À l’occasion de la sortie de HCNO le 24 avril et de la release party prévue le 16 mai à La Laiterie, Dust in Mind revient longuement sur un virage artistique majeur. Nouveau line-up, nouvelle dynamique, nouvelle philosophie : plus qu’un simple album, c’est une refondation assumée. Ce sont Damien (Guitare/Chant) et Thomas (Batterie) qui répondent a nos questions de leur studio d’enregistrement.
Revenons au début. Dust in Mind, c’est 2013 ?
Oui, le projet démarre en 2013. À la base, c’était une initiative personnelle qui s’est progressivement transformée en véritable groupe. Jennifer nous rejoint officiellement en 2014, au moment où les premiers concerts se mettent en place. À partir de là, tout s’enchaîne assez vite : Never Look Back en 2015, puis Oblivion, From Ashes to Flames, et enfin CTRL en 2021.
Chaque album a marqué une étape, que ce soit en termes de maturité, de production ou d’exposition. On a construit une identité forte, reconnaissable. Mais avec le recul, on s’est aussi rendu compte que cette identité devenait progressivement un cadre très défini.
À quel moment avez-vous senti que quelque chose devait changer ?
Ce n’est pas arrivé du jour au lendemain. C’est plus insidieux que ça. À force de faire quatre albums dans une direction cohérente, tu crées naturellement des automatismes. Tu sais ce qui fonctionne, tu sais ce que le public attend, tu sais comment structurer un morceau pour qu’il “ressemble” à ton groupe.
Le problème, c’est que ce confort peut devenir une prison. On composait presque en anticipant certaines contraintes : comment laisser la place au chant, comment structurer les parties, comment rester fidèle à ce que les gens identifient comme “notre son”. Ce n’était pas conscient, mais c’était là.
À un moment, on s’est dit : est-ce qu’on est encore en train de créer librement, ou est-ce qu’on est en train d’entretenir une formule ?
Le départ du chant féminin a marqué une rupture forte. Comment l’expliquez-vous ?
Il faut être clair : ce n’est pas un rejet du chant féminin. Ce n’est pas une question de genre, ni de capacité, ni de valeur. C’est une question de dynamique artistique.
Avec cette configuration, on avait développé une façon d’écrire et d’orchestrer très spécifique. Avec le temps, cette logique est devenue presque systématique. On écrivait en tenant compte de paramètres fixes.
Quand les premières démos dans la nouvelle formule sont arrivées, on a ressenti quelque chose de différent. Plus instinctif, plus frontal, plus spontané. Il n’y avait plus ce filtre mental. C’était brut, direct.
À ce moment-là, on a compris qu’on avait besoin de repartir d’une page blanche. Pas pour effacer le passé, mais pour relancer la machine créative.
Ce virage pouvait vous coûter une partie de votre public. Ça ne vous a pas freiné ?
On savait que ce serait un risque. Quand tu changes autant d’éléments – line-up, voix, direction musicale – tu ne peux pas espérer que tout le monde suive aveuglément.
Oui, on a perdu une partie du public qui était très attachée à l’ancienne formule. Mais c’est le jeu. Un groupe qui évolue ne peut pas plaire à tout le monde en permanence.
Ce qui nous importait le plus, c’était de retrouver une forme d’enthousiasme créatif. Aujourd’hui, on se sent stimulés. On a l’impression d’avoir à nouveau une autoroute devant nous. Et ça, ça se ressent dans la musique.
Les chiffres montrent d’ailleurs que l’équilibre se maintient. On ne s’est pas effondrés. Au contraire, on voit même une progression depuis les premiers singles. Ça prouve que l’authenticité finit toujours par toucher.
Pourquoi avoir choisi le titre HCNO ?
HCNO, c’est la formule de l’acide fulminique. Une molécule instable, explosive lorsqu’elle est combinée. On aimait cette idée de potentiel contenu, de réaction déclenchée par l’interaction.
C’est exactement ce qu’on recherche sur scène : une réaction chimique entre nous et le public. On envoie une énergie, elle nous revient amplifiée. C’est une boucle.
L’album est construit autour de cette notion d’échange. On parle d’action-réaction, d’alchimie, de synergie. C’est presque scientifique dans la symbolique, mais profondément humain dans le fond.
Les textes ont-ils évolué en parallèle ?
Oui, énormément. Sur les albums précédents, on abordait parfois des thématiques plus globales, sociétales. Là, on s’est recentrés sur l’humain.
On parle d’émotions, de fragilité, de vécu. Ce ne sont pas des textes légers, mais ils sont universels. Tout le monde traverse des phases de doute, de tension, de remise en question.
On voulait quelque chose de sincère, presque instinctif. Pas un concept intellectualisé, mais une expression brute de ce qu’on ressent. L’idée, c’est que chacun puisse s’approprier les morceaux.
Vous produisez toujours tout en interne. C’est un choix stratégique ?
C’est à la fois un choix et une chance. On a les compétences pour le faire, donc on en profite. La composition part souvent d’une base solide, puis on travaille collectivement pour affiner chaque détail. Chacun apporte sa sensibilité.
La production finale est réalisée en interne. Les clips aussi. Ça nous permet de garder une cohérence globale, visuelle et sonore. On ne délègue pas notre vision.
Cette autonomie nous permet d’aller au bout des idées, même les plus ambitieuses. On ne dépend pas d’un regard extérieur pour valider notre direction.
Vous avez aussi retravaillé la scénographie ?
Complètement. On a monté d’un cran. Lumières, mise en scène, dynamique scénique… Tout a été repensé pour correspondre à cette nouvelle ère.
On veut que le concert soit une expérience immersive. Pas juste une succession de morceaux, mais un moment fort. On se met une vraie pression pour être à la hauteur.
Pourquoi La Laiterie pour la release party ?
La salle rouvre après rénovation, et elle est emblématique dans la scène métal. Ce parallèle avec notre propre renouveau était évident.
C’est un point de départ. Un marqueur. On voulait que ce premier concert dans la nouvelle configuration ait une vraie portée symbolique.
Vous avez annoncé ne plus jouer les anciens morceaux. C’est définitif ?
Oui. Les anciens titres appartiennent à une époque précise, à une formation précise. Les adapter aujourd’hui les dénaturerait.
On préfère laisser le passé tel qu’il est et assumer pleinement la nouvelle direction. C’est une question de cohérence.
Que préparez-vous après la sortie ?
2026 ne sera pas une année de tournée intensive. On veut poser les bases solidement, continuer à produire et préparer la suite intelligemment.
HCNO fait partie d’un projet plus large. Ce n’est pas un coup isolé. On construit sur le moyen terme. On veut quelque chose de cohérent, de durable.
Un dernier mot ?
Merci à ceux qui nous suivent depuis le début. Merci à ceux qui nous découvrent. Et à ceux qui hésitent : écoutez sans a priori.
On n’a jamais été aussi alignés artistiquement.
Et ça, pour nous, c’est le plus important.

