Roger Waters  & Mona Miari : Comfortably Numb Re-imagined

Rédacteur

Bruce Tringale

Catégorie d'article

Nom de l'album

Comfortably Numb Re-imagined

Date de sortie

17/06/26

Label (si présent)

Roger Waters

Roger Waters  & Mona Miari : Comfortably Numb Re-imagined

Le 17 juin dernier,  alors que cette réinterprétation de « Comfortably Numb » en duo avec la chanteuse palestinienne Mona Miari – une version courte de huit minutes complétement foirée et une version longue de huit minutes qu’il convient bien évidemment de privilégier -, était à peine sortie, que tous les spécialistes de la Youteubsphère s’emparaient de leurs petits micros en mousse à la pilosité proportionnelle  à leur taux de wipkipédie, pour hurler au sacrilège de la grande œuvre de The Wall.

Entendons-nous bien : Roger Waters, entre ses insultes envers la Gilmour Team, ses déclarations antisémites et pro-Poutine et, encore hier, une nouvelle sortie conspirationniste sur le 11 septembre,  n’est pas le mec le plus facile à défendre et encore moins, à aimer.

Maintenant soyons raisonnables : Waters a plus de 83 ans, il n’écrira plus jamais The Wall, ni ne reformera Pink Floyd ; en outre, depuis 1987, il possède les droits exclusifs de The Wall et pourrait tout enregistrer en version sirtaki si l’envie lui en prenait. En outre, ceux qui hurlent et l’accusent – non sans raison – d’instrumentaliser le répertoire du Floyd pour ses convictions politiques, devraient se rappeler que Gilmour a lui aussi reformé Pink Floyd au début de la guerre en Ukraine pour une chanson dont personne ne se rappelle.
Voilà.

Il faut l’accepter : Waters est à un stade de sa carrière où les musiciens souhaitent mettre leur notoriété au service de causes qu’ils estiment justes et, Waters n’a cessé depuis 20 ans de soutenir la cause palestinienne, qu’il avait déjà chantée en Israël lors du concert de Neve Shalom en 2006, un lieu de paix entre juifs et palestiniens.

En outre, depuis 2020, Waters aime revisiter son répertoire avec le plus grand dépouillement (ses Lockdown Sessions sont souvent bouleversantes), héritage de son disque avec Nigel Godrich, qui tranchait avec la surproduction clinquante d’Amused to Death.
Alors pourquoi pas ?
La version crépusculaire de Comfortably Numb de la tournée This Is Not a Drill avait de beaux restes et par moment, le redux de Dark Side of The Moon transformait Waters en conteur pour des moments très émouvants, où l’on voyaient un vieillard parler du temps qui passe, au crépuscule de sa vie.

Ici, il fait chanter Mona Miari, dont la voix magnifique est invitée à porter les souffrances de son peuple tandis que sur le couplet, Waters invite à la compassion et à l’empathie pour des civils massacrés par l’extrême droite de Netanyahou.  Ce n’est ni plus, ni moins que le Postwar Dream de la génération milléniale, celle que chantait Waters dans les années 80 au moment de The Final Cut.

Musicalement, c’est très pauvre : on reprend la rythmique de la version This Is Not a Drill, on allonge couplets et refrains, sans solos, percussions ou synthés.

En gros, l’héritage de Wright, Mason et Gilmour a disparu. Ok.

Mais c’est une certaine forme d’honnêteté de Waters : ne pas reproduire la perfection de la production originale ou faire singer à un musicien de studio, le plus beau solo de guitare de l’histoire du rock.

C’est bien au contraire une complainte crépusculaire, calme et digne, hypnotisante où Waters au soir de sa vie, seul dans sa forteresse invisible, délaisse sa radicalité souvent épuisante pour un titre profondément humain où il invite à ne pas rester confortablement paralysé devant le massacre des Palestiniens.
On aurait bien sûr aimé avoir un autre morceau de cet acabit au moment de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

 

 

 

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