Il y a des festivals dont le décor participe presque autant à l’expérience que l’affiche. Rock The Lakes appartient désormais à cette catégorie. À Cudrefin, dans le canton de Vaud, le metal a trouvé depuis 2022 un terrain de jeu pour le moins singulier : un site open air installé dans un environnement champêtre, à proximité immédiate du lac de Neuchâtel, avec cette sensation assez improbable de venir chercher du death, du thrash ou du metalcore dans un paysage qui inviterait plutôt à la baignade.
Cinq éditions seulement auront suffi pour faire grandir le rendez-vous. Après avoir accueilli plus de 16 000 festivaliers en 2025, Rock The Lakes passe encore un cap cette année avec plus d’une trentaine de formations, trois jours de musique, une imposante double scène et surtout trois têtes d’affiche bénéficiant chacune d’un « Full Show » : In Flames vendredi, Arch Enemy samedi et Powerwolf dimanche.
Une montée en puissance qui n’a pourtant pas complètement gommé ce qui fait le charme du festival : des dimensions encore humaines, un site facilement praticable et cette proximité entre artistes et public qui tranche avec le gigantisme de certaines grandes messes européennes.
Pour ce vendredi 14 août, le thermomètre a lui aussi décidé de participer à la fête. Plus de 35 °C sous un soleil qui transforme progressivement le site en étuve. Il faudra donc gérer l’eau, rechercher les quelques coins d’ombre et économiser ses forces. Du moins en théorie.
Une météo qui impose rapidement son propre tempo à cette première journée. Entre deux concerts, l’ombre devient presque aussi recherchée qu’une place au premier rang et les déplacements depuis un parking situé plus loin que lors de l’édition précédente sollicitent un peu plus encore les organismes. Une fois dans l’enceinte, la configuration relativement compacte du site permet heureusement de limiter les longues marches et de conserver cette facilité de circulation qui fait partie des atouts de Rock The Lakes.
Car avec A Small District, Expellow, Allt, Kittie, Fu Manchu, Overkill, Bleed From Within, Breakdown Of Sanity, In Flames et Soulfly, Rock The Lakes n’a manifestement pas prévu de laisser beaucoup de temps à son public pour récupérer.
- A SMALL DISTRICT — Les Suisses ouvrent officiellement le bal _ 14 h 00.
La première décharge du vendredi revient finalement à A Small District. L’horaire est désormais confirmé : la formation suisse est bien le premier des dix groupes programmés pour cette journée, avant Expellow à 14 h 50.
A Small District reste nettement moins documenté que les grosses cylindrées internationales qui vont lui succéder. Le groupe développe un rock moderne aux contours alternatifs, avec notamment des titres comme I Freed Myself, The Big Rescue Plan, Closer ou Guilty.
Sa présence est intéressante dans la philosophie générale du festival : au milieu d’une affiche capable d’attirer In Flames, Soulfly ou Overkill, Rock The Lakes conserve des espaces permettant à des artistes locaux de profiter de cette exposition internationale.
EXPELLOW —La relève suisse lance les hostilités _ 14 h 50.
Il faut une certaine dose de courage pour attaquer un festival metal sous un soleil pareil. Expellow accepte la mission.
Les Suisses appartiennent à cette génération de formations qui fait voler les frontières entre modern metal, metalcore et hardcore, alternant chant clair, screams, passages mélodiques et breakdowns destinés à tester immédiatement la résistance des cervicales.
Le groupe arrive surtout à Rock The Lakes avec une jolie carte de visite : son parcours l’a récemment conduit jusqu’au Wacken Open Air 2026. Pas exactement le plus mauvais endroit pour se faire les dents avant de retrouver le public helvétique
Expellow a joué dix morceaux : Heartline – Phoenixes – Void – Breaching For The Sun – Ten Of Swords – Gallows – Mayfly Lives – Hometown – Fuck Shit Up – Game Insane.
Une liste qui permet de mieux mesurer la manière dont les Suisses ont construit leurs quarante minutes : une entrée en matière avec Heartline et Phoenixes, plusieurs titres qui figurent déjà parmi les valeurs sûres de leur répertoire comme Void, Ten Of Swords ou Gallows, avant une dernière partie emmenée notamment par Hometown, Fuck Shit Up et Game Insane.
Une chose est sûre : Rock The Lakes commence cette cinquième édition en faisant confiance à la scène suisse.
- ALLT — Göteborg regarde vers le futur _ À 15 h 40.
La Suède effectue sa première apparition du week-end.
Mais avec Allt, pas question de ressortir simplement les vieilles recettes du death mélodique scandinave. La formation représente au contraire une génération qui a parfaitement digéré Meshuggah, le metalcore progressif et le djent pour construire quelque chose de beaucoup plus atmosphérique.
Autour du chanteur Robin Malmgren et du guitariste Olle Nordström, Allt développe un univers où les énormes guitares accordées très bas rencontrent des passages presque cinématographiques.
Son premier véritable album, From The New World, paru en 2024, a considérablement accéléré son ascension. Le groupe enchaîne depuis les scènes européennes et Rock The Lakes s’inscrit dans un été 2026 particulièrement chargé en festivals.
Le contraste avec Expellow est intéressant : même génération, même attirance pour les sonorités contemporaines, mais une approche plus progressive, presque architecturale chez les Suédois.
- KITTIE — Elles étaient là avant que le nu metal redevienne cool _ 16 h 30.
Pour les plus anciens, le nom Kittie réveille immédiatement quelques souvenirs.
Formé au Canada à la fin des années 90, le groupe explose alors que Korn, Slipknot, Limp Bizkit et toute la vague nu metal bouleversent la planète rock. Mais réduire Kittie à cette seule étiquette serait passer à côté d’une bonne partie de son identité : derrière les riffs immédiatement accessibles se cachent également groove metal, metal alternatif et influences extrêmes.
Deux femmes incarnent toujours l’histoire du groupe : les sœurs Morgan Lander, chant et guitare, et Mercedes Lander, batterie.
Après une longue période de silence discographique, Kittie a effectué un retour que peu auraient osé pronostiquer. Fire, publié en 2024, constitue son premier album depuis I’ve Failed You en 2011 : treize ans entre deux disques.
Et le timing est finalement idéal. Alors qu’une nouvelle génération redécouvre le nu metal, Kittie revient rappeler qu’elle n’a pas simplement assisté à cette histoire : elle en faisait partie.
À Cudrefin, les Canadiennes héritent d’un horaire difficile. Le soleil est toujours écrasant et une partie du public cherche naturellement l’ombre.
Dans ces conditions, le parterre demeure encore relativement aéré devant la scène. Mais Morgan Lander et ses partenaires ne lèvent pas le pied pour autant. À la torpeur de l’après-midi, Kittie oppose un set nerveux et particulièrement musclé qui permet surtout de constater combien sa musique a bien traversé les années. Ce qui était autrefois spontanément rangé dans la case nu metal trouve aujourd’hui des passerelles évidentes avec quantité de formations modernes beaucoup plus lourdes.
Le retour de Kittie ne tient donc plus de la simple opération nostalgique.
- FU MANCHU — La Californie pose ses amplis au bord du lac _ 17 h 25.
Changement complet de climat musical.
Le soleil est toujours suisse mais, pendant quarante-cinq minutes, le paysage sonore prend la direction de la Californie.
Fu Manchu n’a jamais eu besoin de courir derrière les modes. Depuis plus de trente ans, Scott Hill et ses compagnons cultivent ce mélange de stoner rock, heavy rock, fuzz et psychédélisme qui sent autant le bitume brûlant que les vieux amplis poussés beaucoup trop fort.
Autour de Hill, le line-up devenu particulièrement stable réunit Bob Balch à la guitare, Brad Davis à la basse et Scott Reeder à la batterie.
Le dernier album, The Return Of Tomorrow, paru en 2024, a encore démontré que les Californiens n’avaient nullement l’intention de devenir leur propre tribute band.
Dans la set-list interprétées nous retrouvons :
Eatin’ Dust – Evil Eye – Clone Of The Universe – Hell On Wheels – Hands Of The Zodiac – Godzilla – King Of The Road – Saturn III. Huit morceaux, pas de gras inutile.
Au milieu apparaît Godzilla, reprise du classique de Blue Öyster Cult, parfaitement adaptée au traitement Fu Manchu : du riff, encore du riff et suffisamment de fuzz pour repeindre la rive opposée du lac.
Surtout, Fu Manchu apporte une vraie rupture dans le déroulement du vendredi. Pendant trois quarts d’heure, les architectures metalcore et les breakdowns cèdent la place aux guitares saturées de fuzz, aux riffs qui roulent et à cette décontraction typiquement californienne dont Scott Hill maîtrise la recette depuis des décennies. Ce changement de registre ne calme pourtant pas vraiment le public : certains dansent, d’autres préfèrent le mosh et le quatuor réussit à remettre du mouvement dans des jambes que la chaleur aurait plutôt invitées au repos.
Après plusieurs formations très contemporaines, Rock The Lakes s’offre ainsi une respiration. Pas vraiment plus légère, simplement plus groovy.
- OVERKILL — Les vieux briscards n’ont toujours pas appris à ralentir _ 18 h 20.
Changement de génération. Et même sérieusement.
Lorsque Overkill commence son histoire dans le New Jersey au début des années 80, une bonne partie des musiciens programmés plus tôt dans l’après-midi ne sont même pas nés.
Plus de quatre décennies plus tard, le groupe est toujours là.
Souvent placé avec Testament, Exodus et Death Angel juste derrière le fameux Big Four, Overkill représente cette deuxième armée du thrash metal américain, celle qui n’a peut-être jamais rempli des stades mais n’a pratiquement jamais baissé pavillon.
Au centre se trouve l’inusable Bobby « Blitz » Ellsworth, silhouette et voix immédiatement reconnaissables. Avec le bassiste et membre fondateur D.D. Verni, il constitue depuis toujours la colonne vertébrale du groupe.
Particularité de Cudrefin : Christian Olde Wolbers, ancien Fear Factory, tient la basse en remplacement de Verni.
Le dernier album studio d’Overkill, Scorched, date de 2023. Quarante ans après ses premiers méfaits, le groupe ne cherche toujours pas à devenir raisonnable.
La setlist du Rock The Lakes traverse allègrement les décennies avec : Scorched – Rotten To The Core – Bring Me The Night – Hello From The Gutter – Deny The Cross – Electric Rattlesnake – The Surgeon – Ironbound – Elimination – Fuck You.
Entendre Rotten To The Core, issu du deuxième album Taking Over, côtoyer Scorched résume assez bien l’affaire : passé et présent ne sont pas séparés par une barrière.
Et l’effet Overkill demeure redoutablement efficace. Blitz harangue la foule, les guitares galopent et Cudrefin répond avec quelques-uns des premiers véritables signes d’agitation collective de la journée : les nuques travaillent sérieusement, les bras se lèvent et quelques festivaliers commencent même à voyager au-dessus de la fosse.
Le concert s’offre aussi un instant plus personnel lorsque le groupe adresse quelques mots à Stéphane, promoteur lié à Overkill depuis près de quatre décennies. Une relation suffisamment rare par sa longévité pour que les Américains prennent le temps de la mettre en lumière devant le public suisse.
Même lorsqu’un petit souci de pédale vient brièvement perturber une transition entre son clair et saturation, personne ne perd le fil. L’incident est presque anecdotique : la machine absorbe le grain de sable et poursuit sa route.
Et lorsque retentit l’inévitable Fuck You, reprise des Subhumans devenue depuis longtemps un hymne d’Overkill, difficile de trouver meilleure manière de conclure.
- BLEED FROM WITHIN — Le festival change de braquet _ 19 h 30.
Depuis plusieurs années, on se demande jusqu’où Bleed From Within peut monter.
La réponse semble être : encore plus haut.
Formés à Glasgow, les Écossais ont progressivement transformé leur metalcore originel en une machine beaucoup plus large, nourrie de death mélodique, groove metal et envolées épiques.
Le chanteur Scott Kennedy en constitue la figure la plus immédiatement identifiable, épaulé notamment par les guitaristes Craig Gowans et Steven Jones, le bassiste Davie Provan et le batteur Ali Richardson.
Avec Zenith, sorti en 2025, Bleed From Within a encore changé de dimension. Et son agenda 2026 le confirme : Wacken, Brutal Assault, Alcatraz, Bloodstock, dates en tête d’affiche, Rock The Lakes puis Dynamo et le V&B Fest quelques jours plus tard. Le groupe ne visite plus les grands festivals : il commence à s’y installer durablement.
Et sur scène, cette ambition s’entend.
Quelques mesures suffisent pour mesurer la différence. Le groupe bénéficie d’un son particulièrement dense pour un concert open air, mais cette masse ne se fait pas au détriment de la précision. Les guitares conservent leur relief, Ali Richardson propulse l’ensemble avec une puissance redoutable et chaque rupture prend une ampleur presque physique. La réaction devant la scène ne tarde pas : la fosse commence sérieusement à s’animer et le concert prend rapidement des allures de démonstration de force.
Scott Kennedy possède désormais suffisamment d’assurance pour contrôler une fosse entière.
La setlist est particulièrement solide : Zenith – The End Of All We Know – Sovereign – Levitate – A Hope In Hell – Violent Nature – Pathfinder – Dying Sun – God Complex – I Am Damnation – In Place Of Your Halo.
Le choix de Zenith pour lancer la charge donne immédiatement le ton. The End Of All We Know ramène ensuite à Fracture, tandis que Shrine est représenté notamment par Sovereign, Levitate et I Am Damnation.
Kennedy profite également d’une respiration entre deux titres pour rappeler une réalité qui dépasse largement le cadre de Cudrefin : une scène ne peut vivre durablement que si son public continue à se déplacer. Derrière les albums, les tournées et les grands festivals se cache une économie devenue de plus en plus fragile, et venir aux concerts reste l’une des formes de soutien les plus directes aux artistes.
Et lorsque In Place Of Your Halo arrive en fin de parcours, le constat devient difficile à contester : Bleed From Within n’est plus vraiment un espoir du metal britannique.
C’est désormais l’un de ses poids lourds.
- BREAKDOWN OF SANITY — À domicile ou presque _ 20 h 45.
Après Glasgow, retour en Suisse.
Et Breakdown Of Sanity possède forcément ici un statut particulier. Formé à Berne en 2007, le groupe est devenu au fil des années l’un des représentants les plus solides du metalcore helvétique, avec cette façon de mélanger mélodies, deathcore et breakdowns capables de provoquer quelques mouvements de terrain dans une fosse.
Son histoire n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille.
Après avoir annoncé l’arrêt de ses activités live en 2017, Breakdown Of Sanity a progressivement repris vie à partir de 2020. Aujourd’hui, une nouvelle période s’est ouverte avec Kivi Brändle au chant.
Le dernier véritable LP reste Coexistence, paru en 2016, mais le groupe a depuis préféré avancer par singles. Le plus récent, Torn Pages, sorti en 2026, témoigne de cette volonté de poursuivre l’aventure sans nécessairement retomber dans le cycle traditionnel album-tournée-album.
Rock The Lakes constitue d’ailleurs l’une des rares apparitions 2026 actuellement annoncées du groupe.
Et le festival lui accorde 75 minutes.
Pour un groupe suisse placé juste avant In Flames, le symbole est assez fort.
À cette heure, les organismes pourraient pourtant commencer à présenter la facture des nombreuses heures passées sous le soleil. Breakdown Of Sanity obtient l’effet inverse. Le metalcore des Bernois remet immédiatement la fosse sous tension : riffs épais, ruptures brutales et breakdowns largement calibrés pour le live font leur œuvre, tandis que la proximité géographique entre le groupe et son public ajoute une saveur particulière au rendez-vous.
Le placement dans le running order apparaît alors particulièrement cohérent. Bleed From Within avait fait grimper l’intensité ; Breakdown Of Sanity se charge de la maintenir à un niveau élevé avant de passer le relais à In Flames.
- IN FLAMES — Un Full Show… dont il manque encore quelques pièces _ 22 h 20.
Cette fois, le statut change.
Les écrans, les lumières, l’occupation de la scène : In Flames est la tête d’affiche du vendredi, et Rock The Lakes lui a réservé 90 minutes pour un concert annoncé comme un FULL SHOW.
Un rendez-vous qui possède d’ailleurs une petite histoire. Douze mois plus tôt, lors de l’édition 2025, le festival avait déjà choisi d’annoncer directement au public la venue des Suédois l’année suivante, juste avant le passage de While She Sleeps. Le nom d’In Flames était donc associé depuis longtemps à cette soirée du vendredi, avec la promesse affichée de lui offrir l’espace nécessaire pour déployer une véritable production de tête d’affiche.
La présence des Suédois prend presque une dimension historique lorsqu’on regarde les groupes passés plus tôt dans la journée. Une partie considérable du metalcore et du death mélodique contemporain n’existerait probablement pas sous cette forme sans l’influence exercée par In Flames depuis les années 90.
Avec At The Gates et Dark Tranquillity, le groupe a participé à l’émergence du fameux son de Göteborg, cette combinaison de death metal et de mélodies de guitares qui allait essaimer partout dans le monde.
Aujourd’hui, les deux figures centrales sont Anders Fridén, au chant, et Björn Gelotte, à la guitare.
Le dernier album studio demeure Foregone, publié en 2023, un disque intéressant parce qu’il réintroduisait une agressivité plus proche des racines melodic death du groupe sans effacer vingt années d’évolution vers un metal plus moderne.
Et en cet été 2026, In Flames est en pleine campagne européenne : Wacken, Vagos, Summer Breeze, Liège, Rock The Lakes, Reload Festival dès le lendemain, Dynamo le surlendemain, puis Scandinavie et retour à Göteborg.
Une cadence impressionnante.
À Cudrefin, la production est à la hauteur d’une tête d’affiche.
Dès l’entrée en scène, l’impression de changement d’échelle est sensible. Les lumières, la scénographie et l’occupation de l’espace donnent enfin à In Flames les dimensions correspondant à son statut. Le groupe n’a d’ailleurs plus réellement besoin de démonstration excessive : des décennies de métier lui permettent de laisser la musique et la production installer naturellement l’autorité du show.
Tout n’est pourtant pas irréprochable sur le plan sonore. Certaines fréquences graves prennent parfois beaucoup d’espace dans le mix et viennent atténuer une partie du relief des guitares. Anders Fridén traverse également quelques passages vocalement plus difficiles. Il faut dire que le rythme de cette tournée estivale tient presque de la course d’endurance, les festivals s’enchaînant parfois d’un jour à l’autre.
Mais le chanteur compense ces fragilités par une attitude qui ne donne jamais l’impression d’assister à une date expédiée au milieu d’un marathon européen. Fridén paraît au contraire profiter réellement du rendez-vous et prend le temps de s’adresser aux festivaliers, saluant notamment leur endurance après autant d’heures passées sous cette chaleur écrasante.
Une set-list qui ne manque pas l’essentiel : Colony – Cloud Connected – Voices – Foregone Pt. 2 – Meet Your Maker – In The Dark – State Of Slow Decay – Artifacts Of The Black Rain – I Am Above.
Une réserve qui ne change toutefois rien à l’essentiel : ce vendredi soir, In Flames est venu à Cudrefin en patron, pas pour effectuer un simple passage de festival.
- SOULFLY — Minuit, l’heure du Chama – (Lire également l’interview exclusive de Max C. dans notre rubrique)
On pourrait croire qu’après In Flames, la première journée va gentiment s’éteindre. Erreur!
À minuit, un certain Max Cavalera monte sur scène.
Difficile d’évoquer Soulfly sans revenir à l’homme qui en est l’âme. Avec Sepultura, puis Nailbomb, Soulfly, Killer Be Killed ou encore Cavalera Conspiracy, Max a passé plus de quarante ans à déplacer les frontières du metal extrême.
Fondé en 1997 après son départ de Sepultura, Soulfly lui permet de mélanger groove metal, thrash, hardcore, death et rythmiques tribales, tout en continuant à intégrer les racines brésiliennes qui avaient déjà bouleversé le metal mondial avec Roots.
La formation actuelle possède en outre des airs de réunion familiale : Max Cavalera au chant et à la guitare, ses fils Zyon Cavalera à la batterie et Igor Amadeus Cavalera à la basse, complétés par Mike De Leon à la guitare.
Soulfly défend aujourd’hui Chama, treizième album du groupe, et cette tournée européenne 2026 est explicitement construite autour de ce disque et du retour aux dimensions tribales de son univers.
Le calendrier est d’ailleurs délirant : Reload Festival le 13 août, Rock The Lakes le 14, Summer Breeze le 15, Dynamo le 16, Copenhague le 17, Stavanger le 18… Max Cavalera n’a visiblement toujours pas découvert le concept de vacances.
Et à minuit, la setlist de Cudrefin ne ressemble certainement pas à celle d’un groupe venu économiser son énergie :
Back To The Primitive – Seek ’N’ Strike – No Hope = No Fear – Prophecy – Favela/Dystopia – No Pain = No Power – Berimbau/Tribe – Storm The Gates – Execution Style – Fire – Bring It – Downstroy – Chama – Bumba – Drum Section – Bleed – Jumpdafuckup – Eye For An Eye.
Le début du concert est presque une déclaration d’intention avec Back To The Primitive et Seek ’N’ Strike.
Puis les différentes périodes se télescopent. Les percussions et racines brésiliennes reviennent avec Berimbau/Tribe, tandis que Chama rappelle que Soulfly ne compte absolument pas vivre uniquement de son passé.
Et la dernière ligne droite est difficile à contester :
Bleed. Jumpdafuckup. Eye For An Eye. Trois uppercuts pour achever une journée qui avait commencé plus de dix heures auparavant sous le soleil.
Il est désormais une heure du matin.
Cette fois, Cudrefin peut dormir.
Enfin… quelques heures.
Une première journée qui résume l’ADN du festival .
C’est peut-être là que Rock The Lakes réussit son meilleur coup.
Plutôt que d’empiler des groupes interchangeables, cette première journée aura fait voyager le public à travers près de quarante années d’histoire des musiques lourdes.
Des premières notes d’A Small District à 14 h 00 jusqu’aux dernières déflagrations de Soulfly au cœur de la nuit, le modern metal d’Expellow et Allt, le retour de Kittie, le fuzz de Fu Manchu, le thrash indestructible d’Overkill, l’ascension spectaculaire de Bleed From Within, le metalcore suisse de Breakdown Of Sanity, le death mélodique devenu mondial d’In Flames puis la puissance tribale de Soulfly auront dessiné une affiche particulièrement éclectique.
Des générations différentes, des nationalités différentes et parfois des conceptions radicalement opposées du metal.
La chaleur aura pourtant constitué leur adversaire commun. Encore raisonnablement dispersé durant les premières heures, le public va peu à peu retrouver de l’énergie à mesure que le soleil décline : Fu Manchu remet les jambes en mouvement, Overkill fait apparaître les premiers crowdsurfers, Bleed From Within et Breakdown Of Sanity donnent davantage de volume à la fosse avant que la foule ne se resserre autour d’In Flames.
La journée suit ainsi une étrange logique inversée : tandis que la température extérieure finit enfin par baisser, celle du festival ne cesse de grimper.
Mais un même décor : Cudrefin, le lac, la chaleur et deux scènes qui n’auront pratiquement jamais cessé de gronder.
En cinq éditions, Rock The Lakes est passé du statut de jeune festival suisse à celui de rendez-vous capable d’aligner plusieurs têtes d’affiche internationales sans perdre cette dimension humaine qui constitue encore une bonne partie de son charme.
Et c’est sans doute aujourd’hui l’un de ses meilleurs arguments. L’affiche commence à rivaliser avec celles de festivals autrement plus anciens, tandis que le rendez-vous suisse conserve encore une échelle qui permet de profiter des concerts sans transformer chaque déplacement en expédition.
On vient naturellement pour In Flames, Soulfly, Overkill ou Bleed From Within ; on repart aussi avec l’image du lac en arrière-plan, de cette fournaise vaudoise et d’un événement qui grandit sans avoir encore cédé aux travers du gigantisme.
Et lorsque Soulfly quitte finalement la scène au cœur de la nuit, une évidence s’impose :
ce vendredi n’était que l’échauffement!..