SLIPKNOT – « ARSENAL » (Single)

Rédacteur

Thierry Forgiarini

Catégorie d'article

Nom de l'album

ARSENAL (single)

Date de sortie

09 septembre 2026

Label (si présent)

sic(est) Records

Setlist de l'album

Single : « ARSENAL »

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LES NEUF RECHARGENT LA MACHINE

À ce stade de sa carrière, Slipknot n’a plus grand-chose à prouver. Mais peut-être encore beaucoup à défendre. Plus de vingt-cinq ans après avoir dynamité la scène metal avec neuf types masqués transformant chaque morceau en émeute organisée, le groupe de l’Iowa se retrouve aujourd’hui face à une question autrement plus délicate : jusqu’où peut-on changer Slipknot sans cesser d’être Slipknot ?

Avec Arsenal, premier inédit depuis plus de trois ans et première nouvelle cartouche dégainée sous la bannière (sic)est Records après 25 ans chez Roadrunner, la réponse arrive sans préavis : violemment.

Quelques secondes suffisent. Une voix, une tension qui monte, puis la machine démarre. Et elle ne démarre pas à moitié. Guitares épaisses, électronique agressive, scratches, ruptures, hurlements et surtout une batterie qui semble vouloir traverser les enceintes : Slipknot ne cherche clairement pas à séduire en douceur.

Corey Taylor retrouve immédiatement cette façon si particulière de passer d’un débit presque rappé à des intonations punk avant de lâcher les chevaux. Son « Let’s go! » agit comme un détonateur et, derrière lui, le groupe répond avec une brutalité qui renvoie parfois à l’urgence des premières années sans tomber dans la vulgaire opération nostalgie.

Car Arsenal n’est pas People = Shit 2.0. Et heureusement.

Le morceau possède quelque chose de plus moderne, dense et surtout volontairement désarticulé. Il avance, accélère, se fracasse contre un mur, repart ailleurs. À mi-parcours, Slipknot donne même l’impression de démonter son propre morceau avant d’en recoller les morceaux. Pas vraiment le genre de single écrit avec une calculatrice et un refrain TikTok en tête.

  • Et puis il y a Eloy Casagrande

On connaissait la bête depuis Sepultura. On découvre désormais ce qu’elle peut apporter à Slipknot. Et la différence est considérable.

Casagrande ne cherche ni à devenir Joey Jordison ni à reproduire Jay Weinberg. Sa frappe possède quelque chose de plus lourd, plus compact, presque tribal dans sa manière d’écraser les temps. Chaque coup semble peser une tonne et, pourtant, l’ensemble conserve une précision chirurgicale. Sur Arsenal, Eloy n’est déjà plus « le nouveau batteur de Slipknot » : il devient l’un des moteurs de cette nouvelle incarnation du groupe.

C’est d’autant plus important que Slipknot traverse une période de profonde recomposition.

Les départs de Craig Jones puis de Sid Wilson touchent à une partie moins spectaculaire mais essentielle de son ADN. Samples, claviers, scratches, bruitages, parasites électroniques : toutes ces bizarreries tapies derrière les guitares ont toujours empêché Slipknot de n’être qu’un énorme groupe de metal doté de percussionnistes supplémentaires. La perte de ces personnalités ne retire donc pas nécessairement de la puissance au groupe. Elle en modifie la texture.

Et c’est probablement l’élément le plus fascinant d’Arsenal. Les scratches et les éléments électroniques n’ont pas disparu. Bien au contraire. Mais ils semblent désormais appartenir davantage au langage Slipknot qu’à celui d’un musicien en particulier.

La section rythmique prend une importance énorme, Eloy Casagrande pilonne tout ce qui bouge tandis que Jim Root et Mick Thomson dressent leurs habituels murs de guitares. Clown continue, lui, d’entretenir cette dimension percussive et malsaine qui participe depuis toujours au chaos de la maison.

Corey Taylor semble parfaitement conscient de la situation. Ses paroles débordent d’assurance, parfois jusqu’à la provocation. Slipknot sait ce qu’il représente, connaît son statut et semble surtout décidé à répondre à ceux qui seraient tentés de ranger les masques au rayon patrimoine du metal.

  • Erreur de diagnostic.

Arsenal n’est certainement pas le morceau qui révolutionnera Slipknot. Il possède même suffisamment de marqueurs historiques pour rassurer les fidèles. Mais il fait quelque chose de probablement plus important : il remet le groupe en danger.

Et Slipknot a toujours été meilleur lorsqu’il donnait l’impression que quelque chose pouvait dérailler. Car derrière ce single se cache finalement une question beaucoup plus vaste. Paul Gray et Joey Jordison ont disparu. Chris Fehn, Craig Jones, Jay Weinberg puis Sid Wilson ont quitté l’aventure. Les neuf de 1999 appartiennent définitivement à l’histoire. Pourtant, lorsque Arsenal explose dans les enceintes, le doute ne dure pas longtemps.

  • Ça reste Slipknot.

Pas exactement celui de 1999. Ni celui de Iowa. Et probablement plus tout à fait celui de We Are Not Your Kind. Quelque chose est en train de bouger à l’intérieur de la machine. Et c’est peut-être précisément ce dont elle avait besoin.

Arsenal ne constitue pour l’instant qu’une première salve. Il faudra évidemment davantage qu’un morceau pour déterminer où cette nouvelle incarnation veut réellement aller. Mais une chose est certaine : Slipknot n’est pas en train de vider son arsenal.

Il vient de le recharger!!!

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