
Qui est cette femme ? Imagine-t-on Chelsea Wolfe regarder Netflix le soir, faire ses courses ou réparer sa voiture ? Que ce soit son apparence physique fantomatique ou ce soprano si profond, tout touche à l’irréel en ce qui la concerne.
Et quel meilleur symbole que de voir ce nouvel opus débarquer chez les quelques disquaires qu’il nous reste, à quelques jours de l’automne. Et ce disque a tout de ces lumières automnales : l’été est terminé, tout tombe et dépérit, mais il reste encore quelques fibres de vie sur lesquelles viennent se refléter des nuances orangées.
« Cold » ouvre d’emblée le bal des vampires : sans riff ni intro, tout commence par un disque folk que… Tracy Chapman aurait pu écrire. À bien des égards, Chelsea Wolfe signe ici son « Baby, Can I Hold You Tonight ». La mélodie est fluide, voire radiophonique. Chelsea devient cette amie longtemps oubliée dont on se rappelle en relisant de vieilles lettres d’amour. Wolfe est la voix du vent qui vient murmurer dans le silence de la forêt. Au-delà du bien et du mal, sa profondeur colmate nos vides intérieurs. C’est magnifique.
« Seethe » viendra tutoyer les fans de Tori Amos et de NIN, qui retrouveront d’ailleurs Robin Finck aux commandes, tandis que « Humours« , « Halo » et surtout « Turn The Key » viendront faire larmoyer les fans de White Chalk et Is This Desire de PJ Harvey. De l’émotion en avalanche, dont le minimalisme produit des torrents de sensations.
« The Dark » et ses arpèges champêtres semblent échappés de chez Nick Drake, avant que « I’m Not There » vienne se dylaniser sous les vocaux élastiques de la belle, tandis que « Death Is Not The End« , murmuré, vient reprendre les choses là où Nick Cave les avait laissées. Wolfe est encore une fois dans son meilleur rôle : est-elle ce dernier souffle que l’on entend avant de mourir ou celui qui nous avertit de la décharge électrique qui résonne enfin au bout de deux minutes sur l’avant-dernier morceau ?
Un miracle de composition et d’interprétation : cette voix claire et limpide posée sur cette tristesse qui pèse une tonne, avant de s’envoler comme une âme en paix.
Un disque miraculeux, vital, un classique instantané dont chaque seconde vaut des années d’existence.


