20 novembre, ça commence à sentir la fin d’année en terme de concerts… En tout cas, ce jeudi fut mon dernier de ceux programmés par Artefact PRL pour 2025. Avec La Laiterie encore en travaux, mais à un horizon de réouverture chaque jour un peu plus proche (!), The Limiñanas étaient conviés à se produire « Hors-Les-Murs » pour leur troisième venue en 7 ans dans la capitale alsacienne et, aujourd’hui, ce n’était pas Le Point d’Eau le point de ralliement, mais l’Illiade à Illkrich-Graffenstanden. Forte d’une capacité de 500 places debout côté grande salle, le lieu retenu semblait comble en cette précoce soirée hivernale.
Comble et déjà bien remplie à l’approche de la première partie ! Le trio revisité qu’est KaS Product était visiblement très attendu. Formation rare sur scène, affichant moins de 100 concerts – reconnus ! – depuis ses débuts (1982-1988), les aficionados n’auraient manqué cela pour rien au monde. Alors imaginez, quand la bande emmenée par Mona Soyoc, revenue aux affaires depuis 2005 au travers de concerts éparses, décide avec une nouvelle formation de livrer cette année une nouvelle galette, soit 39 ans après Ego eyes (!), c’est un petit événement dans la sphère de la musique underground hexagonale ! Ce premier temps fait donc la part belle à une musique tout droit extraite des 80’s les plus sombres. La cold wave se répand et tourbillonne dans le lieu au plus grand plaisir de l’auditoire. Titres anciens et récents, issus du dernier cru, Reloaded, mêlent post punk et sons electro à l’efficacité indéniable. Telle une prêtresse, Mona officie derrière son micro avec une voix passant des tessitures graves aux élans aigus, déchirants, à l’instar d’un Robert Smith. Portant parfois la guitare, elle s’amuse davantage à marteler une cymbale à l’aide d’une cravache, tandis que Pierre Corneau (basse) et Thomas Bouetel (machines et claviers) l’épaulent tout en échangeant des sourires complices. L’hymne qu’est Never Come Back semble raviver la flamme dans le coeur des puristes. Le groupe se retire sous les applaudissements généreux.
Après s’être frottés à l’exercice de la bande originale de film (5 tout de même depuis 2021, excusez du peu!), il n’est pas étonnant de voir que cela a eu un impact considérable sur l’approche scénique de The Limiñanas. Pour avoir eu la chance d’assister à plusieurs concerts du groupe, il y a indubitablement un avant et un après 2019, année de la première livraison pour le long métrage de Pierre Creton, Le bel été. En effet, si le show vu à l’automne 2018 à La Laiterie montrait déjà la voie à prendre (de très grands parapluies réflecteurs de studio photo fleurissant la scène), celui de décembre 2021, dans cette même salle, faisait à appel à des rideaux de fils en guise d’écrans de projection pour des extraits de films d’horreur notamment. Ce soir de novembre 2025, dès les premiers instants de Spirale, le ton est donné : désolation et ambiance sinistre sont véhiculées par de larges écrans panoramiques. Bien que placé au premier plan, le groupe élargi – ils sont tout de même 6 sur les planches, on pense un temps au Brian Jonestown Massacre de leur ami Anton Newcombe – demeure peu éclairé. Ce sont surtout des silhouettes qui travaillent leurs instruments. Il y a un désir de laisser la part belle à la pellicule, comme lors des premières tournées de Gorillaz.
Après une collaboration l’an passé, c’est l’artiste plasticien SMITH qui est la cheville ouvrière de la scénographie si léchée de cette tournée, dessinant un axe sensoriel, entre élans psyché et poétiques : des extraterrestres, des tourbillons hypnotiques, des couleurs vives et saturées, mais aussi des clichés de type Tarantino et autres séries B italiennes, avec répétitions de courses poursuites, … Aller voir The Liminanas tend parfois au ciné-concert dans lequel le groupe est réduit à un orchestre. S’il y avait une fosse pour l’accueillir, pour le cacher même, on pourrait se croire à l’opéra! Exception faite de Keith Streng. Oui le guitariste des Fleshtones est de la partie et tient le rôle de trublion: jet de jambes, danse du canard et sauts répétés depuis les flight cases postées sur les extérieurs de la scène, l’homme est le seul qui essaierait presque de capter votre attention oculaire au sein du groupe.
Quid de la setlist? Et bien, mettant tout en oeuvre pour créer une expérience cinématographique de qualité, il ne peut y avoir d’improvisation, la setlist est identique soir après soir. A l’ouest, rien de nouveau donc! Les 4 premiers titres (et à une inversion près, tous dans l’ordre de la tracklist) sont issus de Faded, opus paru cette année. Puis arrivent des titres puisés dans les productions des années 2010. L’enchainement pensé est parfait dans cet univers teinté de rock sixties, suggérant la transe (Je m’en vais), ou convoquant les grands espaces, l’Amérique (El Beach, Malamore, …). Et s’il y avait un bémol à émettre c’est que la machine emmenée par Lionel Limiñana joue fort, très fort même. Peut être trop par moment, tant les saturations et les sons noisy prennent le pas sur les mélodies lancinantes et la rythmique minimaliste de sa moitié Marie. Voilà, et p’is aussi l’absence des artistes crédités sur Faded : que cela eut été génial d’avoir Bobby Gillepsie interpréter Prisoner of Beauty, passant le relai à Rover pour Shout et enfin le copain Bertrand Belin pour J’adore le monde… J’exagère? Enfin, on a le droit de se faire des films !
Avant de repartir à l’assaut de l’Europe du Nord, la doublette de Cabestany a livré avec ses compagnons de route un show esthétiquement proche de leur dernier passage rue du Hohwald, mais renouvelé grâce au partenariat avec SMITH. Un plaisir pour les yeux mais aussi les oreilles, mêmes si ces deux sens ont parfois été mis à l’épreuve par la puissance de la musique live.