Interview Keziah Jones : “Je voulais retrouver ma liberté artistique”

Rédacteur

Nicolas Keshvary

Catégorie d'article

Temps de lecture

10 min

Date de l'interview

Samedi 05 juillet 2025

Lieu de l'interview

Les Eurockéennes

Profitant de son passage sur la presqu’ile du Malsaucy a l’occasion de son concert aux Eurockéennes de Belfort nous avons pu rencontrer le musicien nigérian Keziah Jones qui revient sur sa carrière, son départ du label, ses projets à venir et son lien particulier avec la France. Rencontre.

Vous revenez sur scène dans un grand festival français. Quel effet cela vous fait-il ?

C’est un plaisir. J’ai joué ici pour la dernière fois en 2012 ou 2013. Le public des festivals en France est toujours excellent, très ouvert. J’aime ces contextes où la musique peut être moins formatée. C’est un vrai espace de liberté.

Est-ce difficile de jouer devant un public qui ne vous connaît pas forcément ?

C’est un défi, mais j’adore ça. Mon rôle, c’est de capter les gens, de leur faire aimer ma musique. Cette année, je suis sur la grande scène, donc la musique doit « projeter » davantage. Mon groupe s’est agrandi, avec un clavier et un guitariste en plus pour renforcer le son.

Votre dernier album studio date de plus de dix ans. Pourquoi cette longue pause ?

Parce que je refuse de sortir un album juste pour sortir un album. Je veux avoir quelque chose à dire. Et surtout, je n’étais plus en accord avec l’évolution de l’industrie musicale. Le processus était devenu contraignant. On me proposait des collaborations imposées, des compromis que je n’étais pas prêt à faire. Alors j’ai préféré me taire plutôt que de sortir de la musique qui ne me ressemble pas.

Vous avez donc quitté votre label ?

Oui, je suis parti l’an dernier. Tous mes amis musiciens l’avaient déjà fait. Moi, j’étais le dernier à encore fonctionner « à l’ancienne ». Aujourd’hui, je suis libre. Je sors un projet en octobre, Quantum Boogie, et un nouvel album suivra l’an prochain.

À quoi peut-on s’attendre musicalement ?

Quantum Boogie est un projet électro-funk sans guitare, avec basse Moog et voix féminines. Très différent de ce que j’ai fait. Il sortira morceau par morceau, et je le jouerai dans des clubs en Europe. Ensuite, je reviendrai à un album plus classique de Keziah Jones.

Est-ce que vous vous sentez plus libre aujourd’hui ?

Oui, totalement. Je travaille aussi sur des projets visuels, des expos. J’ai fait une installation au Centre Pompidou autour de mes influences artistiques africaines. Je collabore avec d’autres musiciens, des danseurs, des artistes. Il y a beaucoup de choses à venir, et pas seulement musicales.

Vous avez longtemps revendiqué votre identité nigériane et alternative. Ce n’est plus le cas ?

Aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire. D’autres artistes portent ce message. À mon époque, il fallait se battre pour cela. Maintenant, grâce à Internet, les genres ont explosé, les voix se sont multipliées. Mon rôle aujourd’hui, c’est de créer, d’explorer, pas de revendiquer.

Et dans vos chansons, vous parlez de quoi ?

De la complexité du monde actuel : changement climatique, chaos politique, effondrement économique… Comment traduire cela en musique tout en donnant envie de danser ? C’est le vrai défi. Les musiciens étaient ceux qui savaient exprimer les crises avec art. Il faut réinventer ce langage.

Vous parlez souvent de votre lien fort avec la France. Pourquoi cette affinité ?

Parce qu’il y a ici une histoire particulière entre la France et la culture africaine. Dès les années 50, des écrivains, intellectuels, musiciens africains et afro-américains venaient à Paris. James Baldwin, Richard Wright, les jazzmen… Cette relation culturelle m’a toujours fasciné. J’ai grandi à Londres, mais j’ai été attiré par cette scène artistique. Et j’ai été bien accueilli ici, donc je suis resté.

Merci Keziah pour ces quelques minutes accordées et au plaisir de vous retrouver sur scéne tout a l’heure.

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