Frédéric Lo et Michel Houellebecq – La Scala – Paris – Le 22 Avril 2026

Rédacteur

Bruce Tringale

Photographe

DR

Catégorie d'article

Date(s)

22/04/2026

Lieu

La Scala, Paris

On commence à le savoir : Frédéric Lo a – encore- accompli un miracle : celui de racheter un Houellebecq aux yeux de l’opinion publique, après des déclarations plus proches du Capitaine Fracasse que des Illuminations.
Avec Souvenez-vous de l’homme, Lo met en musique autant qu’en scène, 12 paraboles post-apocalyptiques traumatisantes pour ce qui sera définitivement un disque au moins aussi traumatisant que Berlin ou Rock Bottom.

 

Lo nous l’avait promis : les shows, tous sold-out durant tous les mercredis du mois d’avril permettraient d’avoir une version augmentée d’un disque très court. Alors que s’installe le public, une voix familière résonne derrière moi : c’est Alain Finkielkraut qui s’assied, lui qui prémonitoire sur ce qu’il est devenu, avait écrit dans les années 90, La défaite de la pensée. L’homme est moins pénible que sur Cnews : on l’entend diffuser certains cancans parisiens avant qu’il nous demande–gentiment- de ne pas prendre de photos pendant le show pour ne pas l’incommoder avec mon téléphone. Plus loin, la lumineuse Aurelie Saada s’installe également juste avant que les lumières ne s’éteignent.

L’orchestre est là : 5 musiciens dont cet étrange duo façon Arme Fatale : la bromance surréaliste entre un Houellebecq concentré, inexpressif et immobile et Frédéric Lo, chaleureux, heureux de jouer sa musique et taquin : « Une blague Michel ? » demande-t-il juste avant d’entamer « Ils chevauchaient le vent » à la fin du show. Houellebecq, pince-sans rire répond : « ah non ! C’est le single, faut pas déconner ».

 

Les photos sont à créditer : Patrick Faivre

Ces moments hors-sol autorisent des respirations pendant l’intégralité de l’album (joué dans le désordre) qui chante la fin du monde, de la civilisation, de l’Homme. L’orchestre joue fort, très fort, probablement trop fort pour Finkielkraut, Lo supervise du regard ses musiciens, Houellebecq chante juste et bien et le tout, délivre des versions particulièrement poignantes du « Lendemain de l’explosion » ou du « Dialogue des machines ». Quant à « Perdus dans des rêves inutiles », elle semble directement issue des sessions du Feline des Stranglers.

Ici encore, l’auditeur est pris en tenaille entre la pulsion de mort de Houellebecq dont la voix douce prend La Route McCarthienne du désespoir quand la pulsion de vie électrique et méLOdique de son compositeur joue l’Art Brut.

Le show est augmenté d’une quinzaine de minutes de transe Morrisonesque où Houellebecq lit les dernières pages de l’inoubliable Possibilité d’une île.« J’ai rien compris » proteste Finkielkraut. Les vidéos ne fonctionnent pas, la diction de Houellebecq se prend parfois les pieds dans le tapis, mais au final, le public est hypnotisé par les mélodies conceptuelles de Lo qui permettent à Houellebecq de se mettre à nu sans se retrouver dévêtu.

Deux inédits pour clôturer un show dépouillé et fascinant avant que Lo propose de retrouver son public pour une séance de signature dans le hall de La Scala.

Lo, me présente à Houllebecq à qui je propose une interview qui porterait sur son rapport au fantastique et à Lovecraft, sur qui il avait écrit un essai au début de sa carrière.
La littérature et le langage semblent avoir déserté le corps de l’écrivain. Eteint, le regard absent, indifférent aux louanges de ses adorateurs, Il répond par borborygmes : « euh moui euh Lovecraft meuh bof… ».

Qu’on se rassure et s’en souvienne : L’homme reprendra vie lorsque de belles admiratrices lui
demanderont de poser avec lui avant qu’il ne leur donne son mail…
Quant à Finkielkraut, impossible de savoir si le rock de Lo lui a percé les tympans ; avant la fin du
spectacle, il avait déjà quitté la salle, sans doute pour un voyage au bout de sa nuit…

 

Setlist
running order

Défilement vers le haut