À 60 ans, Bernard Allison n’a plus rien à prouver, ni à son nom ni à celui de son père. Depuis longtemps, le fils de Luther Allison a construit son propre territoire, quelque part entre blues de Chicago, funk, soul et rock. Loving You enfonce tranquillement le clou : un album chaleureux, généreux et surtout profondément vivant.
Cette fois, il a choisi de partager largement l’espace. Larry McCray, Devon Allman, Matthew Curry, Victor Wainwright, Heather Hardy ou encore plusieurs membres de sa famille viennent rejoindre l’aventure. Mais Loving You ne ressemble jamais à une compilation d’invités : chacun se glisse dans l’univers d’Allison sans en casser la cohérence.
Dès « Left Me With My Guitar », le ton est posé : groove épais, guitare mordante et cette capacité qu’a Bernard Allison à faire respirer ses solos plutôt qu’à les empiler. « Time Traveler », partagé avec Larry McCray, joue justement sur cette complicité entre deux guitaristes qui préfèrent dialoguer plutôt que se mesurer.
Plus sensuel, « Slide On Over » laisse davantage entrer la soul, tandis que le morceau-titre « Loving You », avec Devon Allman, résume parfaitement l’esprit du disque : du blues au cœur, du funk dans les jambes et juste ce qu’il faut de rock pour muscler l’ensemble.
Autre joli détour avec « Pay What You Owe Me », où le violon de Heather Hardy apporte une couleur inhabituelle sans jamais dénaturer le morceau. Et forcément, l’ombre de Luther Allison n’est jamais très loin. Bernard reprend « Should I Wait », où il récupère l’héritage familial pour l’intégrer naturellement à sa propre musique.
Bernard Allison résume d’ailleurs parfaitement sa manière d’aborder les choses :
« Everything I play is rooted in the blues. »
Tout part effectivement de là. Mais chez lui, les racines blues n’ont jamais empêché les branches de pousser vers le funk, la soul ou le rock.
Loving You est donc moins un album de démonstration qu’un disque de partage. Bernard Allison joue avec la sérénité de celui qui connaît parfaitement son langage : moins besoin d’en mettre partout, davantage de groove, de feeling et de respiration.
Pas de révolution ici, mais ce n’est clairement pas ce qu’on venait chercher. Loving You montre surtout un Bernard Allison arrivé à un stade de sa carrière où la technique n’est plus une finalité mais simplement un outil au service du morceau.
Un blues moderne, généreux, funky juste comme il faut, porté par des musiciens qui semblent prendre autant de plaisir à jouer que nous à les écouter.


