HARRY STYLES – Kiss all the Time. Disco, Occasionally

Rédacteur

Thierry Forgiarini

Catégorie d'article

Nom de l'album

Kiss all the Time. Disco Occasionally

Date de sortie

06 mars 2026

Label (si présent)

Erskine & Columbia records

Setlist de l'album

Aperture
American Girls
Ready Steady Go
Are You Listening Yet
Taste Back
The Waiting Game
Season 2 Weight Loss
Coming Up Roses
Pop
Dance No More
Paint By Numbers
Carla’s Song

Suivez-nous

Dernières chroniques

– Une progression maîtrisée jusqu’à la douceur finale –

Après quatre ans de silence — une éternité à l’échelle de sa carrière solo — Harry Styles signe un retour qui ne cherche jamais la facilité. Plutôt que de capitaliser sur la formule pop-rock qui l’a propulsé au sommet, l’artiste brouille les pistes avec Kiss All The Time, Disco, Occasionally, un disque insaisissable, parfois frustrant, mais souvent captivant.

Dès les premières notes, l’illusion d’un virage électro pur s’installe, vite déjouée par une œuvre bien plus nuancée. Les textures synthétiques agissent comme un fil conducteur discret, liant entre eux des morceaux aux identités contrastées.

Entre ballades contemplatives, respirations acoustiques et incursions orchestrales, Styles refuse toute cohérence évidente pour privilégier une forme de patchwork sonore maîtrisé. Certains titres, plus dépouillés, rappellent ses travaux passés, tandis que d’autres s’aventurent vers des terrains plus expérimentaux.

 

Mais là où l’album surprend le plus, c’est dans son refus quasi systématique de l’explosion attendue. Plusieurs morceaux installent une tension palpable, esquissent une montée en puissance… avant de se retenir au dernier moment. Ce choix délibéré, presque frustrant à la première écoute, installe une dynamique étrange, faite de retenue et de répétition hypnotique.

 

Le résultat : une sensation de flottement permanent, comme un décollage suspendu.

 

Ce parti pris artistique marque une rupture nette. Ici, pas de refrains fédérateurs taillés pour les stades, ni de démonstration vocale appuyée. La voix, habituellement centrale, se fond davantage dans la production, au service d’une ambiance globale plutôt que d’une performance. Un virage audacieux qui pourra désarçonner ceux qui attendaient une suite directe à ses succès passés.

 

Sur le fond, l’album explore une palette émotionnelle plus intime. Entre doutes personnels, élans amoureux et fragments de sensualité, Styles dévoile une facette plus vulnérable, sans jamais tomber dans le pathos.

Cette introspection se mêle à des moments plus lumineux, créant un équilibre subtil entre gravité et légèreté.

 

Si l’ombre de références prestigieuses comme David Bowie plane toujours dans les comparaisons, c’est ailleurs que se situe réellement ce disque : dans une pop moderne, accessible mais texturée, parfois plus proche d’une écriture contemporaine à la Ed Sheeran que d’un véritable héritage glam ou expérimental.

 

Il faut du temps pour apprivoiser cet album. Passé le cap des attentes déçues, une cohérence se révèle, presque insidieuse. La construction, fluide et resserrée, guide l’auditeur jusqu’à une conclusion apaisée, laissant une impression de douceur persistante.

 

Au final, Kiss All The Time, Disco, Occasionally n’est pas un disque immédiat. C’est une œuvre qui se mérite, qui joue avec la frustration pour mieux installer son atmosphère.

Tout le monde n’adhérera pas à cette nouvelle direction, mais une chose est sûre : Harry Styles continue d’avancer là où on ne l’attend pas, confirmant son statut d’artiste en constante mutation.

Défilement vers le haut