GRETA VAN FLEET – Palace for the People

Rédacteur

Alexandre Coesnon

Catégorie d'article

Nom de l'album

Palace for the People

Date de sortie

9 octobre 2026

Label (si présent)

Lava / Republic Records

Setlist de l'album

1. Into the Beginning
2. Tear It Down
3. Heart and the Beat
4. Boughten Bliss
5. Field of Stars
6. Play Your Games
7. Dreams You Hold
8. Lost in the Golden
9. Touch Again
10. Saw You Stand
11. Heya
12. Call My Own
13. Born into This

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Depuis ses débuts, Greta Van Fleet avance avec un drôle de fardeau sur les épaules : celui d’avoir été comparé à Led Zeppelin avant même d’avoir réellement eu le temps de définir sa propre identité. Avec Palace for the People, le groupe semble justement décidé à laisser cette vieille discussion derrière lui.

Inside Greta Van Fleet's Palace of Fashion, Fandom, and Faith in Rock 'n RollTrois ans après Starcatcher, les frères Kiszka et Danny Wagner ne bouleversent pas totalement leur ADN. Les guitares restent généreuses, la batterie ample, Josh Kiszka continue d’occuper l’espace comme s’il chantait devant 50 000 personnes même lorsqu’on écoute l’album au casque, et cette fascination pour le rock des grandes années n’a évidemment pas disparu.

Mais cette fois, le décor s’agrandit.

Greta Van Fleet va chercher beaucoup plus loin que son terrain habituel et laisse entrer dans sa musique des sonorités folk, orientales ou presque psychédéliques, des orchestrations plus importantes et des arrangements parfois inattendus. Tout cela aurait facilement pu tourner à la démonstration. Mais non. Ces nouvelles couleurs servent les chansons plutôt qu’elles ne viennent simplement les décorer.

Derrière cette évolution musicale se cache aussi une idée assez simple : celle du rassemblement. Palace for the People porte bien son nom. Greta Van Fleet imagine ici le rock comme un espace commun, presque comme une grande salle dont les portes resteraient ouvertes à tout le monde. Un concept un peu idéaliste, certes, mais parfaitement cohérent avec ce groupe qui n’a jamais été connu pour faire les choses à moitié.

“Tear It Down” rappelle immédiatement que Greta Van Fleet sait encore cogner. Le riff est épais, la section rythmique avance avec une belle agressivité et Jake Kiszka joue avec cette sensation de danger qui manque parfois aux productions rock trop propres.

Même énergie sur “Heart and the Beat”, où le groupe retrouve ce mélange de puissance et de théâtralité qui lui va particulièrement bien.

Mais les moments les plus intéressants de l’album sont peut-être justement ceux où Greta Van Fleet s’éloigne de cette recette.

“Lost in the Golden” offre par exemple un terrain plus aventureux, avec des couleurs inhabituelles et une construction moins prévisible. “Boughten Bliss” choisit au contraire la retenue, autour d’une instrumentation acoustique et d’arrangements beaucoup plus délicats.

Et lorsque Josh Kiszka cesse de vouloir systématiquement atteindre le plafond avec sa voix, quelque chose d’autre apparaît. “Saw You Stand” montre ainsi un chanteur plus nuancé, capable d’apporter de l’émotion sans forcément transformer chaque refrain en numéro de haute voltige.

Le morceau final, “Born into This”, résume parfaitement l’ambition du disque. Plus de six minutes durant lesquelles Greta Van Fleet empile les atmosphères, fait monter progressivement la tension et assume pleinement son goût pour le spectaculaire. On se rapproche parfois davantage d’une petite fresque rock que d’une chanson traditionnelle.

Greta Van Fleet préfère aujourd’hui pécher par excès d’ambition plutôt que de reproduire éternellement le disque qui l’a fait connaître. Et c’est surtout là que Palace for the People devient intéressant. Les références aux années 70 sont toujours présentes, évidemment. Elles font désormais partie du vocabulaire du groupe et prétendre le contraire serait absurde. Mais elles ressemblent de moins en moins à une destination et davantage à un simple point de départ.

Greta Van Fleet commence à construire son propre monde. Un monde parfois excessif, souvent grandiloquent, occasionnellement imparfait, mais suffisamment personnel pour que la sempiternelle question « à qui cela ressemble ? » commence enfin à perdre de son intérêt.

Avec Palace for the People, Greta Van Fleet ne renie donc pas son passé. Il commence simplement à ne plus en avoir besoin pour exister.
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