remarquable.
Le concert prend parfois des allures de gigantesque fête électro, notamment lors du délirant medley mêlant « All The Small Things » de BLINK-182 et « Bodies » de DROWNING POOL. Plus inattendu, « Everytime We Touch » débute dans une ambiance plus apaisée, portée par le piano, la guitare acoustique et les lumières des téléphones avant que l’énergie ne reparte de plus belle.
Les extraits du prochain album, attendu le 7 août, trouvent naturellement leur place aux côtés des incontournables « MC Thunder II », « Elevator Operator » et du très attendu « RATATATA », accompagné des apparitions de BABYMETAL sur les écrans géants.
Entre flammes, confettis et mise en scène parfaitement maîtrisée, ELECTRIC CALLBOY livre un final euphorique avec « We Got The Moves », laissant derrière lui des milliers de festivaliers épuisés mais conquis.
Une chose est sûre : le Heavy Week-End a définitivement trouvé sa place dans le paysage des grands festivals français.
Nous nous retrouverons donc l’an prochain les 04 – 05 & 06 juin 2027 dans cette nouvelle mecque du metal, prêts à écrire ensemble le prochain chapitre de l’aventure nancéienne.