Un laboratoire sonore qui refuse la facilité
S’il ne fallait retenir qu’un mot pour qualifier la première écoute de Blood Of Your Empire, ce serait sans hésiter : déroutant. Loin d’offrir un album jetable ou paresseux, PRESIDENT prend à revers toutes les attentes en livrant une œuvre dense qui exige plusieurs écoutes attentives pour en révéler toute la subtilité.
Le spectre musical est d’une variété vertigineuse. Le groupe n’hésite pas à faire exploser les frontières du metalcore et du rock alternatif en y injectant une multitude d’influences : des rythmiques house et des nappes électro immersives aux arrangements épurés au piano, en passant par des touches de trompette inattendues ou encore de saisissantes incursions du côté du R&B et du rap — avec un chant sur l’introduction de Dionysus qui évoque irrésistiblement celui de Machine Gun Kelly.
Une production colossale au service d’une voix familière
Côté studio, la production est tout simplement monstrueuse. Le travail sur les textures et le mixage (signé en partie par Zakk Cervini) offre un relief sonore exceptionnel. Cet écrin met parfaitement en valeur la prestation vocale, incarnée par ce timbre si caractéristique qu’on attribue quasi unanimement à Charlie Simpson (Fightstar, Busted) — même si le mystère reste officiellement entier, malgré la montagne d’indices semés en chemin.
Entre efficacité immédiate et expérimentations intimistes
L’album équilibre à merveille ses différentes facettes. Si les singles placés en début de galette apportent la dose d’efficacité immédiate attendue, le disque brille tout autant lorsqu’il se fait plus vulnérable et intimiste, à l’image du magnifique This Will Divide Us.
Deux morceaux s’imposent néanmoins comme les sommets incontestables de l’album : Pink Noise, un titre à la progression magistrale dont la conclusion donne littéralement la chair de poule, et le morceau de clôture, White Devil. Complexe, sombre et incroyablement addictif, ce dernier vient conclure l’album de manière somptueuse, sur des notes de piano d’une élégance rare.
PRESIDENT réussit le tour de force d’esquiver le piège du produit marketing jetable : Blood Of Your Empire est un album hybride, ambitieux et d’une richesse rare. Certes, sa densité pourra déstabiliser l’auditeur venu chercher un simple divertissement éphémère et le disque n’est pas exempt d’erreurs de jeunesse (à l’image de l’oubliable et trop facile Sleepwalker). Mais pour quiconque prendra le temps de s’y plonger, ce premier opus se révèle être un disque audacieux et hautement recommandable. Une entrée en matière remarquable qui prouve que, derrière les masques, se cache une vraie vision artistique.


