Il y a des guitaristes qu’on attend au tournant d’un solo. Ben Poole entend désormais nous accrocher aussi avec des chansons.
Huit ans après Anytime You Need Me, le Britannique revient avec Post-Midnight Behaviour, un disque où son blues-rock prend des couleurs soul et s’aventure vers un rock plus contemporain. Adoubé par Jeff Beck et Gary Moore, aguerri par les tournées, il donne ici davantage de place au chanteur et à l’auteur.
« Je voulais que cet album montre mon évolution comme guitariste, chanteur et auteur-compositeur »
Une ambition qui trouve son sens dans l’équilibre entre tension électrique et vulnérabilité. Coproduit avec Wayne Proctor et Oli Brown, l’album privilégie les ambiances, les variations d’intensité et des mélodies capables de tenir debout sans dépendre d’une démonstration instrumentale. La guitare conserve ses griffes, mais choisit ses moments.
« No Second Chances » installe un climat chargé, entre accords rugueux et montée progressive de la tension. « Empty » concentre l’autre force du projet : une mélancolie que le refrain vient éclairer, avant qu’un solo n’en prolonge les remous. Le contraste fonctionne d’autant mieux que « Time Has No Mercy » vient bousculer cette gravité avec une attaque plus franche, presque punk dans ses accords, et une envie manifeste de repartir de l’avant.
Sur « Runaway Souls », Elles Bailey apporte un beau supplément de caractère. Le dialogue vocal élargit le registre émotionnel du disque et donne du poids à cette aspiration à prendre le large. Autour, la rythmique de Wayne Proctor et Steve Amadeo (basse) maintient l’assise, tandis que les claviers de Bennett Holland étoffent les arrangements.
Cette orientation plus travaillée et atmosphérique pourra dérouter ceux (dont moi) qui attendent avant tout du blues abrasif. Elle constitue pourtant l’intérêt de ce retour : Ben Poole accepte de déplacer le centre de gravité de sa musique. Le guitariste avait déjà des arguments. L’auteur-compositeur prend ici une place qu’on a envie de lui laisser.


