– L’instinct retrouvé –
Quatre décennies après leurs débuts, THE BLACK CROWES continuent d’avancer sans nostalgie stérile, préférant raviver la flamme plutôt que recycler leurs cendres.
Avec A Pound of Feathers, dixième album publié le 13 mars 2026, les frères Chris Robinson et Rich Robinson confirment l’élan retrouvé amorcé avec Happiness Bastards et s’inscrivent dans une dynamique créative renouvelée.
Conçu à Nashville sous la direction de Jay Joyce, l’album a été enregistré en un temps record, dans une approche directe et instinctive qui privilégie l’énergie du moment à toute forme de surproduction. Cette méthode donne naissance à un disque vivant, nerveux, où chaque titre semble capturé à chaud.
Dès les premières secondes, “Profane Prophecy” impose une identité sonore affirmée : un mélange de groove rugueux, de guitares incisives et d’une désinvolture assumée.
Le groupe enchaîne avec une série de morceaux électriques, à l’image de “Cruel Streak” ou “Do The Parasite!”, où l’on retrouve cette capacité intacte à produire un rock tendu, organique et immédiat.
Cette intensité n’empêche pas le duo d’explorer des territoires plus nuancés. “Pharmacy Chronicles” introduit ainsi une respiration plus introspective, portée par des sonorités acoustiques et une teinte légèrement country, tandis que “Eros Blues” et “High And Lonesome” plongent dans des atmosphères plus feutrées, entre soul et mélancolie.
L’album joue en permanence sur les contrastes. “Queen of the B-Sides” évoque un héritage rock classique fortement imprégné de l’esprit des The Rolling Stones, alors que “It’s Like That” injecte une dimension presque festive grâce à ses chœurs gospel et son énergie communicative.
“You Call This A Good Time” prolonge cette veine avec une approche plus directe et teintée d’ironie. À l’opposé, “Blood Red Regrets” s’aventure dans un registre plus grave, enrichi d’arrangements plus amples qui renforcent sa dimension dramatique.
En guise de conclusion, “Doomsday Doggerel” installe une atmosphère plus sombre et tendue, évoquant une forme de lucidité face au monde actuel, comme un rideau qui tombe après l’euphorie.
Musicalement, le groupe reste fidèle à ses racines tout en élargissant son terrain de jeu. On y retrouve ce mélange caractéristique de blues, de rock sudiste et de soul, avec des clins d’œil évidents à Led Zeppelin, mais aussi une volonté d’expérimenter davantage sur les textures et les dynamiques.
Cette évolution s’inscrit dans une démarche consciente : renouer avec l’essence du groupe tout en poussant plus loin ses possibilités.
Les compositions, entièrement signées par les deux frères, témoignent d’une complicité retrouvée et d’un plaisir évident à créer ensemble, nourri par une spontanéité revendiquée.
Loin d’un simple retour, A Pound of Feathers s’impose comme une étape de transformation. L’album navigue entre fougue brute et sensibilité plus introspective, entre efficacité rock et explorations plus subtiles. S’il ne cherche pas à bouleverser les codes du genre, il démontre en revanche qu’un groupe installé peut encore évoluer sans perdre son identité.
Moins frontal au premier abord que son prédécesseur, il dévoile progressivement sa richesse, laissant apparaître une palette émotionnelle plus large qu’il n’y paraît.
Au final, les Black Crowes livrent un disque sincère et habité, qui s’inscrit dans la continuité de leur parcours tout en affirmant une liberté retrouvée.
Entre héritage assumé et envie d’aller voir ailleurs, ils prouvent qu’ils n’ont rien d’un groupe figé dans le passé.
A Pound of Feathers n’est pas une révolution, mais une œuvre solide et inspirée, qui rappelle avec force que le rock, quand il est joué avec conviction, n’a pas besoin d’artifice pour rester essentiel.


