Interview Baboon Show Atelier des Moles 05/2025

Rédacteur

Nicolas Keshvary

Catégorie d'article

Temps de lecture

Date de l'interview

10/05/2025

Lieu de l'interview

Atelier des Moles Montbéliard

 

Depuis plus de vingt ans, The Baboon Show sillonne l’Europe avec son punk rock frontal et engagé. Entre critique sociale, amour du live et stratégie de sortie repensée à l’ère du streaming, le groupe suédois revient sur son parcours, son attachement à Cuba et ses ambitions françaises.

Vingt-trois ans d’existence… Qui êtes-vous aujourd’hui ?

On va être honnêtes : on n’était pas très bons au cirque… alors on a fait de la musique.

Le groupe a démarré en 2003, à l’initiative de notre ancien guitariste Niklas. On venait d’arrêter un autre projet et on voulait revenir à quelque chose de plus direct, plus rapide, plus punk rock. On s’est retrouvés en répétition, on a rencontré Cecilia, puis notre premier bassiste, et tout s’est mis en place naturellement.

Au départ, on voulait surtout s’amuser. On a joué partout en Suède, du nord au sud. On disait oui à tout : un coup de fil, une caisse de bière, un peu d’essence… on montait dans le van sans même savoir où on dormirait. C’était l’école du live.

Vous avez toujours composé vos propres morceaux ?

Presque exclusivement. En vingt ans, on a dû jouer cinq reprises, pour le fun :

  • Mongoloid de Devo
  • There Is a Light That Never Goes Out de The Smiths
  • I’m a Rebel de Accept
  • In the Ghetto popularisé par Elvis Presley
  • Money, Money, Money de ABBA

Mais sinon, dès le début, c’était nos propres chansons.

La France : une priorité ?

Vous nous avez peut-être vus au Hellfest ou à l’Extreme Fest, mais on n’a pas encore assez exploré la France.

On a longtemps tourné davantage en Allemagne (agence et label là-bas obligent), puis en Espagne. Mais la France fait clairement partie de nos priorités aujourd’hui.

Les festivals sont une porte d’entrée idéale : on joue devant un public qui ne nous connaît pas forcément. En France, le public observe d’abord… puis, si on le convainc, il explose. Et ça, on adore. Devoir “gagner” le public, c’est un défi stimulant.

Des textes engagés. Pourquoi ce choix ?

On écrit sur ce qui nous met en colère : injustices sociales, guerre, divisions, inégalités.

On ne ressent pas le besoin d’ajouter une énième chanson d’amour au monde. Ce qui nous intéresse, c’est parler d’unité, de solidarité, de résistance.

Mais au fond, tout part de l’amour : vouloir une société plus égalitaire, c’est aussi une forme d’amour. Liberté et amour restent nos thèmes centraux.

On plaisante souvent en disant qu’on est des “hippies révolutionnaires”.

Vous avez enregistré à Cuba. Pourquoi ce lien ?

Cuba, c’est un choc culturel. Ce qui nous marque le plus, c’est l’absence de publicité. Pas de logos géants, pas d’injonctions permanentes à consommer. C’est presque un détox pour l’âme.

Bien sûr, tout n’y est pas parfait. Mais les gens semblent plus connectés entre eux. On voit un couple âgé danser sur son balcon un mardi après-midi, simplement parce qu’ils en ont envie. Cette spontanéité, cette joie… c’est puissant.

Dans nos sociétés occidentales, on nous répète sans cesse qu’il nous faut plus : plus d’argent, plus d’objets. Là-bas, les relations humaines semblent primer.

On y a aussi enregistré d’anciens morceaux avec des musiciens cubains, et adapté certaines chansons en espagnol.

EP, singles, albums : nouvelle stratégie ?

Le dernier album, God Bless You All, est sorti en 2023. Un EP est arrivé récemment.

L’idée était double :

  • ne pas laisser trop d’espace entre deux albums,
  • proposer de nouveaux titres pendant la tournée anniversaire des 20 ans.

On adore le format album — le fil rouge, l’objet, l’odeur du vinyle. Mais aujourd’hui, disparaître deux ans puis revenir avec un disque, ce n’est plus viable.

On réfléchit donc à sortir des singles ou des EP régulièrement, puis éventuellement les regrouper sur un vinyle à la fin. Rester présents, visibles, connectés.

Un nouvel album ?

Demandez-nous dans un an (Rires!)

Avec qui travaillerez-vous ?

Rien n’est décidé. L’ingénieur qui a travaillé avec nous est très pris avec The Hives. On verra. D’abord, finir les chansons.

D’où vient le nom “The Baboon Show” ?

D’une situation politique en Suède. À l’époque, certaines décisions gouvernementales nous semblaient absurdes — au point qu’on plaisantait en disant qu’un singe aurait pu les prendre.

On a donc imaginé une sorte de “spectacle de babouins” symbolique. Une satire politique à la sauce punk.

Un message pour le public français ?

Merci à tous ceux qui viennent nous voir. Continuez à venir, à danser, à crier — et on reviendra encore plus souvent.

Et allez voir les trois nouveaux clips de l’EP sur YouTube : ils sont différents, un peu fous, et très nous.

 

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