Après une première partie aussi séduisante qu’inattendue, MYRATH a transformé le Noumatrouff en escale orientale le temps d’une soirée. Mélodies arabisantes, metal progressif, refrains fédérateurs et une certaine idée du grand spectacle : les Tunisiens sont venus défendre leur nouvel album Wilderness Of Mirrors, sorti le 27 mars dernier, sans pour autant oublier les incontournables qui ont construit leur réputation.
ROSES OF THIEVES – Une très belle découverte
La soirée débute avec les Hongrois de Roses Of Thieves, compagnons de route de Myrath sur cette tournée européenne. Une découverte particulièrement sympathique pour le public mulhousien. Le groupe de Budapest formé en 2023 propose un metal mélodique teinté de folk, enrichi notamment par le violon et l’accordéon, qui apportent immédiatement couleur et personnalité à l’ensemble.
Au centre de la scène, Ivett Dudás leur charismatique chanteuse ne tarde pas à capter l’attention, aussi à l’aise vocalement que dans sa manière d’occuper l’espace. Les mélodies folk se mêlent efficacement aux guitares plus musclées et l’ensemble possède suffisamment d’énergie pour rapidement faire monter la température dans le Noumatrouff. Une prestation généreuse, fraîche et parfaitement calibrée pour ouvrir cette soirée. Roses Of Thieves : un nom à retenir.
MYRATH – Entre Orient et metal
Changement de décor et changement d’univers. Quelques notes suffisent avec « The Funeral » pour ouvrir les portes du monde de MYRATH. Ce titre ouvre également Wilderness Of Mirrors, septième album du groupe, et installe immédiatement cette atmosphère cinématographique devenue l’une des signatures de la formation.
Avec Zaher Zorgati en maître de cérémonie, Myrath possède surtout un frontman capable de faire le lien entre puissance metal, envolées mélodiques et sonorités orientales sans jamais donner l’impression de juxtaposer les genres. Tout semble naturel. Et sur scène, cette alchimie prend encore une autre dimension.
« Born To Survive » puis « Dance » font rapidement grimper le rythme. Le public répond présent, tandis que les musiciens affichent cette précision qui caractérise depuis longtemps le groupe. Myrath sait être technique sans devenir démonstratif : ici, la virtuosité reste au service des chansons.
Retour au nouvel album avec « Until The End », morceau enregistré avec Elize Ryd d’Amaranthe dans sa version studio, avant « Into The Light », extrait de Karma. Deux facettes d’un Myrath qui n’hésite plus à élargir son spectre musical, quitte à délaisser par moments le progressif pur de ses débuts pour des refrains beaucoup plus immédiats.
La première véritable grosse séquence consacrée à Wilderness Of Mirrors arrive alors avec « The Clown » et « Through The Seasons ». Le nouvel album occupe logiquement une place importante dans ce concert : pas moins de huit de ses dix compositions figurent dans la setlist photographiée ce soir-là. Une orientation qui confirme que Myrath ne considère pas ce disque comme un simple nouveau chapitre mais comme le cœur de son identité actuelle.
Du nouveau… sans oublier les classiques
Impossible cependant de raconter l’histoire du groupe sans revenir à « Tales Of The Sands ». Le morceau-titre de l’album de 2011 rappelle combien Myrath avait alors trouvé cette recette particulière mêlant metal progressif et identité musicale nord-africaine. « Still The Dawn Will Come » ramène ensuite le public en 2026, avec un Zaher particulièrement sollicité vocalement.
« Breathing Near The Roar » poursuit cette plongée dans Wilderness Of Mirrors. Mélodique et immédiatement accrocheur, le morceau illustre parfaitement l’évolution actuelle du groupe vers une musique plus directe, tout en conservant les arrangements qui permettent d’identifier Myrath en quelques secondes.
Le très mélodique « Endure The Silence », issu de Legacy, replonge ensuite la salle quelques années en arrière, avant que « Merciless Times » ne vienne rappeler les heures de Tales Of The Sands. La setlist voyage ainsi intelligemment entre différentes périodes, sans casser la dynamique du concert.
Avec « No Holding Back », la machine repart de plus belle. La guitare de Malek ben Arbia reprend du mordant et le Noumatrouff n’a désormais plus vraiment besoin d’être chauffé. La communion entre Zaher et les premiers rangs est évidente.
Le soleil se lève sur le Noumatrouff
« Soul Of My Soul » apporte encore une dernière touche du nouvel album avant l’un des moments les plus marquants de cette fin de concert : « Les Enfants Du Soleil ». Son titre français et ses couleurs orientales donnent au morceau une saveur particulière. Sur disque, il constitue déjà l’un des titres les plus singuliers de Wilderness Of Mirrors ; sur scène, il prend naturellement une dimension plus fédératrice encore.
Et il reste évidemment une cartouche.
Quelques secondes suffisent pour reconnaître « Believer ». Le morceau emblématique de Legacy joue parfaitement son rôle de conclusion. Le public donne ce qui lui reste de voix tandis que Myrath lâche ses dernières forces dans la bataille. Pas besoin d’en rajouter : le groupe tient là l’un de ces morceaux capables de résumer à eux seuls son ADN.
Seize titres plus tard, le constat est simple : Myrath possède désormais une identité immédiatement reconnaissable dans le paysage metal international.
Le groupe peut naviguer entre metal progressif, mélodies orientales, hard rock et refrains plus accessibles sans perdre ce qui constitue sa personnalité.
Et surtout, Myrath reste un groupe qui prend toute son ampleur sur scène. Zaher Zorgati en est évidemment le point focal, mais la force de la formation tient aussi dans cette capacité collective à faire respirer des compositions pourtant riches en arrangements.
À Mulhouse, les mirages annoncés par Wilderness Of Mirrors ont donc pris une forme particulièrement concrète. l’aventure continue à travers l’EUROPE…