NEIL YOUNG & THE CHROME HEARTS – Second Song

Rédacteur

Alexandre Coesnon

Catégorie d'article

Nom de l'album

Second Song

Date de sortie

18.09.2026

Label (si présent)

The Other Shoe / Reprise Records

Setlist de l'album

1. The Foggy Edge of Time
2. Day After Day
3. Earth Girl
4. Second Song
5. Casting Me Away From You
6. Soon I Might Be Going
7. I’ll Love You Forever

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À 80 ans, Neil Young continue de faire ce qu’il a toujours fait de mieux : avancer sans trop regarder les panneaux. Avec Second Song, son deuxième album avec les Chrome Hearts, il ne cherche ni à moderniser son langage ni à courir après son propre passé. Il fait beaucoup plus intéressant : il met les deux en présence.

Neil Young and The Chrome Hearts joueront le 12 juillet à Moon+Stars 2026

Après Talkin’ to the Trees, Neil Young retrouve donc Micah Nelson (guitare), Corey McCormick (basse), Anthony LoGerfo (batterie) et Spooner Oldham (claviers) pour un disque enregistré à Shangri-La dans cette philosophie qui lui est chère : jouer vite, répéter peu et surtout préserver l’instant. L’enregistrement est analogique, les prises volontairement spontanées et les imperfections restent là où d’autres auraient sorti la gomme.

« The whole idea is to not know what you’re doing. »

Neil Young résume parfaitement sa méthode avec cette phrase. Chez lui, ce n’est pas de la désinvolture. C’est presque une doctrine.

Musicalement, Second Song évolue loin des grandes déflagrations électriques de Crazy Horse. L’ambiance est dépouillée, contemplative, parfois presque cotonneuse. Piano, orgue, guitares et harmonica accompagnent une voix forcément marquée par les années mais qui, justement, donne aujourd’hui une profondeur particulière aux textes.

The Foggy Edge of Time installe immédiatement cette atmosphère. Neil Young regarde derrière lui sans transformer le morceau en carte postale nostalgique. Le temps est partout sur cet album, mais rarement traité avec tristesse.

La longue Second Song, qui dépasse les onze minutes, représente parfaitement cette liberté. Elle avance tranquillement, refuse le format classique et laisse respirer chaque idée. Certains trouveront probablement le voyage un peu long ; les autres retrouveront précisément ce Neil Young capable de faire d’une lente dérive musicale un véritable espace de réflexion.

Plus intime, Earth Girl est dédiée à Daryl Hannah (sa femme). La simplicité de l’interprétation fonctionne justement parce qu’il ne cherche jamais à en faire trop. Mais le moment le plus saisissant reste sans doute Soon I Might Be Going, où l’âge et l’idée du départ apparaissent avec une étonnante sérénité. Aucun grand effet dramatique : juste un homme de 80 ans qui sait parfaitement où il en est.

Et puis Second Song réalise un étonnant grand écart temporel avec Casting Me Away From You et I’ll Love You Forever, deux compositions remontant à sa jeunesse. Young les exhume plus de soixante ans après leur écriture et les confie au Neil Young d’aujourd’hui. C’est probablement là que l’album prend tout son sens : entendre les mêmes chansons traversées par une autre voix, une autre expérience et toute une vie de musique.

« I mostly just wrote what was on my mind. »

Neil Young explique ici son rapport à l’écriture avec une simplicité désarmante. Une phrase qui pourrait finalement résumer une bonne partie de sa carrière.

Tout n’est pas indispensable pour autant. Le rythme volontairement lent et certaines plages très étirées demandent une vraie disponibilité. Ceux qui cherchent les éclairs électriques de Rust Never Sleeps ou la sauvagerie de Crazy Horse risquent de rester à distance.

Mais ce serait presque passer à côté du sujet.

Second Song n’est pas un album qui cherche à prouver que Neil Young est encore capable de jouer comme lorsqu’il avait trente ans. Il montre au contraire ce que ses chansons deviennent lorsqu’elles sont interprétées par l’homme qu’il est aujourd’hui.

Il y a quelque chose d’assez beau à entendre Neil Young faire dialoguer le gamin qui écrivait ses premières chansons au milieu des années 60 avec l’homme de 80 ans qui les chante aujourd’hui. Second Song n’est ni spectaculaire ni immédiat, et c’est probablement très bien ainsi. C’est un disque de temps, de mémoire et de transmission, brut juste ce qu’il faut, imparfait comme Neil les aime. Et finalement profondément vivant.

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